3. La BnF et ses métiers

Le métier de chimiste… par Stéphane Bouvet

13 septembre 2013

Nous vous proposons cette fois de découvrir, avec Stéphane Bouvet, le métier de chimiste appliqué aux collections de la bibliothèque… L’occasion également pour vous de découvrir le site de Bussy Saint Georges…

Stéphane Bouvet ©BnF)

Stéphane Bouvet ©BnF

1. Quel est l’intitulé de votre poste ?
Je suis chargé d’études en physique-chimie au Service central du département de la Conservation. Je travaille au Laboratoire du site de Bussy Saint Georges.

2. En quoi consiste votre travail ?
La principale mission du laboratoire est de fournir assistance et conseils au personnel chargé de la conservation des collections mais également de répondre à la demande d’autres établissements.
Une part importante de mon activité repose sur le contrôle qualité des produits et matériaux utilisés pour la conservation ou la restauration des collections : on vérifie que ces matériaux (papiers, cartons, plastiques, boites, colles, pochettes…) sont sans risques pour les collections.
Nous nous impliquons également dans des programmes de recherche, en général sur 3 ans, soit internes à la bibliothèque soit nationaux en partenariat avec d’autres laboratoires. Ces programmes de recherche sont variés… toujours liés à des problématiques de conservation. Nous travaillons par exemple sur le programme soutenu par le Ministère de la culture : “Programme national de recherche sur la connaissance et la conservation des matériaux du patrimoine culturel (PNRCC)” et nous participons également au LabEx Patrima (Laboratoire d’excellence Patrimoines, matériels, savoirs, patrimonialisation, médiation) en collaboration avec les universités de Cergy-Pontoise et de Versailles Saint-Quentin en Yvelines dans le cadre du projet CoMPresSil (Conservation matérielle et traitement des papiers de presse modernes)…
Le dernier aspect de mon travail concerne la formation. Il s’agit de former les collègues de la bibliothèque ou d’autres établissements (élèves de l’ENSSIB par exemple) sur les facteurs de dégradations des collections et les précautions à prendre (environnement, manipulations, choix des matériaux…). Je m’occupe également de l’alimentation et de la mise à jour des informations concernant la conservation sur le site internet de la BnF ainsi que de la mise en ligne de la lettre interne d’information “Actualités de la conservation“.

Evaporateur rotatif ©BnF)

Evaporateur rotatif ©BnF

3. Comment devient-on chimiste ? Quelle formation est nécessaire ?
J’ai préparé un DUT (diplôme universitaire de technologie) agro-alimentaire dans le but de travailler dans le domaine du contrôle alimentaire (par exemple : vérifier le pourcentage de matières grasses dans les aliments ou l’oxydation des huiles etc )… Après mon service militaire, j’ai cherché du travail et suis arrivé en région parisienne. J’ai travaillé en intérim pendant 6 mois dans le domaine de la gestion des déchets urbains (combustion, recyclage…) pour une étude menée par l’ADEME. Un de mes collègues a passé un concours pour travailler dans un laboratoire des Monuments historiques. Je me suis alors intéressé à cette filière scientifique au sein de la fonction publique. Quelques mois plus tard, je postulais et étais recruté pour un contrat de 3 ans (1993-1996) au laboratoire de la Bibliothèque nationale, site Richelieu, plutôt spécialisé en microbiologie (étude des micro-organismes responsables des dégradations des collections). En 1996, on m’a proposé de travailler sur le site nouvellement construit de Bussy Saint Georges et de participer à la mise en place de la nouvelle entité du laboratoire plus axée sur les analyses en physico-chimie, domaine qui correspondait mieux à mon profil. Il y avait tout à faire : achat et prise en main des matériels analytiques et développement des protocoles d’analyse : c’était une expérience très enrichissante.

4. Etes-vous titulaire ou contractuel ?
Je suis titulaire, j’ai passé un concours sur dossier dans le cadre du dispositif Sapin.

5. Comment avez-vous choisi ce métier ?
C’est un peu le hasard, je cherchais un travail de technicien de laboratoire. L’annonce du premier emploi que j’ai occupé à la bibliothèque répondait à mes souhaits avec une partie analyse, qui correspondait à ma formation et une partir désinfection. Le travail était varié, tout ce que je voulais… ça m’a permis de découvrir le domaine de la conservation en bibliothèque. Je me suis formé auprès de mes collègues. J’avais appris les techniques, c’est juste “le sujet” qui change (les livres, les films, les disques…). J’ai appris “sur le tas”…

L équipe du laboratoire ©BnF)

L équipe du laboratoire ©BnF

6. Pour vous, quelles sont les qualités essentielles, nécessaires pour exercer ce métier ?
Il faut avoir l’esprit scientifique, c’est à dire rigoureux et précis : on travaille sur des mirco-échantillons donc on n’a pas le droit à l’erreur… Il faut aussi être curieux pour s’intéresser à tous les domaines : papiers, plastiques, textiles, maquettes, vinyles… c’est ce qui rend d’ailleurs le métier passionnant. C’est un travail d’enquête, on est amené à trouver de nouvelles techniques d’analyse. C’est un travail à la fois solitaire pour les analyses et d’équipe pour les échanges d’informations, d’idées et pour les projets de recherche. Nous sommes 3 au laboratoire : 2 chimistes et 1 microbiologiste. Ponctuellement, un stagiaire ou un contractuel vient renforcer l’équipe.

7. Quels sont les avantages de ce métier ?
Il n’y a pas de routine : les analyses sont les mêmes mais on travaille à chaque fois sur des matériaux différents donc on se remet constamment en questions. On découvre aussi de nouvelles collections, souvent anciennes et précieuses…
On travaille en lien avec de nombreux interlocuteurs : les responsables de collections et les collègues chargés de la conservation principalement mais aussi avec le service des expositions (sur les questions de climatisation et d’éclairage des vitrines par exemple) ou avec les agents du Département des moyens techniques lors de travaux dans les magasins (par exemple sur les armoires de climatisation, sur les choix de matériaux : peintures, résines pour les sols…)

8. Ses inconvénients ?
On est souvent pris par le temps : on n’a pas toujours la possibilité de pousser suffisamment loin nos recherches pour faire vraiment le tour d’une problématique et ça génère une sorte de frustration ou un goût d’inachevé…

Petit matériel ©BnF)

Petit matériel ©BnF

9. Comment envisagez-vous votre avenir dans ce métier ? Évolutions techniques, évolution de carrière ?
Notre laboratoire est référent en matière de conservation. Même si l’équipe est réduite, je souhaite continuer à développer les activités et les compétences du laboratoire. Je n’envisage pas de changement de carrière pour l’instant.

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