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Rencontre avec les commissaires de l’exposition Vogue, l’aventure d’une maison de disques

10 octobre 2011

Qu’ont en commun Johnny Hallyday, Jacques Dutronc, Sidney Bechet, les Doors, Abba, les artistes de la Motown ou même Louis de Funès ? Ils ont tous été enregistrés ou distribués par le label Vogue…En ce moment, et jusqu’au 13 novembre, se tient à la BnF, site François Mitterrand, une exposition hommage à cette célèbre maison de disques. Nous avons eu le plaisir de rencontrer les deux commissaires de l’exposition : Anne Legrand et Pierre Pichon.

Logo Vogue/Copyright L&M Services B.V. The Hague 20110522 )

Logo Vogue/Copyright L&M Services B.V. The Hague 20110522

Pourquoi une telle exposition à la BnF ?
Cette année, nous célébrons le centième anniversaire de la naissance de Charles Delaunay, l’un des fondateurs de la maison Vogue. Il nous a donc semblé important de rendre hommage à cette société qui a marqué l’univers de la musique, et cela nous permet de mettre en valeur les collections de la BnF.

En effet, tout ce que vous voyez au sein de l’exposition fait partie des collections, pour deux raisons. D’une part, les disques entrent à la BnF par le système du dépôt légal : un exemplaire de chaque disque sorti en France est conservé à la bibliothèque, et ce depuis 1938, et je (Pierre Pichon) m’occupe de gérer ce dépôt légal. D’autre part, en 1979, Charles Delaunay a fait don à la phonothèque nationale (devenu depuis le département de l’Audiovisuel de la BnF) de sa collection de disques et de ses archives, fonds qu’Anne Legrand connaît particulièrement bien, en en ayant réalisé l’inventaire et ayant par ailleurs rédigé une thèse sur Charles Delaunay et le jazz en France dans les années 30 et 40.Cette exposition est également en partenariat avec l’association Zebrock, qui mène des actions culturelles dans le champ des musiques actuelles à Villetaneuse, là où se trouvaient les usines Vogue, et qui a réalisé un grand travail de collecte de témoignages.

Comment fonctionnait cette maison de disque ?
Cette maison a été fondée en 1947 par trois collectionneurs de disques : Charles Delaunay, Léon Cabat et Albert Ferreri. Il s’agit à la base de faire venir en France, après la guerre, des artistes américains, car on ne trouve plus leurs disques. Mais très vite, ces artistes enregistrent et la maison connaît un grand succès, ce parcours est retracé au sein de l’exposition.

Le fonctionnement de Vogue est atypique, car la maison gère tout de A à Z. Tout d’abord, le choix des artistes. On retrouve chez Vogue ce que l’on appelle des écuries : les directeurs du Label s’entourent de directeurs artistiques, qui proposent chacun des artistes, une écurie est donc l’ensemble des artistes d’un même directeur artistique : Jacques Dutronc fait par exemple partie de l’écurie Wolfsohn, alors qu’Antoine appartient à l’écurie Fechner. Une certaine concurrence entre ces directeurs créé une émulation, et favorise l’enregistrement de jeunes artistes prometteurs, alors encore inconnus. Il est très important de noter cet aspect : aujourd’hui, lorsque l’on évoque Sidney Bechet, Jacques Dutronc, Françoise Hardy ou Johnny Hallyday, nous savons tous qui ils sont, mais, lorsque Vogue les fait enregistrer, ce sont de parfaits inconnus. Les directeurs artistiques devaient être visionnaires.
Après l’enregistrement, ce sont également au sein même des usines Vogue que se fait la gravure des disques ainsi que le pressage. Tout est réalisé en interne, jusqu’à la livraison chez les disquaires. Du fait de cette gestion totale des disques, Vogue a du suivre et accompagner les évolutions techniques rapides de l’époque : le 78 tours, puis les différents supports Vinyles (33 tours et 45 tours), les K7 audio… Elle a d’ailleurs créé en 1978 un nouveau studio d’enregistrement, à la pointe des dernières techniques de l’époque, qui est encore utilisé aujourd’hui, preuve de son avant-garde.

Un scopitone, cc by CNHI © CNHI )

Un scopitone, cc by CNHI © CNHI

Vogue fait également le nécessaire pour faire connaître ses artistes, ce que l’on appellerait aujourd’hui du marketing : il s’assure que les disques Vogue sont en bonne place dans tous les jukebox, et chez les disquaires… On peut retrouver au sein de l’exposition une borne audiovisuelle qui donne à voir des scopitones (l’ancêtre du vidéo-clip), outil promotionnel de l’époque. Une reproduction est visible sur le tableau dédié à l’aventure technique.

Que peut-on voir au sein de cette exposition ?
Dans cette exposition, on peut voir et écouter ! Nous avons choisi de rendre hommage à Vogue grâce à des panneaux thématiques, des bornes d’écoutes, et une borne audiovisuelle, qui montrent bien la diversité et l’éclectisme de cette maison de disques.
En effet, Vogue naît en 1947, et sort d’abord des disques de jazz. Au début des années 1950, Vogue s’ouvre à la chanson française et montre son éclectisme, puisque l’on peut trouver dans son catalogue des chanteurs engagés (Colette Renard, Mouloudji), autant que des choses plus drôles et légères (Pierre Perret, Frédéric François). Ensuite arrive la fameuse époque des yéyés, à laquelle nous consacrons évidemment un panneau dans l’exposition. Mais on pourra aussi découvrir des choses méconnues de la maison de disques : de l’ethnomusicologie, avec des disques sortis en partenariat avec le musée de l’homme, des pièces de théâtres, le premier Opéra rock français, qui a fait également l’objet d’un spectacle, etc… Et je ne dévoile pas tout !

Justement, avec tant de ressources, comment a été pensée et montée cette exposition ?
Le choix des pièces montrées a été difficile, mais passionnant : on voit au cours de la présentation environ 400 documents, mais nous avons du, pour la préparer, en visionner beaucoup plus ! Nous étions partis avec l’idée de faire une frise chronologique, mais la diversité des collections nous a finalement poussés à faire des panneaux thématiques, qui rendent mieux compte de tous les aspects du label, et en particulier de son éclectisme.
Une fois les choix réalisés, il a fallu numériser les documents proposés, puis choisir un graphiste pour mettre en scène tous ces documents. Nous sommes très contents du résultat final, et nous avons eu le plaisir d’accueillir, lors du vernissage, des personnes ayant connu ou travaillé à Vogue, comme la femme de Léon Cabat, ou la fille d’Albert Ferreri. Toutes se sont reconnues dans cette exposition, qui, dans sa forme et dans son fond, arrive à montrer ce qu’était Vogue.

Cette exposition se situe dans l’allée Julien Cain, elle est donc totalement libre d’accès, et vous pouvez venir librement la visiter. Néanmoins, nous sommes également à votre disposition si vous souhaitez organiser une visite guidée avec votre groupe, qui pourrait être couplée, ensuite, par une séance d’écoute dans la salle de l’audiovisuel. N’hésitez pas à nous contacter !

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Pour aller plus loin :

- Article de Chroniques consacré à l’exposition
- 15 octobre, 15h00-16h00 : conférence Serge Gainsbourg chez les yéyés. En savoir plus ici. Entrée libre, petit auditorium.
- 15 octobre, 16h30-18h30, Après-midi en chansons. En savoir plus ici. Entrée libre, petit auditorium.
- Article de Chroniques consacré à le réserve Charles Cros, où sont conservés les appareils d’enregistrement et de diffusion.

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Source des images :
- Logo Vogue/Copyright L&M Services B.V. The Hague 20110522
- Un scopitone - Exposition temporaire “Générations, un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France” © CNHI.

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