3. La BnF et ses métiers

Le métier de directeur des ressources humaines… par Bertrand Wallon

15 juillet 2013

Avant qu’il ne prenne le large pour de nouvelles aventures, nous souhaitions que Bertrand Wallon nous parle de son expérience de Directeur des ressources humaines à la Bibliothèque nationale de France.
Il n’est pas un agent ici qui ne le connaisse ce qui montre combien cette fonction est essentielle…

Bertrand Wallon ©S. Rabany)

Bertrand Wallon ©S. Rabany

1. Quel est l’intitulé de votre poste ?
Directeur délégué aux ressources humaines souvent appelé par raccourci Directeur des ressources humaines

2. En quoi consiste votre travail ?

Le Directeur délégué aux ressources humaines est un encadrant, responsable des équipes qui assurent la gestion des personnels et leur formation, ainsi que l’action médicale et sociale à la Bibliothèque nationale de France.
Il est l’interlocuteur au quotidien de la direction pour les organisations syndicales de l’établissement et les services extérieurs qui interviennent en matière de gestion des personnels (essentiellement le Ministère de la culture et le Ministère de l’enseignement supérieur de la recherche).
Il est enfin l’interlocuteur de tout agent pour toute question relative à sa vie professionnelle et, de tout encadrant, pour toute question relative à la gestion des ressources humaines de leurs unités.

3. Comment devient-on Directeur des ressources humaines ? Quelle formation est nécessaire ?
Lorsque je suis devenu DRH, il y a de cela plus de 25 ans, il n’existait pas de formation spécifique à cette fonction. Les DRH avaient le plus souvent fait des études de droit, j’avais pour ma part choisi des études de droit public, et au sortir de mes études, j’ignorais tout du droit du travail qui était alors un enseignement optionnel du droit privé.
J’ai pu combler plus tard cette lacune lorsque j’ai préparé le concours de l’inspection du travail.
Aujourd’hui il existe de nombreuses formations, mais une bonne dose d’expérience professionnelle, pas nécessairement en ressources humaines, est toujours très utile. On peut par exemple, en cours de carrière, évoluer vers des fonctions RH, en particulier à partir d’une expérience d’encadrement opérationnel et d’un complément de formation.

4. Etes-vous fonctionnaire ou contractuel ?
J’ai commencé comme contractuel, pendant 7 ans au Ministère de l’équipement, dans un service d’études économiques. J’ai alors eu l’occasion de participer à la vie syndicale du service dont je relevais. Cette première expérience, ainsi que les conseils de mon ami Antoine Lyon-Caen avec qui j’avais fait mes études et qui était devenu un spécialiste du droit du travail, m’ont encouragé à tenter le concours de l’inspection du travail à un moment où je souhaitais prendre plus de responsabilités. C’était une période où l’inspection du travail, à travers l’autorisation administrative des licenciements économiques et les réformes des lois Auroux (1981-1982) était très directement impliquée dans la vie des entreprises, la gestion de l’emploi et la gestion des relations sociales. C’était la fin des grandes entreprises industrielles en région parisienne, et comme jeune inspecteur, j’ai été confronté à de nombreux licenciements collectifs et plans sociaux.
J’ai également découvert les questions « hygiène et sécurité » à travers les grands chantiers de construction dans le secteur dans lequel j’étais affecté.
Mon passage à la fonction de DRH a été en partie le fait du hasard… Comme inspecteur du travail, j’écrivais des chroniques juridiques de droit du travail et l’ANPE qui cherchait un chef du service juridique pour sa direction générale m’a proposé cette fonction. Deux ans après mon arrivée l’ANPE a décidé de réunir ses départements gestion du personnel et formation en une direction dont la responsabilité m’a été confiée.
Après l’ANPE, j’ai rejoint le ministère de la Justice, à la Direction de l’administration pénitentiaire, avec la responsabilité de l’emploi, de la formation et de l’enseignement des détenus et probationnaires. J’ai eu également à mettre en place les emplois jeunes au sein du ministère de la Justice. Responsabilité qui me rend très réceptif à la mise en place des emplois d’avenir à la BnF, à une échelle bien sûr beaucoup plus réduite.

Code du travail ©Gallica)

Code du travail ©Gallica

5. Comment avez-vous choisi ce métier ?
J’ai découvert à l’inspection du travail le contenu de la fonction des DRH, fonction qui était loin d’être généralisée au début des années 80 où ces questions étaient souvent gérées par les directions administratives ou les secrétariats généraux. Plusieurs DRH que j’ai alors rencontrés étaient de vrais relais pour l’inspection du travail dans la mise en œuvre des droits nouveaux que prévoyaient les lois Auroux. C’est ainsi que j’ai découvert qu’un DRH n’était pas uniquement chargé d’appliquer la politique d’une direction mais qu’il pouvait aussi contribuer au juste exercice des droits, et à la qualité du climat social dans l’entreprise.

6. Pour vous, quelles sont les qualités essentielles, nécessaires pour exercer ce métier ?

Sur le plan intellectuel, il faut avoir de l’intérêt pour les questions juridiques, partout présentes dans ce métier et qui évoluent continument. Il faut également s’intéresser aux métiers, si divers soient-ils, qui s’exercent dans l’entreprise où l’on travaille. Il faut savoir écouter et apprécier les temps de dialogue. Il ne faut pas redouter les phases de tension mais être capable d’identifier les solutions qui y mettent fin.
Il faut enfin être convaincu que chacun, y compris soi-même, peut progresser professionnellement.

7. Quels sont les avantages de ce métier ?
Ce métier m’a permis de connaître des univers professionnels variés avec toutefois un trait commun : des agents publics qui, à l’ANPE, comme au ministère de la Justice, puis à la BnF, considèrent qu’ils ont la mission la plus importante et la plus exigeante qui soit.
Je n’imaginais pas, en commençant ma vie professionnelle, qu’une profession pourrait répondre aussi bien à mes attentes intellectuelles et humaines.
Enfin, l’emploi du temps réserve toujours des surprises ! Les journées peuvent être longues et on emporte souvent du travail à la maison, le soir ou en fin de semaine…

8. Ses inconvénients ?

Tout n’est pas toujours drôle… Si le DRH peut être un conseil sur un parcours professionnel, il a aussi, dans certains cas, à appliquer les règles disciplinaires à l’égard de certains agents. Si l’on a la responsabilité du recrutement, on doit aussi signifier des fins de contrats.
Les périodes de conflit social peuvent également comporter des moments délicats.
Pour que le DRH soit un interlocuteur crédible, il faut que son engagement s’inscrive dans la durée, à moyen ou long terme.

9. Comment envisagez-vous votre avenir dans ce métier ? Évolutions techniques, évolution de carrière ?

Je suis arrivé au terme de ma carrière, et donc de ce métier.

Des projets... dans la pâtisserie ©Wikimediacommons)

Des projets... dans la pâtisserie ©Wikimediacommons

Il m’en restera le goût et l’habitude d’aider des personnes confrontées à des difficultés juridiques ou sociales, ou en recherche d’emploi. Sans envisager aucunement que cela soit un nouveau métier, j’apprécierai, à titre bénévole, d’être un conseiller occasionnel dans ce domaine…