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À la découverte des collections de la BnF autour de la colonisation

9 août 2011

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Frédéric Manfrin, chef du service Histoire au sein du département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, avant de le retrouver le 16 août, à partir de 17h30, dans la galerie Jules Verne, pour nous introduire sa conférence « Coloniser ? Les collections de la BnF témoins de leur temps ».

Comment était perçue la colonisation au 19ème siècle ?

Paysages et types de mœurs du Sénégal : Don de Mr Delor, 1885; source: Gallica; BnF )

Paysages et types de mœurs du Sénégal : Don de Mr Delor, 1885; source: Gallica; BnF

Si l’opinion y était largement favorable, il existait un débat à cette époque, la colonisation ne faisait pas consensus. Pour illustrer les divergences d’opinions, on peut citer deux textes, qui avaient déjà été proposés à ce sujet lors d’une rencontre avec l’histoire. Le premier de ces textes est de Jules Ferry : Discours à la chambre des députés, 28 juillet 1885. Dans ce texte, Ferry, se fait le promoteur de la colonisation, qu’il défend en trois points : des raisons économiques, des idées de civilisation, et des idées d’ordre patriotiques. En dehors des motivations économiques, Ferry est persuadé du bienfait de la colonisation pour les peuples colonisés et vante « le côté humanitaire et civilisateur de la Question ».
À ces opinions s’opposent celles de Clémenceau qui, deux jours après, répond à Jules Ferry dans son Discours à la chambre des Députés, 30 juillet 1885. Il s’oppose à la théorie des races dans cette réponse, qui validait la colonisation selon Jules Ferry.
Ces deux textes illustrent bien qu’un questionnement autour de la colonisation existait dès le 19ème siècle.

Comment se passe le processus de colonisation française ?

Paysages et types de mœurs du Sénégal : Don de Mr Delor, 1885; source: Gallica; BnF )

Paysages et types de mœurs du Sénégal : Don de Mr Delor, 1885; source: Gallica; BnF

Pour quelques repères historiques tout d’abord, il faut savoir que le premier pays d’Afrique de l’Ouest, puisque c’est ce territoire qui nous intéresse plus particulièrement, à avoir été colonisé, est le Sénégal. Faidherbe a été l’un des principaux gouverneurs du Sénégal, entre 1854 et 1865. On lui doit entre autres la fondation de Dakar. Mais j’aurai l’occasion de faire un point plus précis sur ces dates lors de la conférence.

En ce qui concerne le processus de colonisation, il se déroule en trois étapes successives. La première de ces étapes est la maîtrise d’un espace, qui dépend notamment de l’exploration. Cette maîtrise est assurée grâce à une intervention militaire, on peut d’ailleurs trouver différents documents patrimoniaux au sein de l’exposition des estivales africaines, dans l’abécédaire des collections. Cette maîtrise dépend également des partages des frontières grâce à différents traités entre les empires coloniaux. La carte de partage du Dahomey (1892), par exemple, montre bien le tracé tout à fait aléatoire de ces frontières, sans prendre en compte la pluralité des ethnies, des religions, des peuples à l’intérieur d’un territoire ainsi arbitrairement dessiné. Les fleuves servaient de frontières naturelles, ou alors la frontière était imposée à l’endroit où les colons de deux puissances distinctes s’étaient croisés… Aujourd’hui encore, ce tracé arbitraire est à l’origine de conflits en Afrique.
La seconde étape consiste en l’installation physique des colons , qu’ils soient commerçants , missionnaires, militaires…
Enfin, la dernière étape, pour transformer le territoire en une colonie, est d’y installer une administration : un gouverneur et l’administration politique bien sûr , mais également une police, des hôpitaux, des lieux pour rendre la justice, et les français tiennent également à installer des écoles . Les administrateurs sont alors formés à l’Ecole coloniale.

Pouvez-vous nous parler de cette École coloniale?

 Ecole Coloniale : façade, photographie de presse, Agence Meurisse, 1935; source: Gallica; BnF )

Ecole Coloniale : façade, photographie de presse, Agence Meurisse, 1935; source: Gallica; BnF

Cette école a été fondée en 1889 pour former les administrateurs coloniaux, puis rebaptisée en 1934 École nationale de la France d’outre-mer. Elle enseignait à ses élèves tous les rudiments de l’administration coloniale (les administrateurs coloniaux ont notamment mis en place le recensement des populations et l’Etat civil dans les colonies) et également les langues parlées dans les territoires colonisés. Léopold Sedar Senghor y a été professeur de peul et de wolof, par exemple. En effet, il appartenait aux administrateurs de discuter et négocier avec les différentes chefferies africaines.
Quant aux élèves, ils pouvaient être issus des colonies justement. On peut citer Félix Eboué, par exemple, né en Guyane, a été administrateur colonial, gouverneur du Tchad, ou Abdou Diouf, qui succède à Senghor comme président du Sénégal
Les élèves pouvaient se spécialiser pour l’Afrique, Madagascar ou l’Indochine.
Au moment de la décolonisation, les administrateurs coloniaux ont alors été reclassés dans l’administration civile.

Comment tous ces précieux documents, dont ceux que vous allez présenter le 16 août, sont arrivés dans les collections de la BnF ?

 Cameroun. Moeurs et coutumes, B. Lembezat, Sablayrolles, Sergent major Landre © BnF )

Cameroun. Moeurs et coutumes, B. Lembezat, Sablayrolles, Sergent major Landre © BnF

Le premier enrichissement des collections est dû au dépôt légal. D’ailleurs, en ce qui concerne les documents que je commenterai lors de la conférence, il ne s’agit pas seulement de documents qui proviennent du département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, mais également du département des Cartes et plans, avec des documents précieux de la Société de Géographie notamment. Nous avons aussi, dans le fonds du Département des Estampes et de la photographie, des images provenant des colonies,  éditées par la documentation française.
Nous avons aussi reçu en don les collections de l’Ecole coloniale, avec de très précieux documents. Par exemple, des documents édités directement dans les imprimeries des colonies, notamment à Dakar et Brazzaville, qui étaient les chefs lieux respectivement de l’Afrique Occidentale Française (A.O.F.) et de l’Afrique Equatoriale Française (A.E.F.)

Nous serons heureux de vous retrouver mardi 16 août, à partir de 17h30, dans la galerie Jules Verne (ex espace pédagogique) pour assister à la conférence de Frédéric Manfrin. Entrée libre.

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Pour en savoir plus :
- Présentation et programme des Estivales africaines de la BnF

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