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À la découverte des explorateurs de l’Afrique

21 juillet 2011

Pour nous parler des explorateurs africains, nous avons eu le plaisir de rencontrer Yannick Grandcolas, chargé des collections de géographie au sein du département Philosophie, Histoire, Sciences de l’homme, avant de le retrouver pour une conférence sur le sujet mardi 26 juillet, dans la galerie Jules Verne (ex espace pédagogique), à partir de 17h30.

Depuis quand les explorateurs ont-ils pénétré en Afrique ?

Aphricae Tabula quarta : Continet Libyan & duas Aethiopias, Ptolémée; source: Gallica  )

Aphricae Tabula quarta : Continet Libyan & duas Aethiopias, Ptolémée (Ier siècle après JC); source: Gallica

Les premiers écrits significatifs d’exploration de l’Afrique apparaissent dès l’Antiquité chez les grecs : au Vème s. avant JC, Hérodote nous renseigne sur la géographie de l’Égypte et de la Libye. Ptolémée, savant grec du premier siècle après Jésus-Christ, réalise la première carte d’Afrique en rassemblant les connaissances limitées d’alors.
Les voyageurs arabes nous livrent également de précieux témoignages : au XIIème siècle, le géographe Al-Idrîsî, dans « Le livre de Roger » décrit de façon remarquable pour l’époque, la géographie tant humaine que physique du Niger, du Soudan et de la vallée du Nil, la Bibliothèque nationale en conserve l’un des manuscrits les plus anciens, copié vers 1300.

Planisphère d al-Idrîsî, encore appelé <i>Livre de Roger</i>. Sicile, 1154. Oxford, The Bodleian Library (Mss. Pococke 375 fol. 3v-4) )

Planisphère d al-Idrîsî, encore appelé Livre de Roger. Sicile, 1154. Oxford, The Bodleian Library (Mss. Pococke 375 fol. 3v-4)

Ibn Battûta, né au XIVème siècle, explorateur et voyageur musulman, parcourt plus de 100 000 km en près de 30 ans de voyages. Simple pèlerin, Ibn Battûta profite de la place occupée par l’Islam, de la langue arabe et du développement du commerce. Pour se déplacer, il se joint souvent à des caravanes, ou embarque sur des navires marchands musulmans.
Hassan al-Wazzan est né à la fin du XVème siècle en Andalousie musulmane. Il se réfugie au Maroc après la reconquête de l’Espagne par Isabelle la catholique. À l’âge de 20 ans, il choisit la voie de la diplomatie et devient un grand voyageur des pays du Maghreb et de l’Afrique noire. Capturé par un chevalier de l’ordre saint Jean, il est présenté au pape Léon X qui l’adopte et le fait baptiser. Il devient alors Léon de Médicis, dit Léon l’Africain. Sur demande du pape, il écrit sa célèbre Cosmographia Dell Africa, publiée à Venise sous le titre Description de l’Afrique. Cet ouvrage de référence, est la principale source de renseignements sur la vie, les mœurs, les us et coutumes dans l’Afrique du XVIe siècle. C’est à la faveur de ce livre que Tombouctou devient une ville légendaire dans l’imaginaire des européens; il est ainsi l’un des inspirateurs de René Caillié qui partira à sa découverte.
En 1415, les portugais s’installent au nord de l’Afrique, à Ceuta. Au moment de la découverte du Nouveau Monde, les navigateurs portugais seront les premiers à compléter l’exploration et la cartographie du littoral africain. En 1488, Bartolomeu Dias passe le cap de Bonne Espérance pour arriver sur les côtes de l’Océan Indien. Comme Christophe Colomb, la priorité de ces explorateurs est la recherche d’une nouvelle route des épices, leur exploration de l’Afrique sera donc limitée aux côtes.

Pourquoi Tombouctou est-il devenu un lieu mythique ?

Illustrations de Voyage à Temboctou et à Jenné, dans l Afrique Centrale, René Caillié et Edme François Jomard, 1830; source: Gallica  )

Illustrations de Voyage à Temboctou et à Jenné, dans l Afrique Centrale, René Caillié et Edme François Jomard, 1830; source: Gallica

A l’époque médiévale, l’islamisation de l’Afrique a fait de Tombouctou non seulement un carrefour commercial mais aussi un haut lieu de savoir et de culture musulmane, on y compterait même plus de 20.000 étudiants dans son université. Après le XVème siècle, les routes d’accès à l’Afrique sub-saharienne se font principalement par mer, et la cité de Tombouctou est peu à peu délaissée. Restent cependant dans les écrits des explorateurs des récits sur la splendeur de la cité qui stimulent la curiosité des aventuriers du XIXème siècle. Mungo Park, explorateur écossais parti découvrir le cours du Niger n’arrivera jamais jusqu’à elle. C’est René Caillié qui redécouvrira Tombouctou. Ce dernier s’est donné toutes les chances d’y arriver sans encombre : pendant 2 ans il décide de vivre chez les Maures et apprend la langue, la religion et les coutumes locales. C’est ainsi qu’il se fait passer pour un pèlerin musulman (la cité est en effet interdite aux chrétiens). Il part de Guinée le 19 avril 1827 et ralliera Tombouctou en avril 1828. A son retour, il remettra à Edme-François Jomard, géographe de l’expédition d’Egypte de Louis Napoléon Bonaparte, qui a fondé le département des Cartes et plans de la Bibliothèque nationale, un lexique français-peul qu’il avait élaboré, ce document est consultable aujourd’hui au département des Manuscrits.
Le 5 décembre 1828, à Paris, en présence de l’illustre paléontologue Georges Cuvier, la Société de Géographie lui fait fête et lui remet la somme de 10.000 francs promise au premier Européen qui arriverait à Tombouctou et en ramènerait une description. Aidé par Edme-François Jomard, René Caillié publie en 1830 son Journal d’un voyage à Tombouctou. C’est aussitôt un grand succès de librairie, réédité régulièrement depuis.

Quelles étaient les relations que les sociétés de géographie entretenaient avec les explorateurs ?
Les explorateurs sont stimulés par les sociétés de géographie car elles offraient des prix à qui découvraient des territoires inconnus. La première de ces sociétés est la société de géographie de Paris, fondée en 1821. Cette société, dont je suis membre, est toujours active, elle attribue des prix pour des publications originales et continue d’offrir un patronage à de nombreux projets d’exploration.
Il existe à la BnF plusieurs milliers de récits d’explorateurs français ou traduits en français. Une partie de ces récits se trouve sur le site Gallica et sont rassemblés dans un dossier spécial consacré aux « Voyages en Afrique », on peut également y consulter des cartes, des gravures, des photos, des documents sonores, sur ce thème.

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Pour en savoir plus :
- Présentation et programme des Estivales africaines de la BnF
- exposition virtuelle sur les Trésors photographiques de la Société de géographie
- exposition virtuelle al-Idrîsî : la Méditerranée au XIIème siècle

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