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À la découverte des littératures africaines

13 juillet 2011

Pour évoquer les littératures africaines, nous avons eu le plaisir de rencontrer Henja Vlaardingerbroek, chargée de collections du secteur Afrique, avant de la retrouver le 19 juillet, à partir de 17h30, pour une conférence débat dans la Galerie Jules Verne (ex espace pédagogique).

A quelle époque la littérature africaine est-elle née ?

Pagne, CC par Bill Zimmerman )

Pagne, CC par Bill Zimmerman

C’est une question complexe. De quoi parle-t-on exactement ? Peut-être vaut-il mieux parler de littératures africaines au pluriel. Je me limite ici aux littératures de l’Afrique subsaharienne, appelée aussi l’Afrique noire. C’est une partie considérable d’un vaste continent pour lequel il est difficile de généraliser, même si l’on a souvent tendance à le faire.
Qu’est-ce qu’on entend ici par littérature ? La littérature orale, souvent évoquée à propos de la littérature africaine, n’est pas si simple à définir. Il n’est pas toujours facile de retracer ses origines, ses modes de transmission et de la recueillir sous forme écrite.
En Afrique, on trouve des formes d’expression graphique peu évidentes à déchiffrer, sur des supports autres que le papier et auxquels les occidentaux sont moins habitués, comme les tissus. Elles peuvent parfois être rattachées au champ de la littérature et ont peut-être été un peu négligées jusqu’ici au profit des contes par exemple.
Pour ce qui est de la littérature écrite, telle que nous la concevons traditionnellement, elle a vraiment pris son essor au XXe siècle, notamment depuis les indépendances.

Dans quelle langue les écrivains africains écrivent-ils ?

La situation des langues est, elle aussi, complexe. On estime qu’il y a plus de mille langues en Afrique, classées en quatre grands groupes. Il n’existe pas pour toutes ces langues un système de transcription, ce qui constitue donc un obstacle à l’écriture. C’est le cas pour l’écrivain somalien Nuruddin Farah qui, tout au début de sa carrière littéraire, a choisi d’écrire en anglais faute d’un système de transcription pour sa première langue, le somali. Pour d’autres langues, la transcription est venue au contact des religions du livre. Certaines langues, comme le wolof ou le kiswahili, ont utilisé une graphie arabe avant d’adapter une transcription en caractères latins.

Certains écrivains s’expriment directement dans une langue africaine, mais la plupart se servent des langues européennes – le français, l’anglais, le portugais – enseignées notamment dans les écoles. Paradoxalement, la décolonisation et la fin de l’apartheid, donc la fin de la domination blanche, ont favorisé l’utilisation des langues européennes, car elles sont associées à la modernité. Ces langues permettent aussi de trouver plus aisément un éditeur et un public international.

Quelques auteurs ont choisi, à un moment donné, d’abandonner la langue de l’ancien colonisateur pour adopter une langue africaine. L’exemple le plus célèbre est le kényan Ngugi wa Thiong’o qui a renoncé à l’anglais pour écrire désormais en kikuyu. Il a souhaité ainsi faire un acte politique et souligner l’inégalité de statut entre langues européennes et langues africaines dans les pays anciennement colonisés. Il a inspiré le Sénégalais Boris Boubacar Diop, préférant le wolof au français.

1ère édition de la revue Présence africaine, 1947)

1ère édition de la revue Présence africaine, 1947

Pourriez-vous nous parler de l’influence de Léopold Sédar Senghor sur la littérature africaine ?

Avec Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor a été l’une des figures phares de la Négritude, mouvement créé à la fin des années 1930. Elle réunit les écrivains francophones antillais et africains pour mettre en valeur les cultures africaines. Faisant partie de l’avant-garde des écrivains et poètes d’Afrique, Senghor collabore également à la revue importante Présence africaine, fondée en 1947 par Alioune Diop, qui rassemble des intellectuels francophones dans la lutte pour la reconnaissance politique et culturelle de l’Afrique.

Senghor fait date avec la publication de son Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache (1948), préfacée par Jean-Paul Sartre, qui présente pour la première fois les poètes de la Négritude ensemble. L’anthologie contient cependant pour plus de la moitié des poèmes de sa propre plume et pour moins d’un quart des textes d’auteurs africains…
La Négritude prônée par Senghor n’a pas uniquement eu des adeptes. L’écrivain nigérian anglophone Wole Soyinka, premier prix Nobel africain (en 1986), en a été l’un des critiques en affirmant avec ironie : « un tigre ne proclame pas non plus sa tigritude ». D’autres écrivains, plus jeunes, de l’ère postcoloniale critiquent ses positions comme étant déconnectées de la réalité contemporaine africaine.

Quels sont les grands thèmes de la littérature africaine depuis les indépendances ?

La fin de la colonisation n’a pas vu les conflits et les guerres cesser. L’espoir d’un avenir meilleur après les indépendances s’est transformé, pour de nouvelles générations d’écrivains, en déception et mécontentement face aux problèmes économiques, politiques, sociaux ou interethniques. En témoignent de nombreux romans, comme En attendant le vote des bêtes sauvages de l’Ivoirien Ahmadou Kourouma ou encore Sozaboy : pétit minitaire du Nigérian Ken Saro-Wiwa, accusé de trahison et exécuté après un procès inique. La violence des sociétés contemporaines revient également régulièrement dans les romans. Kourouma met en scène les enfants soldats dans Allah n’est pas obligé, comme le fait le Nigérian vivant aux Etats-Unis Uzodinma Iweala dans Bêtes sans patrie.

En Afrique du Sud, le régime de l’apartheid et son abolition en 1994 a marqué bien des auteurs, dont les plus connus sont sans doute André Brink (qui a d’ailleurs choisi de traduire en anglais ses romans écrits en afrikaans afin d’atteindre un public plus large) et les deux lauréats du prix Nobel de littérature Nadine Gordimer et J. M. Coetzee. Ce dernier donne une analyse sombre et lucide du monde actuel, métissé et mondialisé.

Les femmes ont trouvé petit à petit plus de place dans l’espace littéraire. Certaines revendiquent une amélioration de la condition féminine. Notons en particulier les Sénégalaises Mariama Bâ et Ken Bugul, la Nigériane Buchi Emecheta, la Zimbabwéenne Yvonne Vera et la Sud-Africaine Bessie Head.

On constate une libération de la parole, mais de nombreux écrivains sont par ailleurs confrontés à l’exil, volontaire ou imposé. On peut parler d’une vraie diaspora, au point où cela brouille également la définition que l’on peut donner de la littérature africaine.
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Pour en savoir plus :
- Présentation et programme des Estivales africaines de la BnF
- courte bibliographie sélective sur les littératures d’Afrique
- bibliographie sélective plus large sur les littératures d’Afrique noire
- bibliographie sélective sur la littérature africaine francophone
- Les livres et les écrivains cités se trouvent dans les salles G et H de la Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand.

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Source des images :
- Creative Commons, galerie Flickr de Bill Zimmerman,

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