3. La BnF et ses métiers

Le métier de restaurateur de chartes scellées… par Cécile Sarrion

21 mai 2013

Pour mettre en lumière une nouvelle fois les métiers d’art, après les cartes et les livres, nous vous proposons cette fois de rencontrer Cécile Sarrion, restauratrice de chartes scellées…

Cécile Sarrion ©BnF)

Cécile Sarrion ©BnF

1. Quel est l’intitulé de votre poste ?
Je suis restauratrice de livres, au service restauration, sur le site Richelieu. Je m’occupe plus particulièrement depuis peu de la restauration de chartes scellées du département des Manuscrits.
Pour pouvoir restaurer ces chartes, j’ai suivi une formation spécifique d’une semaine aux Archives nationales à l’atelier de restauration des sceaux.
Pour ce chantier, je travaille en collaboration avec Tamara Couval et Solène Serra-de La Forest D’Armaillé pour la restauration ainsi qu’avec Delphine Lantz et Catherine Luscinski pour le conditionnement.
Tamara Couval est restauratrice sur le site de Bussy-st-Georges, elle est venue en formation à l’atelier car la grande majorité de ce fonds ce trouve sur ce site.
Solène Serra-de La Forest D’Armaillé est étudiante en master II de recherche « patrimoine restauration conservation (Sorbonne –paris I) et a préalablement fait un stage de 2 mois à l’atelier des sceaux des Archives Nationales.
Delphine Lantz et Catherine Luscinski travaillent à l’atelier conditionnement équipement léger du site François Mitterrand. Leur rôle consiste à fabriquer les boites de conservation adaptées, sachant que certaines chartes multi-scellées comportent 27 sceaux !

Charte scellée ©BnF)

Charte scellée ©BnF

2. En quoi consiste votre travail ?
C’est le responsable de la conservation du département des Manuscrits qui apporte les chartes à restaurer.
On dresse un constat d’état avec description et localisation des altérations qu’on a observées ; on indique les matériaux constitutifs, l’époque et les restaurations antérieures puis on réalise une proposition des traitements envisagés.
Une fois que le conservateur a validé le constat d’état, le travail peut commencer.
On suit un protocole d’intervention :
Nettoyage des sceaux : ceux-ci étant hydrophobes on utilise de l’eau osmosée, consolidation des fissures, assemblage des fragments avec une colle d’esturgeon, préparation de la cire de comblement, préparation de la cire colorée à l’aide de pigments purs, comblement des lacunes, grattage des parties restaurées, traitement des cires altérées à la propolis (c’est une gomme rougeâtre que les abeilles recueillent sur les bourgeons des marronniers), nettoyage des lacs et leur consolidation. Enfin je restaure la charte parchemin à l’aide de parchemin dédoublé et d’une colle végétale, après l’avoir nettoyée et gommée.
Ensuite, je transmets les dimensions de la charte scellée aux collègues de l’atelier de conditionnement qui fabriquent des boîtes de conservation sur mesure. Le travail terminé, la charte est restituée au Département des manuscrits.
Durant tout le travail de restauration un dossier (papier et électronique) est constitué : il précise les étapes de traitement (les techniques employées) et est illustré des photos du document à différents stades du travail de restauration. Ces dossiers constituent une documentation professionnelle utile aux collègues des ateliers de la bibliothèque.

Sceau d Edouard 3 ©BnF)

Sceau d Edouard 3 ©BnF

3. Comment devient-on restaurateur de chartes scellées ?
En vue des travaux prévus à la BnF, les collections de chartes scellées du département des Manuscrits (entre 30 000 et 40 000) ont été transférées vers les magasins de Bussy-Saint-Georges , elles sont régulièrement communiquées, à l’exception d’une quarantaine de pièces prestigieuses du fond Colbert qui avaient été encadrées au 19e siècle pour être exposées dans une des galerie de la bibliothèque. C’est la demande de restauration et de conditionnement de ce fond qui est à l’origine du chantier et donc de ma formation aux Archives nationales. Pour ce qui est de ma formation initiale, j’ai passé un CAP de reliure au Lycée Tolbiac (en 3 ans). Puis en 1976, je suis entrée sur concours à l’atelier de restauration de la Bibliothèque nationale. Il y avait à l’époque des épreuves pratiques : couture (des cahiers et des reliures), tranchefiles (broderies en soie ou coton exécutées en tête et queue du dos construites sur une âme). Lavage et encollage. Montage sur onglets (technique de montage des documents pour faciliter l’ouverture et la lecture). J’ai travaillé à l’atelier pendant 5 ans puis j’ai passé le concours de restaurateur spécialiste (aujourd’hui, technicien d’art spécialité relieur).

4. Etes-vous fonctionnaire ou contractuelle ?
Je suis fonctionnaire, la filière des métiers d’art est gérée par le Ministère de la culture.

5. Comment avez-vous choisi ce métier ?
Je rêvais d’entrer aux Beaux-arts mais je n’avais pas le niveau requis… J’ai choisi le CAP de reliure en pensant à la reliure d’art. Au début, au lycée, j’étais déçue : j’avais les mains dans la colle, il y avait de grosses machines, j’avais l’impression d’être à l’usine ! Heureusement, les enseignants dont le professeur de dessin m’ont donné l’envie de persévérer. En fin d’année, on pouvait créer une reliure à décor sur un livre que l’on avait choisi et lu…

6. Pour vous quelles sont les qualités essentielles, nécessaires pour ce métier ?

Essentiellement patience et minutie : on passe plusieurs heures à dépoussiérer un sceau… le travail de restauration est un travail de longue haleine. Les gestes doivent être précis, sûrs. Il faut évidemment être soigneux car les documents sont très précieux. Pour la restauration des chartes scellées, il faut s’intéresser à l’histoire cela vient naturellement car c’est passionnant…

L équipe de l atelier©BnF)

L équipe de l atelier©BnF

7. Quels sont les avantages de ce métier ?
La variété : à chaque document c’est une découverte. Chaque charte est différente, on découvre des personnages importants, des rois (François 1er, Édouard III, Blanche de Castille…). Au début, j’étais interloquée par le savoir des conservateurs, je ne connaissais rien à la sigillographie… mais en réalité nous sommes complémentaires, j’apporte mes compétences techniques, mon savoir-faire et j’essaye d’approfondir mes connaissances …
Et puis il y a l’équipe, avec certains collègues, ça fait plus de 30 ans que l’on travaille ensemble, il y a une grande complicité…

8. Ses inconvénients ?
Les départs en retraite ne sont pas remplacés. Du coup, il n’y a pas de transmission des savoirs et des techniques à des jeunes. Je crains pour l’extinction de nos métiers…
Dans le cadre du projet Richelieu, nous avons l’espoir d’avoir des locaux plus spacieux avec des espaces de travail adaptés.
8. Comment envisagez-vous votre avenir dans ce métier ? Évolutions techniques, évolution de carrière ?
J’aimerais vraiment transmettre mon savoir-faire, mes compétences à des jeunes avant de partir… En dehors de mon travail, j’ai également suivi des cours de peinture dans un atelier d’artiste… J’expose à l’année dans la galerie Art et culture à Saint-Marcel, dans l’Indre

Pour information : La Bibliothèque nationale et le Ministère de la culture et de la communication cofinancent le programme “DSC sceaux”, dans le cadre du plan triennal de la recherche 2013-2015, pour lequel Solène Serra-de La Forest D’Armaillé devrait être recrutée prochainement…

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Commentaires (2)

  1. Tout d’abord j’aime la photo ,tu es tres bien ,c’est toi ,puis à la lecture de l’article ,tres interessant ,simple ,accessible ,j’apprecie et reconnais ton humilité ,merci à la fin et de penser collectivement ,bravo pour la transmission des savoirs faire et de soulever le problèmes des departs à la retraites qui ne seront pas remplacer.Tu m’as donnée envie de m’interesser à l’histoire des sceaux et à leur importance concernant les documents ,lettres privées ,traités ,accords commerciaux ou politiques d’apprehender l’histoire à travers eux .MERCI et je voulais te dire que c’est bien toi ,beaucoup de richesse ,de discretion,une passion presente,celle de decouvrire et d’apprendre .Bonne fin de journée . Michelle

  2. Félicitations pour ce métier que vous exercez avec passion. Votre expérience de restauration des livres m’intéresse.
    Cordialement

 

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