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À la découverte des manuscrits de Tombouctou

29 juin 2011

Saadou Traoré est un jeune chercheur malien, invité à la BnF, dans le cadre du programme profession culture. Ce programme accueille de nombreux chercheurs français et étrangers qui travaillent sur les collections de la BnF et les moyens de les valoriser, en lien avec un projet professionnel ou universitaire.

Nous avons eu le plaisir de le rencontrer, avant de le retrouver le 5 juillet à 17h30, dans la Galerie Jules Verne (anciennement appelée “Espace pédagogique”) pour une conférence/débat autour du Tombouctou, ville du savoir du XVIe au XIXe siècle.

Reliure, Afrique occidentale, XIXe siècle. Sur Al-Mukhtâr ibn Ahmad al-Kuntî, Nuzhat al-râwî wa bughyat al-hâwî (Agrément du narrateur et désir du conteur). BNF, Manuscrits orientaux )

Reliure, Afrique occidentale, XIXe siècle. Sur Al-Mukhtâr ibn Ahmad al-Kuntî, Nuzhat al-râwî wa bughyat al-hâwî (Agrément du narrateur et désir du conteur). BNF, Manuscrits orientaux

Saadou pourriez-vous nous parler des manuscrits sur lesquels vous travaillez à la BnF ?
J’ai réalisé un catalogue de manuscrits qui étaient en relation avec Tombouctou, soit parce que leurs auteurs habitaient Tombouctou, soit par ce que les textes des documents évoquaient Tombouctou, soit parce qu’ils ont été copiés à Tombouctou. Le catalogue contient des informations bibliographiques et une description codicologique de chacun des manuscrits.

Qu’est-ce que la codicologie ?
Le terme « codicologie » résulte de l’union de deux mots latin et grec. Le mot codex signifie livre en latin, logos signifie science en grec. La codicologie est donc une discipline scientifique qui étudie le livre manuscrit comme objet matériel, c’est-à-dire comme support de texte, afin de mieux comprendre l’histoire du texte (ou des textes) qui est parvenu jusqu’à nous. C’est ainsi que la codicologie passe en revue les techniques de fabrication des « codex », ces livres composés de cahiers de feuilles pliées.
J’ai voulu rendre hommage aux auteurs, aux copistes, aux artisans qui ont contribué à la confection de ces manuscrits africains que l’on trouve très nombreux à Tombouctou.
Tombouctou qui se trouve dans l’actuel Mali a été longtemps le symbole d’une destination exotique et difficile d’accès pour les Européens. Mais pour tout le continent africain, elle était une ville au carrefour des commerces et des idées. Phare de l’enseignement religieux, philosophique, des cultures, au temps du Royaume de Songhaï (XIIème au XVIème siècle).
Les marchands arabes venaient à Tombouctou troquer le sel et d’autres biens contre l’or et l’ivoire. Dans leurs ballots, il y avait des livres dont la mosquée de Sankore et son complexe universitaire (25000 étudiants) étaient friands.
Des familles de la région possédaient aussi leurs propres bibliothèques. Elles commandaient également la copie des livres à tout un petit peuple de scribes et de relieurs, et ce, jusqu’à aujourd’hui. En effet, contrairement à ce qui s’est passé en Europe, l’apparition de l’imprimerie n’a pas mis fin à la fabrication de manuscrits.
Crée à l’initiative de l’Unesco, inauguré en 1973, le Centre de Documentation et de Recherches Ahmed Baba (CEDRAB) est devenu en septembre 1999 l’Institut des Hautes Études et des Recherches islamique Ahmed Baba (IHERIAB). Il est chargé de la collecte, du catalogage, de la numérisation et de la mise en valeur des manuscrits de la région.

Colophon de l ouvrage grammatical d un auteur de Tombouctou, Muhammad Bâbâ ibn Muhammad al-Amîn ibn al-Mukthtâr copié au XIXème siècle, BnF, département des manuscrits )

Colophon de l ouvrage grammatical d un auteur de Tombouctou, Muhammad Bâbâ ibn Muhammad al-Amîn ibn al-Mukthtâr copié au XIXème siècle, BnF, département des manuscrits

Qui était Ahmed Baba ?
Ahmed Baba s’intéressa très jeune à tout ce qui touchait aux sciences, à la philosophie et à la littérature. Lui-même était un éminent grammairien, sa bibliothèque était célèbre dans tout le pays. De son vivant, il eut déjà maille à partir avec le sultan de Marrakech El Mansour car d’une part, il s’opposait à une vision unique et figée de l’islam et ensuite, il avait rédigé un texte particulièrement brillant où il démonte une à une les justifications données par la religion musulmane à l’esclavage des Noirs.

Ahmed Baba a également écrit la biographie de 17 savants de Sankoré, à une époque où, rappelons-le, la civilisation malienne était à son apogée. Sa bibliothèque était riche de 1600 manuscrits. De nombreux érudits africains possédaient également de très belles bibliothèques.
Deux ans après le sac de Tombouctou par les troupes d’El Mansour en 1591, Ahmed Baba fut fait prisonnier et exilé à Marrakech où il continua à écrire, notamment des poèmes où il pleure son pays natal.

Il obtint du sultan, l’autorisation de quitter le Maroc en 1607, revint à Tombouctou en 1608. Il y a repris son enseignement et mourut en 1627.

Ainsi les manuscrits ont traversé le temps jusqu’à aujourd’hui ?
Ils se sont conservés très bien grâce au climat sec de Tombouctou, la majeure partie de l’année. Par contre, ils ont souffert du sable, du vent, de la chaleur, du feu, des termites, de la transpiration, des manipulations mais aussi du fer contenu dans les encres qui ont servi aux copies au XIXème siècle, de l’acidité du papier et de la corrosion par le métal des coffres dans lesquels ils étaient enfermés.
Les manuscrits de Tombouctou traitent de tous les domaines du savoir médiéval : commentaires du Coran bien sûr, mais également droit islamique, généalogie, littérature, astronomie, physique, chimie, médecine, pharmacopée, histoire, morale, poésie…Ils témoignent également de la vie quotidienne, font état de correspondances ou font référence à des évènements d’ actualité.
Grâce à ces manuscrits, on découvre qu’en Afrique, existe depuis le moyen âge une littérature écrite, une transmission des savoirs qui n’est pas seulement orale.
Comme le papier était rare et cher, les érudits de Tombouctou utilisaient souvent les marges des pages pour faire des annotations diverses, réagir aux évènements qui se déroulaient dans leur cité ou, parfois, copier l’intégralité de certains manuscrits n’ayant rien à voir avec le texte original. C’est ce qui fait tout l’intérêt de l’étude actuelle des manuscrits de Tombouctou.
Vous serez peut être surpris de découvrir que les gens de Tombouctou avaient accès à tous le savoir, grâce à un grand mouvement de traduction du grec, du sanscrit, du persan, qui avait commencé à se développer, au 9ème, 10ème siècle à Bagdad . Le continent africain n’est pas resté à l’extérieur de la circulation des idées, et ce… bien avant l’arrivée des européens au XIXème siècle.

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Retrouvez Saadou Troré lors d’une conférence/débat pour les Estivales africaines, le mardi 5 juillet, de 17h30 à 19h00, dans la Galerie Jules Verne (anciennement appelée “Espace pédagogique”) de la BnF. Entrée libre

Pour en savoir plus :

- Présentation et programme des Estivales africaines de la BnF
- Article de Chroniques à propos du travail de Saadou Traoré et des des programmes d’accueil de chercheurs
- Le département des manuscrits de la BnF

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Commentaires (1)

  1. merci la bnf merci sadou pour l’information sur les manuscrits de tombouctou et ahmed baba
    bon chance sadou a biento

 

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