3. La BnF et ses métiers

Le métier de chef de projet climatisation… par Serge Mathé

5 février 2013
Serge Mathé ©BnF)

Serge Mathé ©BnF

Nous choisissons à nouveau d’aller à la rencontre “d’un travailleur de l’ombre”… En poste au Département des moyens techniques, Serge Mathé vous présente le métier de chef de projet climatisation…

1. Quel est l’intitulé de votre poste ?

Je suis chef de projet climatisation, au sein du service CVCD (climatisation, ventilation, chauffage, désenfumage mais aussi protection incendie et plomberie), au Département des moyens techniques, site François Mitterrand.

Ce poste comporte 2 facettes : d’une part réaliser des travaux d’amélioration, de réparation ou de remplacement des installations et d’autre part veiller au bon fonctionnement des installations pour le bien être des agents qui travaillent à la bibliothèque mais aussi des lecteurs.

La bibliothèque nationale est engagée dans la démarche de développement durable et, dans mon service, on cherche à faire diminuer la consommation d’énergie en faisant fonctionner les installations de climatisation de manière plus économique.

2. En quoi consiste votre travail ?

Pour la partie maintenance j’ai en charge en particulier le système de désenfumage, c’est-à-dire du système d’évacuation des fumées et de la chaleur en cas d’incendie. Le système est testé, par partie, au moins une fois par an (tôt le matin ou la nuit).

Pour la partie projets, mon travail consiste à conduire des projets de travaux, à l’initiative de la bibliothèque, comme, par exemple, le remplacement de groupes frigorifiques. J’en ai profité pour proposer la refonte du système de production d’eau glacée sur le site de Bussy Saint Georges. Il s’agit d’établir un cahier des charges, en lien avec le service des marchés, de consulter les entreprises, de proposer le choix de l’entreprise (validé par le Département des moyens techniques), enfin de suivre le chantier et de réceptionner les travaux. Dans le passé, j’ai eu en charge le renouvellement du système de ventilation des doubles vitrages des tours. Inédit au moment du chantier de construction, ce système novateur, réalisation de Rinaldi, n’a cependant pas résisté dans le temps et nous avons dû le repenser entièrement. Il fonctionne aujourd’hui sans réel problème.

Local des compresseurs d'air ©BnF)

Local des compresseurs d air ©BnF

Je suis également amené à rédiger des notices de fonctionnement par exemple du système de désenfumage. La notice sert notamment aux pompiers qui seront en première ligne en cas de sinistre. Elle décrit les caractéristiques techniques, le dimensionnement du système et contient les dérogations aux normes en vigueur dues aux contraintes spécifiques du bâtiment.

Enfin, j’assure le suivi de l’exploitation au quotidien… Vue la taille de bâtiment, il y a toujours des dysfonctionnements ici ou là… par exemple une fuite de chaleur à colmater…

3. Comment devient-on chef de projet climatisation ? Quelle formation est nécessaire ?

Après mon DUT (diplôme universitaire de technologie) de génie thermique à Poitiers, je suis venu à Paris où j’ai rapidement trouvé du travail. Par la suite, pour progresser, j’ai pris des cours du soir au CNAM (Conservatoire national des arts et métiers) pendant 4 ans. J’ai obtenu un DEST (diplôme d’études supérieures techniques) énergétique (aujourd’hui un Master 1). J’ai décidé de poursuivre pour obtenir un diplôme d’ingénieur, spécialité génie climatique, par la filière ingénieur diplômé par l’État (IDPE).

4. Etes-vous fonctionnaire ou contractuel ?

Je suis contractuel, en CDI (contrat à durée indéterminée). Je suis arrivé à la Bibliothèque nationale en janvier 1991, pour le chantier de construction du site François Mitterrand. J’avais travaillé auparavant pendant 4 ans au Centre Pompidou, sur le système de climatisation.

5. Comment avez-vous choisi ce métier ?

J’ai obtenu mon bac électrotechnique en 1975. C’était juste après le choc pétrolier. Le président de la République d’alors, Valéry Giscard d’Estaing, avait lancé « la chasse au gaspi ». Les métiers liés à l’énergie ont alors pris de l’importance, il fallait rechercher aussi de nouvelles énergies, de nouveaux métiers sont apparus.

Par ailleurs, je suis originaire de Vendée, j’aime la nature et suis attaché au respect de l’environnement et à la protection de ressources naturelles…

Groupe frigorifique à récupération de chaleur ©BnF)

Groupe frigorifique à récupération de chaleur ©BnF

6. Pour vous quelles sont les qualités essentielles, nécessaires pour exercer ce métier ?

Il faut avoir une bonne vue d’ensemble de la technique dont on a la charge : on travaille en équipe chacun ayant en charge un domaine.

Pour conduire un projet il faut savoir coordonner et animer les différents corps de métiers qui interviennent sur un chantier.

Il faut aussi de la curiosité pour se tenir constamment informé des nouvelles normes en vigueur, des nouvelles techniques pour pouvoir être force de proposition de mesures d’économie possibles. Il existe par ailleurs des formations permanentes (notamment des stages) sur l’évolution des réglementations.

Enfin, il faut de la rigueur dans le suivi des projets pour lesquels on rend compte au supérieur hiérarchique. Il faut veiller au respect des délais et à la maîtrise des coûts.

7. Quels sont les avantages de ce métier ?

J’ai la chance d’exercer un métier qui correspond à mes centres d’intérêts. Développement durable et économie d’énergie sont des préoccupations très actuelles renforcées depuis le Grenelle de l’environnement. Les métiers de l’énergie sont des métiers d’avenir, il y a peu de chômage, on peut démarrer tôt et progresser grâce à la formation continue et ce sont des métiers bien payés.

8. Ses inconvénients ?

Les inconvénients sont liés à la conjoncture actuelle : les contraintes budgétaires limitent ou décalent les projets. Nous devons également faire face à des restrictions dans les choix de performance. Cependant, nous avons un argument essentiel pour défendre nos projets : la rentabilité. Les investissements sont amortis en moins de dix ans.

En réalité, je ne vois pas d’inconvénients dans ce métier, je suis heureux de venir travailler.

9. Comment envisagez-vous votre avenir dans ce métier ? Évolutions techniques, évolution de carrière ?

Je n’envisage pas de changement, je souhaite continuer à monter des projets à la Bibliothèque nationale de France. Il y a ici une bonne ambiance de travail, l’équipe et les conditions matérielles de travail sont bonnes. Les gens du bâtiment savent vivre…