2. Récits d'expériences, Témoignages

Rencontre avec Alain Mercuel, auteur de : Souffrance psychique des sans abri

8 janvier 2013

Le 12 janvier prochain, à 17h30, Alain Mercuel, psychiatre, chef du service d’appui « Santé Mentale et Exclusion Sociale » (SMES) du Centre Hospitalier Sainte Anne de Paris, viendra présenter son dernier livre « Souffrance psychique des sans-abri », Editions Odile Jacob, à la BnF , dans le cadre des Rendez-vous du samedi.

Alain Marcuel ©BnF)

Alain Marcuel ©BnF

Plutôt que de parler de votre livre, Alain Mercuel , vous le ferez samedi… pouvez-vous nous rappeler comment est née la décision de créer partout en France des « EMPP », Equipes Mobiles Psychiatrie - Précarité ?
A la fin des années 1990, il est apparu à tous que le secteur de la psychiatrie était très cadastré, en couvrant des secteurs géographiques trop précis (des arrondissements, des communes…) et qu’une partie de la population, telle que les sans-abri , les roms, les gens du voyage… était très difficile à suivre. A cette époque, les DDASS (Direction Départementales des Affaires Sanitaires et Sociales) qui n’existent plus aujourd’hui, puisque « fondues » dans les Agences Régionales de Santé, avaient décidé de mettre en place des équipes mobiles pour aller au-devant des personnes les plus démunies, les plus précaires, les plus exclues ET en souffrance psychiques, non repérées dans des territoires précis. Ainsi au fil des ans les départements se sont dotés de telles équipes, rattachées aux centres hospitaliers psychiatriques pour la plupart d’entre elles.
A Paris chacun des 5 établissements a pu créer son EMPP. L’hôpital Sainte-Anne a choisi, pour sa part, de développer un service à part entière qui a une mission transversale, couvrant tous les territoires de l’hôpital. Le SMES (Santé Mentale et Exclusion Sociale), par son équipe mobile, intervient dans les 5ème, 6ème, 14ème, 15ème, 16ème arrondissements, ainsi que dans le Bois de Boulogne ou encore sur les voies sur berge.
Il existe maintenant en France plus d’une centaine de structures de ce type, chacune œuvrant sur un territoire bien déterminé. Pour les connaître, vous pouvez vous adresser au SMES, dont voici les coordonnées : 01 45 65 87 95, smes@ch-sainte-anne.fr

La Mission de diversification des publics de la BnF s’est rapprochée de vous, car vous êtes persuadé que la Culture répare, y compris les souffrances psychiques, pouvez-vous expliquer pourquoi ?
La Mission qui échoit aux équipes mobiles est d’aller à la rencontre des personnes, d’évaluer leur souffrance, de les faire accéder à des soins qui leurs conviennent. Ce public des exclus est très hétérogène et a entre autres la particularité de ne pas formuler de demande. Les EMPP on dû alors inventer des modes de médiation, adaptées à leurs besoins : accès aux droits, à un logement décent, aide à la recherche d’un emploi, accès à la Culture, … Toutes ces modalités deviennent vectrices de soin.
C’est ainsi que j’adresse régulièrement à votre mission des personnes en souffrance psychique, qui trouvent à la BnF un lieu chaleureux, un accueil personnalisé, grâce à votre travail, un accès internet et wifi, une carte d’entrée gratuite, puisque toutes ces personnes sont au chômage.
J’espère bien que nous mènerons ensemble le projet que nous avions évoqué lorsque nous nous sommes rencontrés, il y a 4 ans maintenant, celui de réaliser une exposition, sur l’histoire de la grande pauvreté en France, le projet que nous avions intitulé « Une histoire de la cour des miracles », qui pourrait être mené à bien, grâce aux nombreuses ressources documentaires de la BnF …

Souffrance psychique des sans abri ©A. Mercuel)

Souffrance psychique des sans abri ©A. Mercuel

Ce projet pourrait être mené avec des sans-abri, des thérapeutes, des historiens, des historiens de la psychiatrie, il permettrait d’ «historiciser » la question des sans-abri qui ne date pas d’hier, tout comme la misère d’ailleurs… de créer du lien social, entre inclus et exclus, de faire sortir les uns et les autres de leur entre-soi, bref de reconstruire un « Monde commun » cher à Hannah Arendt, projet qui devient de plus en plus urgent et nécessaire, par les temps qui courent…

Entretien réalisé par Sylvie Dreyfus Alphandéry