2. Récits d'expériences

Le contrôle social dans les salles de lecture à la BnF

16 septembre 2013

«Eh Monsieur comment ils font ce qu’ils veulent !!!…» «En termes sociologiques, Joyti ?» «Euh eh bien le contrôle social n’est pas très fort à la BNF… (rires)»

Mercredi 12 juin après midi, les 30 élèves de la 1ère ES1 du Lycée Eugène Delacroix, à Drancy (Seine-Saint-Denis), ont effectué une visite un peu spéciale de la Bibliothèque Nationale de France, dans les salles de lecture du Haut de Jardin. En effet, pour ces jeunes «banlieusards» plus habitués pour quelques uns au C.D.I du lycée qu’à la prestigieuse bibliothèque parisienne, la BNF était le théâtre d’un exercice scolaire un peu particulier.

Salle de lecture Haut de Jardin ©Fontanieu)

Salle de lecture Haut de Jardin ©Fontanieu

«Dans le cadre de l’enseignement de Sciences Economiques et Sociales en 1ère, explique M. Fontanieu qui les accompagnait, nous consacrons un chapitre de sociologie aux normes collectives, aux règles de la société, à l’ensemble des dispositifs et comportements mis en oeuvre quotidiennement qui maintiennent l’ordre social apparent. Après avoir étudié en cours le contrôle social des institutions et des individus, les lycéens sont allés étudier eux même, concrètement, la façon dont, dans un lieu aussi particulier qu’une bibliothèque, les lecteurs se «contrôlent» mutuellement.»
Répartis par groupe de 3 ou 4 par salle de lecture, les élèves se sont donc fondus dans la masse des visiteurs, inhabituels ou réguliers, de la BNF. Assis, passant dans les allées, jetant de discrets coups d’oeil : l’observation sociologique «sauvage» requiert de la discrétion. «C’était marrant, on était comme en mission» rigole David. Pas question de s’amuser pour autant : il fallait prendre des notes, et repérer toutes les façons dont le contrôle social s’exerce entre les murs.

Cartes d’usager, consignes affichées, regards désapprobateurs, «chut» répétés… Curieusement, pour des jeunes qui restent au lycée fortement encadrés par un professeur principal très à cheval sur le respect envers soi-même, envers le travail et envers l’institution scolaire, la BNF est presque apparue comme un lieu de grande liberté. «Ils s’en foutent en vrai !» «Ya des consignes, mais elles sont un peu mortes dans le film [elles ne sont pas respectées]» … Le contrôle social, de fait, n’est pas tout à fait le même entre un lieu public pour adultes et une salle de classe où cohabitent et travaillent de jeunes et ambitieux futurs citoyens de la République… mais encore âgés de 15 ou 16 ans à peine.

Elèves du lycée E Delacroix Drancy ©Fontanieu)

Elèves du lycée E Delacroix Drancy ©Fontanieu

«En tout cas c’était vraiment beau le lieu.» Plutôt excités d’avoir réalisé une telle expérience, a fortiori dans les murs d’une institution aussi renommée, les élèves échangent au soleil sur leur courte expérience de «sociologie sauvage». «Eh Nesrine, c’est vrai que t’as marché en moonwalk [à l’envers, comme Michael Jackson] à un moment ?» «Ouais !! Comment ils m’ont regardé d’ailleurs…» Etant passé dans les salles alors que les élèves enquêtaient, M. Fontanieu avait rappelé à certains d’entre eux un grand principe de sociologie de la déviance : le contrôle social ne s’exerce jamais autant qu’en réaction à une transgression. Un conseil que quelques lycéens s’étaient empressés de mettre en oeuvre ; pour des raisons scientifiques bien évidemment…

Le professeur principal, plutôt content de cette belle sortie de fin d’année, savoure. «Il y a quelques points à fignoler, sur la répartition dans les salles et les consignes pas assez précises que je leur avais données. Mais tout s’est bien passé, grâce aussi à l’aide précieuse du service «diversification des publics» de la BNF. J’espère beaucoup revenir l’an prochain, avec de nouveaux apprentis sociologues !»

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