Archives pour le mois : juin 2012

3. La BnF et ses métiers

Le métier de technicien d’art… par Isabelle Suire

15 juin 2012

Nous vous invitons cette fois à découvrir un univers un peu à part à la bibliothèque : l’atelier de restauration, au département des Cartes et plans sur le site de Richelieu. Cet atelier a acquis une renommée internationale grâce au développement de techniques innovantes en matière de restauration. Allons à la rencontre d’Isabelle Suire, technicien d’art spécialisée qui nous décrit son métier…

Isabelle Suire ©BnF)

Isabelle Suire ©BnF

1. Quel est l’intitulé de votre poste ?
Je suis technicien d’art spécialisé, à la restauration des grands formats, au département des Cartes et plans sur le site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France.

2. En quoi consiste votre travail ?

C’est avant tout un travail d’équipe, vu la taille des documents traités. Nous appliquons la technique de l’entoilage, qui consiste à doubler les documents de toile avec un intermédiaire papier, avant restauration. Nous sommes amenés à traiter, pour le département des Cartes et plans, des documents aussi divers que précieux, notamment la carte Pisane de 1290, la mappemonde de Sébastien Cabot de 1544 (la restauration de cette carte de 3 m x 4 m a fait l’objet d’un film pour l’émission Faut pas rêver en 1999).
Nous restaurons également des globes : par exemples les globes de Coronelli de 4 m de diamètre et pesant 2,5 tonnes, restaurés en 2005 et exposés dans le hall Ouest du site de Tolbiac.
Du fait de notre spécialité, nous traitons également les collections des autres départements abritant de très grands formats : par exemple dernièrement, pour le département des Manuscrits à l’occasion de l’exposition Prisse d’Avennes, 56 calques aquarellés de très grandes dimensions ; pour le département des Estampes, une affiche, arrivée en lambeaux, de Franck Wolhfart, mesurant 4 m x 3 m et ;  pour le département des Arts du spectacle, des maquettes d’affiche.
Nous travaillons aussi pour d’autres institutions nationales et internationales : restauration d’une paire de globes de Coronelli datant de 1688 pour le musée des beaux arts de Lille, un globe en relief de Thury datant de 1751 pour la bibliothèque municipale de Dijon.
Actuellement, je travaille sur un portulan d’Hessel Gerritsz datant de 1622, qui sera exposé lors de l’exposition L’âge d’or des cartes marines, quand l’Europe découvrait le monde, à partir d’octobre 2012 sur le site de Richelieu. Dans le même temps, je restaure un globe de Blaeu datant de 1622 appartenant à la bibliothèque inguimbertine de Carpentras.

3. Comment devient-on technicien d’art ? Quelle formation est nécessaire ?

Je suis diplômée de l’école des arts et industries graphiques Estienne : j’ai obtenu un CAP de reliure dorure et j’ai appris la restauration au sein de l’atelier. Aujourd’hui, les formations ont considérablement évolué et tendent à s’intellectualiser : pour entrer à la BnF, il faut être titulaire d’un BMA (brevet des métiers d’art), d’un diplôme de l’INP (Institut national du patrimoine) niveau 2 ou d’un diplôme de l’École de Condé niveau 2.

4. Etes-vous fonctionnaire ou contractuel ?

Je suis fonctionnaire depuis 1985, je suis entrée à la BnF en tant que chargée des fonctions et j’ai passé le concours de restaurateur 6 mois plus tard. Après 5 ans d’expérience, j’ai passé un autre concours pour devenir restaurateur spécialisé.

Isabelle Suire et le portulan de  Gerritsz ©BnF)

Isabelle Suire et le portulan de Gerritsz ©BnF

5. Comment avez-vous choisi ce métier ?

C’est après une visite avec des camarades de 3ème que j’ai choisi de faire ce métier. J’aimais le dessin et les métiers manuels. J’ai donc fait mes études en fonction pour revenir dans cet atelier. A l’époque, on pouvait entrer à la Bibliothèque nationale avec un CAP ou un diplôme équivalent.

6. Pour vous, quelles sont les qualités essentielles, nécessaires pour ce métier ?

Il faut être patient, minutieux, avoir une grande dextérité, être réactif aux problèmes et situations posés, être consciencieux et surtout curieux, à l’affût des nouvelles technologies et nouvelles techniques.

7. Quels sont les avantages de ce métier ?

L’avantage de ce métier est de travailler sur des documents graphiques différents les uns des autres (affiches, cartes, globes, maquettes…). On travaille sur différents supports : parchemin, papier… On retouche les lacunes avec un aérographe (pistolet qui projette de la couleur grâce à de l’air) et qui permet de restituer le grain original de la lithographie. Au final, on a la satisfaction de constater la renaissance du document traité tel qu’il était à l’origine.

8. Quels sont ses inconvénients ?

C’est un travail pénible et fatigant : on manipule des objets encombrants et parfois lourds et qui sont difficiles à manipuler parce qu’ils sont très fragiles. Notre atelier n’est pas fonctionnel et il est trop exigu. Nous travaillons à la lumière artificielle et nous manquons aussi de matériel. Notre situation devrait s’améliorer lors de notre déménagement en 2018 dans de nouveaux locaux, au rez-de-chaussée du département avec la lumière naturelle…
Comme nous travaillons ensemble sur les documents, les horaires de travail s’organisent en fonction des travaux : on ne peut pas prendre la pause déjeuner comme bon nous semble, mais quand on peut…

9. Comment envisagez-vous votre avenir dans ce métier ? Évolutions techniques, évolutions de carrière ?

Mon objectif actuellement est de passer au grade supérieur et de devenir technicien d’art de classe exceptionnelle, après on verra, chaque chose en son temps !

pour aller plus loin :

- pour en savoir plus sur le concours de technicien d’art

Pour découvrir les collections

Les Jeux olympiques d’hier à aujourd’hui

13 juin 2012

Un atelier- rencontre à la BnF, le 6 juillet, à 14h30

Cook aux Jo de londres 1908 © BnF Gallica)

Cook aux Jo de londres 1908 © BnF Gallica

Du 27 juillet au 12 août prochain auront lieu les Jeux Olympiques de Londres.
Cet événement qui se déroule à une échelle planétaire et qui est devenu totalement mondialisé obéit à des rituels et à une mise en scène qui est née, il y a quelques 2800 ans, en Grèce antique, dans le centre religieux d’Olympie.

Comment se passaient les Jeux Olympiques antiques ?
Qui les a fait revivre et dans quelles conditions ?
Comment la politique s’est-elle emparée des Jeux Olympiques, au cours de l’Histoire ?

Nous vous invitons à découvrir le récit de cette aventure qui traverse le temps, à travers les collections patrimoniales de la BnF. Une projection de films rares viendra conclure cette présentation.

Rendez-vous : devant la maquette du Hall Est de la BnF à 14h15
Entrée gratuite

Pour tout contact : Mission diversification des publics :
Sylvie Dreyfus, sylvie.dreyfus@bnf.fr, 01 53 79 53 17
Céline Gaspard, celine.gaspard@bnf.fr, 01 53 79 85 30

2. Récits d'expériences

Accueillir à la Bnf la classe AAR du LP Chennevière Malézieux de Paris 12ème

7 juin 2012

On appelle ” décrocheurs” les jeunes qui sortent du système scolaire sans diplôme et sans qualification. En France, 250 000 jeunes environ sont dans ce cas, tous les ans. La Mission Générale d’Insertion qui dépend du Ministère de l’Education Nationale, pilote, dans les établissements scolaires qui acceptent d’être partie prenante de ce projet, la création de  classes d’un type particulier, les AAR qui s’efforcent  de redonner un projet à des jeunes de 16 ans et plus, sans solution scolaire depuis moins d’un an.

Les AAR (Action d’accueil et de remobilisation) sont une seconde chance pour trouver son orientation  et reprendre confiance en soi. Ce dispositif propose  à ces jeunes un accompagnement personnalisé dans un cadre collectif. Les jeunes alternent une présence au lycée, et des stages en entreprise. Au lycée, ils acquièrent des savoirs de bases en français, mathématiques, anglais, Histoire-Géo, PSE, Arts graphiques, Histoire des Arts. Ils s’ouvrent à la Culture générale, aux matières artistiques, et travaillent sur leur projet professionnel pendant un an.

Avenue Ledru Rollin - CC - Wikimedia commons)

Avenue Ledru Rollin - CC - Wikimedia commons

C’est dans ce cadre que la mission de Diversification des publics a accueilli une classe AAR du LP Chennevière Malézieux. L’objectif était le suivant : familiariser ces élèves à l’utilisation des collections et à la découverte des ressources documentaires de la BnF, autour  d’un thème qui  tenait à coeur à chacun. Plusieurs visites ont permis aux élèves de découvrir les différentes salles de lecture et  les ressources numériques proposées par la bibliothèque. Après avoir précisé leur sujet, les jeunes ont travaillé avec l’association “Omar Le-chèri”, dans laquelle interviennent des journalistes formateurs.  Cette association redynamise chez les jeunes le goût pour l’écriture en les invitant à rédiger des articles de journaux, qui sont publiés dans un numéro spécial du journal Tand’m.
C’est ainsi que Davy a choisi de parler de la perception de la délinquance chez les jeunes. Angélique a évoqué la question des femmes mères et détenues. Selin  a témoigné des pratiques d’accouchement à la maison. Gabriel s’est demandé comment les différents  styles musicaux s’adressaient à des catégories différentes de la population. Cissé quant à lui, a fait le portrait d’un rappeur américain célèbre, Notorius Big. Serge a rencontré une équipe de football américain, les Mousquetaires qui développent ce sport en France, alors que Fatouma se posait la question suivante : devient-on footballeur pour la passion ou pour l’argent ? Enfin Zoheir a essayé de comprendre si la planète était en péril, en interrogeant Cécile Dumas, journaliste à Sciences et Avenir.

Source image : Avenue Ledru Rollin

Témoignages

Une élève raconte la visite avec Pierre Assouline

1 juin 2012

Nous vous avions proposé un article sur la visite guidée par Pierre Assouline autour de Fantômes avec les élèves du collège Clémenceau. Voici maintenant le récit rédigé par Sabrina Larbi… 

Pierre Assouline © BnF)

Pierre Assouline © BnF

“L’endroit le plus froid de Paris, mais notamment le plus fréquenté par les chercheurs : voilà où nous sommes, face à quatre grands immeubles formant de hauts livres ouverts. Tout en verre, les bâtiments se distinguent les uns des autres par leurs différents domaines : Lettres, Lois, Temps et Nombres.
Pierre Assouline nous parle, nous raconte l’histoire de cet endroit qu’il semble si bien connaître. Nous apprenons que la plus grande menace qui pèse sur la BnF est le risque de crue de la Seine. Étant proche de celle-ci, la bibliothèque, bien qu’elle soit conçue pour y résister, pourrait perdre de nombreux ouvrages.

Nous suivons alors Pierre Assouline jusqu’au bâtiment principal. Celui-ci nous explique que la BnF dispose de deux espaces distincts : le premier est ouvert au public, tandis que le second est exclusivement réservé aux chercheurs. Pour y accéder, il faut faire une demande au préalable avec des conditions spéciales (comme une recherche d’ordre universitaire, professionnel, ou personnel).
Grâce à Pierre Assouline, nous pouvons aujourd’hui accéder à ces salles de lecture et nous y retrouvons le silence d’abbaye si bien décrit dans « Fantômes ». Chacun tente du mieux qu’il peut de se fondre dans le décor en minimisant au maximum ses bruits de pas. Car rien ne doit perturber le silence de la salle de lecture : c’est l’une des règles primordiales à respecter, et tout le monde s’y soumet.

Alors, tout en chuchotis, Pierre Assouline tente de nous expliquer l’agencement du lieu. Formant un attroupement autour de lui, nous tendons les oreilles pour ne pas perdre une miette de ses paroles. Certains fascinés, d’autres intrigués, surpris parfois, tous, nous sommes à l’affût du moindre détail nous permettant de relier les salles que nous visitons au roman que nous avons lu. La description du lieu faite par Assouline dans « Fantômes » et l’image que nous avons face à nous relient la fiction à la réalité.
Puis, comme nous sommes venus, nous repartons, toujours dans ce « silence ouaté » qu’a si bien su décrire Pierre Assouline. L’écrivain nous guide alors vers un magasin. Plusieurs compactus y ont été installés : c’est la fameuse arme du crime dans “Fantômes” ! Et nous regardons Pierre Assouline manier la machine sous nos yeux fascinés. La façon dont a procédé le meurtrier prend alors un tout nouvel aspect.
L’image se forme dans nos têtes et peu à peu nous parvenons à reconstituer l’histoire, dotés cette fois de vrais souvenirs des lieux à la place de notre imaginaire parfois peu fiable. Cela s’avère beaucoup plus intéressant car de cette manière nous comprenons mieux le déroulement de l’histoire.
Nous apprenons ainsi grâce à l’intermédiaire de Pierre Assouline que les informations sur les compactus dans « Fantômes » sont bien véridiques. Parmi ces étranges machines, nous en observons certaines plus anciennes qui sont dépourvues de tout système quelconque de sécurité. L’écrivain nous raconte alors que le test de la feuille de papier cité dans l’histoire a bien eu lieu, réalisé par ses soins et qu’il s’était avéré positif !

Pierre Assouline montre le jardin © BnF)

Pierre Assouline montre le jardin © BnF

Puis nous arrivons jusqu’au hall et de là nous avons une magnifique vue sur le jardin intérieur. Les arbres tout droit venus de Normandie sont maintenus grâce à des tuteurs très puissants pour leur éviter de pencher. Sur les hautes baies vitrées, nous reconnaissons les oiseaux bleus mentionnés dans « Fantômes », ceux qui transformeraient la BnF en crèche, d’après le narrateur. Voici encore un détail qui rapproche le roman du réel, et qui nous transporte directement dans l’univers de la fiction. On croirait presque avoir vécu le livre. Après être montés jusqu’au belvédère, nous quittons ce lieu riche en découvertes, impatients de retourner chez nous pour relire l’histoire avec cette fois ci les images en tête…”