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Regard sur l’Ouest africain dans les récits de voyage européens

27 juillet 2011

Avant de la retrouver mardi 2 août, à partir de 17h30, dans la galerie Jules Verne, nous avons eu le plaisir de rencontrer Juliette André, chef d’équipe au service philosophie du département Philosophie, histoire, sciences de l’Homme. Le sujet de la conférence est en lien avec ses recherches dans le cadre de son DEA et de sa maîtrise, sur les récits de voyage en Sénégambie. Elle nous a donc parlé des récits de voyageurs européens dans l’Ouest africain.

Yannick Grandcolas nous a parlé, la semaine dernière, des récits des explorateurs du Moyen-Âge, puis de la redécouverte de Tombouctou par René Caillé au XIXe siècle, et vous, vous allez évoquer, pour votre part, les récits des voyageurs qui s’étendent du XVIe au début du XIXe siècle ?
En effet, après la découverte des côtes africaines par les Portugais et leur installation, notamment en Sénégambie et aux îles du Cap-Vert, des récits de commerçants capverdiens, apportant de précieux renseignements, sont diffusés.
Historiquement, la Sénégambie désigne la région comprise entre la vallée du fleuve Sénégal au Nord, au Sud les Rivières du Sud, à l’Ouest l’Océan et à l’Est le massif du Fouta Djallon.

Par exemple, le capverdien André Donelha, probablement né sur l’île de Santiago entre 1550 et 1560, rédige un récit à partir de notes prises lors de ses nombreux séjours sur la côte sénégambienne (fin du XVIe siècle). Il entreprend ce travail en 1625 sous le titre : Description de la Serra Leona et des Rios de Guiné du Cabo Verde. Autre auteur capverdien important : André Alvarès de Almada. Il rédige en 1594 le Tratado breve dos rios de Guiné do Cabo Verde, fruit de ses activités commerciales le long de cette même côte.

Au début du XVIe siècle, les Portugais se trouvent « seuls » en Afrique. En effet, le traité international de Tordesillas (7 juin 1494) avait établi le partage du Nouveau Monde, entre les deux puissances maritimes de l’époque, l’Espagne et le Portugal : l’Amérique est acquise aux Espagnols, l’Afrique et le Brésil reviennent aux Portugais.
Les autres nations européennes (France, Angleterre, Hollande…), pas encore assez puissantes, se voient refuser tout droit sur ces nouvelles terres. Elles ne peuvent, dans un premier temps, que recourir à la piraterie et à la contrebande pour profiter des richesses qu’on s’y procure.
Le déclin du Portugal à partir de la fin du XVIe siècle, qui n’est plus en mesure de défendre son monopole sur les côtes africaines, permet aux autres puissances européennes d’établir à leur tour des relations commerciales et de s’installer d’abord dans les anciens comptoirs portugais puis le long des fleuves Sénégal et Gambie.

Carte de l Afrique françoise ou du Sénégal, ouvrage posthume de G. Delisle, 1726; source : Gallica, BnF )

Carte de l Afrique françoise ou du Sénégal, ouvrage posthume de G. Delisle, 1726; source : Gallica, BnF

Très vite, une répartition s’opère entre les Français aux abords du fleuve Sénégal, et les Anglais autour du fleuve Gambie. Les Hollandais, quant à eux, ne s’établissent pas en Sénégambie mais le long de la « Gold Coast », c’est-à-dire dans le Golfe du Bénin, aux côtés d’autres nations européennes.

C’est ainsi que des auteurs anglais et français prendront le relais des commerçants capverdiens, tel que l’anglais Richard Jobson qui décrira la Gambie dans : The Golden Trade or a discovery of the River Gambia (1623) ; le français Jacques Joseph Lemaire rendra compte de ses : Voyages aux Isles Canaries, Cap-Verd, Senegal, Gambie, sous monsieur Dancourt, directeur général de la compagnie roïale d’Affrique (1695).

À cette époque, c’est l’économie qui domine les échanges ?
Effectivement, à cette époque c’est l’économie qui domine les échanges entre africains et européens. Le commerce transsaharien, commerce par voie de terre qui partait du Maghreb pour arriver à la boucle du Niger, notamment à Tombouctou, laisse progressivement place, à la fin du XVe siècle, au commerce atlantique.

Roi de Cayor, au Cap Vert, faisant payer un droit pour jetter l ancre à un capitaine d un vaisseau européen, John Ogilby, 1670; source : Gallica, BnF )

Roi de Cayor, au Cap Vert, faisant payer un droit pour jetter l ancre à un capitaine d un vaisseau européen, John Ogilby, 1670; source : Gallica, BnF

Dans un premier temps les commerçants européens cherchent à se procurer l’or du Soudan, qu’ils connaissaient par les récits arabes qui décrivent longuement le « commerce muet ». L’or s’échangeait contre le sel du désert sans que les protagonistes ne se rencontrent jamais. Avec le développement du commerce atlantique, le sel gemme est remplacé par le sel marin des côtes.

Toutefois l’or laisse rapidement sa place au trafic des esclaves. Si les Portugais pratiquent ce commerce dès le XVIe siècle, le nombre d’esclaves transportés, principalement à destination de l’Europe, reste faible.
La fin du monopole portugais sur les côtes africaines et l’entrée en concurrence des autres nations européennes ainsi que la mise en place du système de plantation et l’exploitation minière en Amérique coïncident avec l’essor du « commerce triangulaire » dès le XVIIe siècle, système qui connaîtra son apogée au siècle suivant. Cette « organisation » désigne la mise en relation de l’Europe, de l’Afrique et de l’Amérique. Des marchandises étaient apportées d’Europe pour être échangées contre des esclaves sur les côtes africaines, qui étaient à leur tour revendus en Amérique contre les produits du Nouveau Monde (sucre, cacao…).

Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle que ce système de traite et l’esclavage seront dénoncés notamment par les philosophes des Lumières comme Montesquieu, Rousseau ou Diderot.
Si les esclaves occupent une position centrale dans le commerce africain, il faut aussi mentionner des produits comme l’ivoire ou encore la gomme qui étaient échangés. La gomme est une matière première stratégique pour l’industrie textile alors en pleine expansion. Son commerce domine la vallée du fleuve Sénégal.
Pour permettre tous ces échanges, les Européens établissent des comptoirs de commerce sur les côtes ou le long des fleuves. Leur installation n’était possible qu’après le versement de tributs aux chefs africains alors nombreux en Sénégambie. En effet, plusieurs royaumes s’étaient constitués au XVe siècle après le déclin de l’empire du Mali qui avait dominé cette région au XIVe siècle, situation qui perdura jusqu’à la colonisation européenne.
Leur situation précaire et les conditions climatiques difficiles expliquent que les Européens n’y effectuaient généralement que de courts séjours.


Comment expliquer l’engouement qui se fait jour au XVIIe siècle pour les récits de voyage ?

Avec la Renaissance, l’invention de l’imprimerie et la diffusion du papier font du livre un objet plus abordable ; la découverte par les Européens des côtes d’Afrique puis du Nouveau Monde attise une soif de connaissances, partagée aussi bien par la noblesse que par la bourgeoisie naissante.

Plan du Port Saint-Louis sur l Isle de Sénégal, extrait de Nouvelle relation à l Afrique Occidentale, Jean-Baptiste Labat, 1728; source : Gallica, BnF  )

Plan du Port Saint-Louis sur l Isle de Sénégal, extrait de Nouvelle relation à l Afrique Occidentale, Jean-Baptiste Labat, 1728; source : Gallica, BnF

Outre les récits de voyageurs qui étaient des récits de première main, ou les recueils qui regroupaient ces récits entre eux, certains, comme le père Jean-Baptiste Labat, pratiquent l’art de la compilation de récits de voyageurs, exercice qui n’a qu’un lointain rapport avec la réalité vécue et décrite par ces voyageurs. Jean-Baptiste Labat publiera, en 1728, Nouvelles relations de l’Afrique occidentale, illustré avec des cartes du géographe D’Anville, consultables sur Gallica.
Finalement, la relation de voyage est, au même titre que les documents d’archives, les traditions orales ou les fouilles archéologiques, une source pour l’historien. Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’elle émanait de voyageurs nourris de connaissances – géographiques notamment – de l’Antiquité (Ptolémée) et des voyageurs arabes du Moyen-Âge (Al-Idrisi). Ainsi, si l’étude de la relation de voyage demeure nécessaire pour connaître l’Histoire de l’Afrique, l’historien ne peut s’y limiter.

Nous serons heureux de vous retrouver, mardi prochain, pour la conférence de Juliette André, à 17h30, dans la galerie Jules Verne (ex espace pédagogique), entrée libre.

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Pour en savoir plus :
- Présentation et programme des Estivales africaines de la BnF

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