3. La BnF et ses métiers

Le métier de restaurateur de livres… par Aurélie Massot

11 octobre 2012

Nous vous proposons cette fois de découvrir, avec Aurélie Massot, le métier de restaurateur de livres. C’est aussi l’occasion de faire connaître l’atelier de restauration, à la Bibliothèque nationale de France, site de Tolbiac (F. Mitterrand), un endroit et une équipe un peu à l’écart et pourtant essentiels dans la vie de la bibliothèque…

Aurélie Massot, restaurateur de livres ©BnF)

Aurélie Massot, restaurateur de livres ©BnF

1. Quel est l’intitulé de votre poste ?

Je suis restaurateur de livres au sein du service technique du département de la Conservation, sur le site de Tolbiac. Je travaille à l’atelier MCR : maintenance, consolidation, restauration. Je fais partie de la filière métiers d’art, au sein du Ministère de la Culture.

2. En quoi consiste votre travail ?

Le travail des ateliers de la Conservation contribue à remplir une des missions fondamentale de la Bibliothèque nationale de France, à savoir la conservation de ses collections.
A l’atelier, il n’y a pas de journée type mais on distingue trois catégories principales de traitements, qui vont de l’intervention légère à la restauration qui consiste à réparer un livre en conservant le matériau d’origine (cuir, parchemin, cartonnage) en passant par la consolidation avec du papier japonais :
- la maintenance, traitement dont la durée ne dépasse pas 3 heures : il peut s’agir de rattacher un dos, de réparer des déchirures, de réencoller des coins ou encore de réparer une charnière.
- la consolidation, intervention dont la durée ne dépasse pas 10 heures : il s’agit de réparer les feuillets et les couvertures à l’aide le plus souvent de papier japonais ; ce papier se compose de fibres de mûrier.

Réparation d'une couverture de livre  ©BnF)

Réparation d une couverture de livre ©BnF

- enfin, le travail de plus de 10 h est une restauration d’ouvrage très abîmé : demi cuir …
Le choix des livres et des niveaux de traitements est fait par les responsables de conservation des départements de collections du site François-Mitterrand où est conservé l’ouvrage selon plusieurs critères qui se combinent : état de l’ouvrage, valeur, rareté, contenu, communication etc. Une des buts de ces traitements est de « remettre en circulation » les livres, signalés comme incommunicables dans le catalogue de la bibliothèque, pour les lecteurs.
Le travail s’organise plutôt par mois en fonction des ouvrages arrivés qui sont répartis par le chef d’atelier entre tous les collègues de l’atelier. Le chef d’atelier est aussi notre référent technique : il nous conseille et nous guide dans notre travail.

3. Comment devient-on restaurateur de livres ? Quelle formation est nécessaire ?

J’ai passé le concours de maître ouvrier, ouvert aux titulaires d’un CAP de reliure. Ce corps de la fonction publique est devenu par la suite celui d’adjoint technique des administrations de l’Etat. Un fois affecté dans un atelier, on est entièrement formé aux techniques de restauration pendant toute la première année par un tuteur.
Puis, par le biais de stages, on continue à se former dans les ateliers d’autres établissements (par exemple aux Archives nationales) pour acquérir d’autres savoir-faire et pour perfectionner des techniques (comme la reliure Espinoza).

4. Etes-vous fonctionnaire ou contractuel ?
Je suis fonctionnaire, je suis entrée à la BnF en 2001.

5. Comment avez-vous choisi ce métier ?

Un peu par hasard… Après des études en arts plastiques à l’université, je me suis orientée vers une formation de reliure pour adultes aux AAAV, Ateliers d’arts appliqués du Vésinet. J’ai passé le CAP de reliure en candidat libre. Je suis ensuite entrée au département de la Conservation de la Bibliothèque nationale de France d’abord pour une vacation à l’atelier de reliure semi-mécanisée. Puis tout en travaillant, j’ai préparé et réussi en 2003 le concours d’adjoint technique des administrations de l’Etat. L’atelier de reliure semi-mécanisée a fermé en 2006, ce type de traitement ayant été complètement sous-traité et je suis donc arrivée à l’atelier de maintenance, consolidation et restauration.

Fouettage ©BnF)

Fouettage ©BnF

6. Pour vous, quelles sont les qualités essentielles, nécessaires pour exercer ce métier ?

Évidemment, il faut être manuel, mais aussi patient car le travail de restauration peut être long. Il faut aussi aimer les matières : papiers, cuirs, parchemins, toiles, fils, pigments… et avoir l’œil exercé aux détails. Il faut être minutieux et avoir le goût de l’esthétisme.
Il faut également être pédagogue et avoir le goût de transmettre : on est amené à former les magasiniers des départements aux petites réparations (déchirures, coins…) à raison de 6 séances par semaine, ainsi que des stagiaires (élèves d’écoles mais aussi restaurateurs étrangers).

7. Quels sont les avantages de ce métier ?

La variété : chaque ouvrage a ses spécificités. A chaque fois c’est un challenge et à la fin, il y a la satisfaction du travail accompli, savoir que l’ouvrage va pouvoir être de nouveau consulté. On se sent utile à la fois pour l’ouvrage et aussi pour le lecteur. On redonne vie au document.
Par ailleurs, travailler dans les ateliers de la BnF, c’est une référence : on a la chance de travailler sur des collections précieuses. Les conditions de travail sont bonnes et il y a moins de pression sur les délais qu’il n’y en a dans une entreprise privée. De plus, on est souvent sollicité pour accueillir des stagiaires français et étrangers…

8. Ses inconvénients ?

Les ateliers sont un peu à part dans l’établissement : en dehors des visites organisées du service ou des journées exceptionnelles d’ouverture au public, comme la Journée du patrimoine, je n’ai que peu de contact avec le public ou même les autres collègues de la bibliothèque. L’atelier n’est accessible qu’à ceux qui y travaillent car on y abrite les collections précieuses.
Par ailleurs, dans la filière métiers d’art dont je fais partie, il y a peu de mobilité car il existe peu d’ateliers de restauration comme celui-ci en France : il est difficile d’envisager une mutation en province par exemple. La filière technique du Ministère de la Culture étant petite, nous sommes peu nombreux à exercer ce genre de métier et du coup, les postes vacants sont rares…

L équipe de l atelier MCR ©BnF)

L équipe de l atelier MCR ©BnF

9. Comment envisagez-vous votre avenir dans ce métier ? Évolutions techniques, évolution de carrière ?

Le débouché « naturel » est le concours de technicien d’art ou de chef de travaux d’art mais ils ne sont pas organisés tous les ans et il y a chaque fois très peu de postes : le dernier concours de technicien d’art spécialité restauration de livres a été organisé il y a 3 ans. Il n’y a pas de progression de carrière en dehors de l’ancienneté : c’est pour cela qu’il faut aimer ce que l’on fait …

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Le métier de conservateur des bibliothèques… par Mathias Auclair

6 septembre 2012

Nous nous rendons cette fois à l’Opéra Garnier, ce très bel édifice qui attire chaque jour de nombreux touristes qui viennent admirer le plafond de la salle de spectacles peint par Marc Chagall.

Mathias Auclair, conservateur ©BnF)

Mathias Auclair, conservateur ©BnF

Nous avons rendez-vous, à la Bibliothèque-musée de l’Opéra, avec Mathias Auclair qui nous parle du métier de conservateur des bibliothèques…

1. Quel est l’intitulé de votre poste ?
Officiellement, je suis conservateur en chef et chargé de collections, mais dans les faits, je suis adjoint au directeur de la Bibliothèque-musée de l’Opéra, Pierre Vidal. Je suis aussi responsable de la conservation et commissaire des expositions qui sont organisées à l’Opéra. Je participe également au catalogage des documents iconographiques, c’est-à-dire des esquisses de décors, des projets de costumes, des dessins, etc.

2. En quoi consiste votre travail ?
Je ne peux pas décrire de journée type : mes fonctions sont très variées, à la fois techniques, scientifiques et administratives. Je collabore avec le directeur de la bibliothèque à la bonne marche du service. Je participe à la valorisation des collections à travers l’organisation des expositions, la rédaction des catalogues qui accompagnent ces manifestations, les relations avec les médias, la collaboration avec d’autres établissements culturels (en particulier les musées)… Je catalogue les nouvelles acquisitions ou participe au signalement de collections plus anciennes mais qui ne sont pas encore décrites dans le catalogue de la bibliothèque. Je définis avec le directeur et mets en œuvre la politique de conservation de la Bibliothèque-musée de l’Opéra : préserver les collections pour les transmettre aux générations futures est une mission essentielle de la Bibliothèque nationale de France.

Plafond de l opéra, M. Chagall ©Wikimedia commons)

Plafond de l’Opéra, Marc Chagall ©Wikimedia commons

3. Comment devient-on conservateur ?
Parallèlement à des études d’histoire, j’ai préparé le concours d’entrée puis j’ai intégré l’École nationale des Chartes. J’ai ensuite passé le concours de conservateur des bibliothèques. Après ma scolarité à l’ENSSIB, j’ai d’abord travaillé au département de la Musique puis à la Bibliothèque-musée de l’Opéra. J’avais déjà des connaissances en musique grâce à mes études au Conservatoire de musique de Nancy mais j’ai beaucoup appris en travaillant ici. J’ai découvert le monde de la scène, du spectacle.

4. Etes-vous fonctionnaire ou contractuel ?
Je suis fonctionnaire, j’ai passé le concours d’État de conservateur des bibliothèques.

5. Comment avez-vous choisi ce métier ?
Très tôt j’ai eu le goût de l’histoire et du latin. Après un bac scientifique, j’ai préféré m’orienter vers les sciences humaines. Petit à petit, en travaillant à la Bibliothèque-musée de l’Opéra, je me suis spécialisé dans le domaine de l’iconographie théâtrale. Je suis heureux d’être là où je suis. Mon métier me plait beaucoup.

6. Pour vous, quelles sont les qualités essentielles, nécessaires pour exercer ce métier ?
Il faut : être curieux et ouvert, prêt à apprendre ; avoir le goût du contact pour travailler en équipe ; avoir le sens de l’organisation pour encadrer une équipe ; être rigoureux et soigneux dans la manipulation des collections qui sont précieuses et fragiles. Il faut aimer ce que l’on fait pour bien le faire.

Fernand léger, costume du Roi pour David triomphant, Ballet Serge Lifar,1937, Collection BMO ©BnF)

Fernand léger, costume du Roi pour David triomphant, Ballet Serge Lifar,1937, Collection BMO ©BnF

7. Quels sont les avantages de ce métier ?
Le contact avec des collections merveilleuses et la multiplicité des tâches : je ne connais pas la routine ! J’ai aussi une relative liberté dans l’organisation de mon travail, tout en devant me plier aux contraintes de temps qu’imposent l’année budgétaire ou le calendrier des expositions… Ce que j’aime aussi, et qui est particulier à la Bibliothèque-musée de l’Opéra, c’est le rapport au théâtre.

8. Ses inconvénients ?
Un conservateur débutant est assez mal payé au regard des responsabilités et missions qui lui sont confiées.

9. Comment envisagez-vous votre avenir dans ce métier ? Évolutions techniques, évolution de carrière ?
Comme je travaille dans un domaine très spécialisé, je pourrais envisager de m’orienter vers un poste du même type mais avec davantage de responsabilités ou bien alors changer radicalement et choisir un poste totalement différent. Mais pour l’instant, comme je suis bien dans ce que je fais et que je n’ai pas le sentiment d’avoir fait le tour du sujet, je n’ai ni besoin ni envie de changer…

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Le métier de technicien d’art… par Isabelle Suire

15 juin 2012

Nous vous invitons cette fois à découvrir un univers un peu à part à la bibliothèque : l’atelier de restauration, au département des Cartes et plans sur le site de Richelieu. Cet atelier a acquis une renommée internationale grâce au développement de techniques innovantes en matière de restauration. Allons à la rencontre d’Isabelle Suire, technicien d’art spécialisée qui nous décrit son métier…

Isabelle Suire ©BnF)

Isabelle Suire ©BnF

1. Quel est l’intitulé de votre poste ?
Je suis technicien d’art spécialisé, à la restauration des grands formats, au département des Cartes et plans sur le site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France.

2. En quoi consiste votre travail ?

C’est avant tout un travail d’équipe, vu la taille des documents traités. Nous appliquons la technique de l’entoilage, qui consiste à doubler les documents de toile avec un intermédiaire papier, avant restauration. Nous sommes amenés à traiter, pour le département des Cartes et plans, des documents aussi divers que précieux, notamment la carte Pisane de 1290, la mappemonde de Sébastien Cabot de 1544 (la restauration de cette carte de 3 m x 4 m a fait l’objet d’un film pour l’émission Faut pas rêver en 1999).
Nous restaurons également des globes : par exemples les globes de Coronelli de 4 m de diamètre et pesant 2,5 tonnes, restaurés en 2005 et exposés dans le hall Ouest du site de Tolbiac.
Du fait de notre spécialité, nous traitons également les collections des autres départements abritant de très grands formats : par exemple dernièrement, pour le département des Manuscrits à l’occasion de l’exposition Prisse d’Avennes, 56 calques aquarellés de très grandes dimensions ; pour le département des Estampes, une affiche, arrivée en lambeaux, de Franck Wolhfart, mesurant 4 m x 3 m et ;  pour le département des Arts du spectacle, des maquettes d’affiche.
Nous travaillons aussi pour d’autres institutions nationales et internationales : restauration d’une paire de globes de Coronelli datant de 1688 pour le musée des beaux arts de Lille, un globe en relief de Thury datant de 1751 pour la bibliothèque municipale de Dijon.
Actuellement, je travaille sur un portulan d’Hessel Gerritsz datant de 1622, qui sera exposé lors de l’exposition L’âge d’or des cartes marines, quand l’Europe découvrait le monde, à partir d’octobre 2012 sur le site de Richelieu. Dans le même temps, je restaure un globe de Blaeu datant de 1622 appartenant à la bibliothèque inguimbertine de Carpentras.

3. Comment devient-on technicien d’art ? Quelle formation est nécessaire ?

Je suis diplômée de l’école des arts et industries graphiques Estienne : j’ai obtenu un CAP de reliure dorure et j’ai appris la restauration au sein de l’atelier. Aujourd’hui, les formations ont considérablement évolué et tendent à s’intellectualiser : pour entrer à la BnF, il faut être titulaire d’un BMA (brevet des métiers d’art), d’un diplôme de l’INP (Institut national du patrimoine) niveau 2 ou d’un diplôme de l’École de Condé niveau 2.

4. Etes-vous fonctionnaire ou contractuel ?

Je suis fonctionnaire depuis 1985, je suis entrée à la BnF en tant que chargée des fonctions et j’ai passé le concours de restaurateur 6 mois plus tard. Après 5 ans d’expérience, j’ai passé un autre concours pour devenir restaurateur spécialisé.

Isabelle Suire et le portulan de  Gerritsz ©BnF)

Isabelle Suire et le portulan de Gerritsz ©BnF

5. Comment avez-vous choisi ce métier ?

C’est après une visite avec des camarades de 3ème que j’ai choisi de faire ce métier. J’aimais le dessin et les métiers manuels. J’ai donc fait mes études en fonction pour revenir dans cet atelier. A l’époque, on pouvait entrer à la Bibliothèque nationale avec un CAP ou un diplôme équivalent.

6. Pour vous, quelles sont les qualités essentielles, nécessaires pour ce métier ?

Il faut être patient, minutieux, avoir une grande dextérité, être réactif aux problèmes et situations posés, être consciencieux et surtout curieux, à l’affût des nouvelles technologies et nouvelles techniques.

7. Quels sont les avantages de ce métier ?

L’avantage de ce métier est de travailler sur des documents graphiques différents les uns des autres (affiches, cartes, globes, maquettes…). On travaille sur différents supports : parchemin, papier… On retouche les lacunes avec un aérographe (pistolet qui projette de la couleur grâce à de l’air) et qui permet de restituer le grain original de la lithographie. Au final, on a la satisfaction de constater la renaissance du document traité tel qu’il était à l’origine.

8. Quels sont ses inconvénients ?

C’est un travail pénible et fatigant : on manipule des objets encombrants et parfois lourds et qui sont difficiles à manipuler parce qu’ils sont très fragiles. Notre atelier n’est pas fonctionnel et il est trop exigu. Nous travaillons à la lumière artificielle et nous manquons aussi de matériel. Notre situation devrait s’améliorer lors de notre déménagement en 2018 dans de nouveaux locaux, au rez-de-chaussée du département avec la lumière naturelle…
Comme nous travaillons ensemble sur les documents, les horaires de travail s’organisent en fonction des travaux : on ne peut pas prendre la pause déjeuner comme bon nous semble, mais quand on peut…

9. Comment envisagez-vous votre avenir dans ce métier ? Évolutions techniques, évolutions de carrière ?

Mon objectif actuellement est de passer au grade supérieur et de devenir technicien d’art de classe exceptionnelle, après on verra, chaque chose en son temps !

pour aller plus loin :

- pour en savoir plus sur le concours de technicien d’art