1. Vous accueillir à la BnF, Expositions, Pour découvrir les collections

À la découverte des territoires du cinéma africain

2 août 2011

Nous avons rencontré Julien Farenc, chargé de collections au département de l’Audiovisuel, avant d’avoir le plaisir de le retrouver mardi 9 août, à partir de 17h30, pour une conférence sur les territoires du cinéma africain, galerie Jules Verne.

Qu’est ce que le cinéma africain ?

Borom Sarret, d'Ousmane Sembène, est considéré comme le première film africain © Médiathèque des Trois Mondes )

Borom Sarret, d Ousmane Sembène, est considéré comme le première film africain © Médiathèque des Trois Mondes

Il est difficile de considérer le cinéma africain comme une entité et il serait donc préférable de parler des cinémas africains. Une des raisons à ce pluriel est la multitude des langues, vernaculaires ou européennes. Une autre est l’histoire contemporaine du continent façonné par la colonisation et les décolonisations. Cette histoire a pesé de tout son poids sur les conditions de production et de distribution dans ses pays. En tous les cas, les pays francophones du sud et du nord du Sahara constituent un territoire commun pour le cinéma qui le distingue nettement de l’Afrique anglophone par exemple.

Je voulais également réfléchir au cinéma que je ne voulais pas considérer comme « cinéma d’Afrique ». En effet, on ne saurait considérer les films coloniaux comme du cinéma africain, bien que tournés en Afrique : la question de l’observateur est ici primordiale. De même, le cinéma animalier réalisé en Afrique ne pourrait être considéré comme « cinéma d’Afrique ». Enfin, on ne peut pas non plus considérer comme cinéma africain des films tournés par des Européens sans les Africains ou des films sur des Africains vivant sur d’autres continents.

Par conséquent, j’ai choisi de considérer comme cinéma africain, le cinéma documentaire ou de fiction réalisé par des Africains, et plus généralement le cinéma qui donne la parole aux Africains vivant en Afrique.

L’histoire du cinéma en Afrique démarre sans doute avec la première projection commerciale au Mali en 1908. Le premier film réalisé par des africains est Afrique sur Seine (1955), tourné à Paris, faute d’autorisation de tournage au Sénégal ! Du coup, on peut considérer que le premier film africain au sens plein du terme est Borom Sarret, d’Ousmane Sembène, en 1962 et récompensé en France l’année suivante

Enfin, dans cette approche du cinéma africain, on peut se poser la question d’inclure certains réalisateurs européens, passionnés par le continent noir et qui ont beaucoup contribué à faire connaître l’Afrique. On pense immédiatement à Jean Rouch pour le Mali ou le Niger (exemple : Initiation à la danse des possédés), Thierry Michel pour le Congo (exemple : Katanga Business), ou encore Daisy Lamothe pour le Sénégal (exemple : Viens voir ma boutique).

Quels sont les principaux opérateurs en matière de production d’édition vidéo ?
L’édition française de fictions comme de documentaires, publie des films dont l’écriture et la production ont souvent été aidées par des fonds publics. Parfois, ces co-productions intègrent des fonds européens pour le financement du cinéma le plus récent.

Baara, de Souleymane Cissé © Cinémathèque Afrique et Films Cissé )

Baara, de Souleymane Cissé © Cinémathèque Afrique et Films Cissé

Les fictions éditées en France, le sont comme ailleurs dans le monde, par de grands éditeurs généralistes (comme le coffret Souleymane Cissé publié par Pathé).

L’édition humanitaire, quant à elle, est réalisée par des ONG, et il s’agit alors de films qui présentent les projets de ces organisations, et d’actions menées avec des africains. Ce mode de production aboutit à une grande variété de films, dont la BnF possède une grande collection.
L’édition communautaire concerne les films propres à un pays ou à une zone géographique donnée. Par exemple, nous conservons à la BnF, tout un programme télévisuel sénégalais, en langue wolof : il s’agit d’images africaines réalisées pour les africains, et ont été produits par une société africaine. (L’arrangement, de Papa Demba Ndiaye)

Comment se porte aujourd’hui le cinéma africain ?
L’hétérogénéité valable pour les formes de cinémas africains est également vraie en ce qui concerne le statut du cinéma en Afrique. Il y a d’abord le Nigéria, qui est le 3ème producteur mondial de films, qui produit en numérique et exploite ses films sur DVD dans ses salles de cinéma. À l’opposé, on trouve des pays comme le Sénégal, qui ne dispose plus que d’une seule salle de projection dans tout le pays. On peut dire, qu’en règle générale, le reste du continent produit peu de films, que ces films sont peu diffusés mais qu’ils rencontrent souvent un vif succès sur leur marché local.

 Bal Poussière, de Henri Duparc © Focale 13)

Bal Poussière, de Henri Duparc © Focale 13

Depuis les années 80, un nouveau cinéma commercial est apparu et avec lui de nouveaux registres, comme la comédie, qui connaissent une audience importante, par exemple Bal poussière de Henri Duparc
Les façons de diffuser sont également différentes : diffusions en plein air, projection à partir d’un format DVD…

Comment se sont constituées les collections de la BnF ?

La principale façon de constituer les collections est le dépôt légal de l’audiovisuel, qui couvre depuis 1975 un champ très vaste. En effet, tout vidéogramme (vidéocassette, DVD…) lorsqu’il est mis en location, en vente, en distribution, importé ou mis à la disposition d’un public même limité et même à titre gratuit sur le territoire français

Une autre façon d’enrichir les collections est, pour la Bibliothèque, de recueillir des catalogues publics ou privés. Sur le sujet qui nous intéresse, la bibliothèque a reçu le don important de la Médiathèque des Trois Mondes, qui réunit une importante collection française de cinéma africain. La BnF discute actuellement avec la Cinémathèque Afrique de l’Institut français pour obtenir le dépôt de leurs films sur support vidéo. Cette médiathèque fondée en 1961 joue un rôle important dans la promotion des cinémas d’Afrique, avec un fonds riche de plus de 1500 films.

La BnF avec le fonds important qu’elle possède déjà, et ces nouvelles perspectives d’enrichissement pour les prochaines années, constituera à terme la première collection de recherche sur le cinéma africain. Un échantillon représentatif de l’histoire des cinémas africains est déjà consultable en salle B de la bibliothèque, site François Mitterrand.

Nous serons donc heureux de vous retrouver, pour la conférence de Julien Farenc, qui sera appuyé par des projections d’extraits de films, le 9 août, à partir de 17h30, dans la Galerie Jules Verne (ex Espace pédagogique). Entrée libre.

——

Pour en savoir plus :
- Présentation et programme des Estivales africaines de la BnF

Adresse du rétrolien (trackback) pour ce billet :
http://blog.bnf.fr/diversification_publics/index.php/2011/08/02/a-la-decouverte-des-territoires-du-cinema-africain/trackback/

 

Laissez un commentaire



Pas d'URL (adresse de site web) ou alors sans le http, pour cause de spam.