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À la rencontre de la science-fiction

7 juin 2011

Nous avons rencontré Roger Musnik, bibliothécaire au Département Littérature et Arts, chargé d’acquisition en littérature française et passionné de science-fiction.

 Verne, Jules (1828-1905). Cartonnage d éditeur, toile rouge, à décor polychrome gravé par Paul Souze, signé A. Lenègre et Cie rel. © BnF )

Voyages extraordinaires. Jules Verne. Cartonnage d éditeur, toile rouge, à décor polychrome gravé par Paul Souze, signé A. Lenègre et Cie rel. © BnF

Pourrais-tu nous parler de la naissance de la Science-fiction ?

C’est paradoxal, mais la science-fiction est née avant qu’on la définisse comme un genre littéraire à part entière, au XIXème siècle, au moment où se développe la société industrielle. La croyance envers le progrès devient, en Occident, le nouvel imaginaire de la société. Les romans de Jules Verne incarneront le mieux cette croyance. L’ode à la science qu’il met au centre de son œuvre fera vibrer des générations entières. Même quand la technique n’est pas encore envisageable. Par exemple, peut-on envoyer des hommes sur la Lune ? Tel est le sujet de l’un de ses premiers romans De la terre à la lune, paru en 1865. Tout en considérant avec une certaine condescendance l’œuvre de cet écrivain, les scientifiques éprouveront le besoin de démentir les écrits de Jules Verne, alors que ce n’est que de la fiction. Qui plus est, Verne envisage dans ce livre les conséquences géographiques, économiques, sociales, entraînées par la décision politique de lancer un astronef vers notre satellite.

C’est Herbert George Wells, plus connu sous le nom de H. G Wells qui fut le deuxième « père » de la science-fiction.
Son premier roman est La machine à voyager dans le temps, en 1895, suivi de L’Île du docteur Moreau (1896), L’Homme invisible (1897) et de son plus connu, La Guerre des mondes (1898). H.G Wells, contrairement à Jules Verne, est profondément pessimiste et ne croit pas au progrès, mais il invente les grands thèmes de la science fiction classique : autres mondes, extra-terrestres, manipulations génétiques, voyages dans le temps, prospective, guerres futures, etc.

La Science-fiction connaît –elle un succès croissant à partir de la fin du XIX ème siècle ?

 L'Épave du Cynthia. Jules Verne et André Laurie, 1885. Reliure de Georges Roux.  © BnF )

L Épave du Cynthia. Jules Verne et André Laurie, 1885. Reliure de Georges Roux. © BnF

Non, du moins pas chez nous… La guerre de 1914 – 1918 et ses millions de morts verra s’installer en Europe une méfiance envers les codes de la science-fiction, car la croyance envers le progrès y est remise en cause. C’est l’Amérique qui reprend le flambeau : dès les années vingt, ce genre se développe considérablement. En 1926, l’américain Hugo Gernsback, passionné par la diffusion de la science, crée le premier magazine spécialisé Amazing Stories, et crée le mot même de science-fiction. Les premiers numéros rééditent les auteurs considérés comme les pères de la SF : Verne, Wells, Lovecraft, mais très vite de nouveaux écrivains apparaissent.

Ce genre possède certaines spécificités : jouer sur les correspondances entre les différentes œuvres, écrire des mondes qui n’existent pas sans noyer le lecteur sous une avalanche d’informations, ne pas aller à l’encontre des connaissances scientifiques de l’heure. La science-fiction s’ancre dans la réalité culturelle et technologique de son temps. Ainsi dans les années cinquante, l’informatique naissante fait craindre une société dominée par Big Brother que l’on retrouvera dans les romans de science-fiction. Aujourd’hui, internet et l’informatique individuelle donnent lieu à d’autres visions du monde.
Autre exemple : la conquête spatiale, dans les années 50’ est toujours le fait d’initiatives individuelles, alors qu’après les années 60’, il s’agit toujours d’entreprises étatiques. On ne peut ainsi pas séparer la science-fiction du contexte politique, social, idéologique dans lequel les œuvres ont été écrites.

Est-ce que la science-fiction est un genre littéraire reconnu à part entière ?

Non, il faudra attendre les années soixante-dix pour voir la science-fiction reconnue par une petite partie de la communauté littéraire qui a pignon sur rue. Ceci dit, après 1968, période d’éclosion de la contre culture, en Europe, comme aux Etats-Unis, la science-fiction, comme les « arts mineurs » que sont la bande dessinée ou le roman policier deviendra visible. Mais il faudra attendre 15 ans, par exemple, pour que Bernard Pivot invite un auteur de science-fiction à l’émission Apostrophes ! Et même aujourd’hui ce genre n’est toujours pas considéré comme de la littérature à part entière par l’intelligentsia, du moins en France.

Une caractéristique particulière de la science-fiction est de tisser une relation particulière de proximité entre les écrivains et ses lecteurs. Pendant longtemps les romans de Science-fiction ont d’abord été publiés en feuilleton dans des revues spécialisées. C’est le royaume du « fandom », mot anglo-saxon qui signifie « domaine des fans ».
Le fandom SF commença dans les pages du courrier des lecteurs des magazines de Hugo Gernsback. Une des actions principales, et des plus visibles, du fandom SF est l’organisation de conventions de science-fiction. Ce sont des rassemblements mêlant amateurs et professionnels qui se retrouvent pour parler de leur passion.
Ces Conventions se terminent généralement par des prix, dont le plus célèbre est le prix Hugo (du nom de l’inventeur du mot science-fiction), décerné tous les ans lors de conventions mondiales et qui est le prix des prix dans le genre.

Vous voulez en savoir plus sur la science-fiction, vous faire aider pour en découvrir les œuvres phares : constituez un groupe de 5 personnes minimum et contactez-nous pour que nous organisions une rencontre, avec Roger Musnik qui vous livrera ses « coups de cœur » et vous guidera dans les collections de science-fiction : diversification.publics@bnf.fr

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Commentaires (3)

  1. Merci pour cette interview intéressante. Mais je pense en revanche que situer les origines de la science-fiction au XIXe siècle avec Jules Verne et H. G. Wells insiste trop, (comme le fait Roger Musnik dans cette interview) sur le fait que le progrès scientifique de cet époque ait pu donner l’impulsion, décisive, certes, pour que la science-fiction puisse se développer comme genre littéraire à part entière.
    Mais qu’en est-il de la dimension philosophique de la science-fiction? Si Verne et Wells proposent certes des pistes de réflexion qui nous passionnent toujours aujourd’hui, je crois qu’il vaut mieux remonter, en ce qui concerne la civilisation “moderne” occidentale, jusqu’aux récits philosophiques et scientifiques apparus dès le XVIe siècle, dont “Utopia” de Thomas More peut-être l’initiateur, dès 1516. Il s’agit déjà, à but philosophique, d’imaginer un monde utopique (ce que fera Campanella dans “La Cité du Soleil” en 1623), puis avec Kepler, de se situer sur la Lune pour prouver la relativité de notre perception des mouvements des astres (”Le Songe ou l’Astronomie lunaire”, 1634), ou avec Cyrano de Bergerac, aller sur d’autres planètes pour évoquer avec humour l’hérétique thèse de la pluralité des mondes (”Les Etats et empires de la Lune”, 1657). Il s’agissait aussi déjà d’imaginer le futur (”L’Histoire du siècle futur”, Jacques Guttin Epigone, 1659).
    Ce que je trouve important, c’est de rappeler que l’imagination est nécessaire à la réflexion, en philosophie comme dans la science-fiction. Il faut dire “Et si…”, faire comme un enfant des hypothèses, c’est là, je pense, la vraie origine de ce genre. On peut remonter jusqu’à Platon…

  2. Dans cet interview très court il ne s’agissait pas de faire un historique ni un panorama du genre, mais de donner deux ou trois pistes pour lancer la curiosité des lecteurs. Car, si je persiste à penser que la SF nait au XIXe siècle, elle a de nombreux ancêtres, dont effectivement l’utopie, mais aussi les grands romans d’apprentissage et d’aventures, les grands cycles arthuriens, auxquels ont peut rajouter les voyages imaginaires (comme celui de Lucien de Samosate qui fait aller ses personnages dans la Lune dès l’Antiquité). La science-fiction nait de la conjonction de tous ces courants, littéraires et culturels.

  3. il me semble,pour répondre à Monsieur Zucchi, que
    les réponses données par Monsieur Musnik sont cohérentes avec les questions posées, qui restent assez larges.
    Le fait est que le domaine de la SF a donné lieu, finalement, à de vastes questionnements, et peuvent être aussi, de façon globale, liées à des aboutissements, qui ne sont des fins en soi,aux découvertes magnifiques du xxe siecle!
    certes, nous pouvons envisager, et cela est fait dans l’imaginaire du lecteur, en ce moment magique où il se plonge dans le roman, et voyage grâce aux mots écrits dans un univers qui, des ouvrages parus dans les années 60/70, ressemblent parfois à notre réalité,des prévisions à venir sur la poursuite idéale ou rêvée de notre société inscrite dans un monde concret et virtuel!
    la philosophie a sa place, mais elle est mobilisée selon le monde interne de l’individu qui mobilise ou pas tel aspect de son identité!
    merci roger!

 

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