Archives pour le mois : octobre 2012

3. La BnF et ses métiers

Le métier de menuisier… par Joël Alain

25 octobre 2012
Joël Alain ©BnF)

Joël Alain ©BnF

Tous les agents de la BnF le connaissent ou l’ont déjà croisé dans les couloirs… Nous vous proposons de rencontrer Joël Alain qui nous fait partager sa passion pour le bois et nous présente le métier de menuisier…

1. Quel est l’intitulé de votre poste ?
Je suis adjoint technique principal des administrations de l’État. Ici, je suis le seul menuisier de la bibliothèque, pour les sites de Tolbiac, Richelieu et Arsenal. Mon atelier se trouve sur le site de Tolbiac (F. Mitterrand), je travaille au service travaux du département des moyens techniques.

2. En quoi consiste votre travail ?
Je m’occupe de tout ce qui concerne le bois : les marches, les sols, les chaises, les tables et étagères, les lambris et les faux plafonds. Je répare le mobilier des espaces publics (c’est-à-dire dans les salles de lecture) et des espaces professionnels (c’est-à-dire dans les bureaux). Je réalise aussi des prototypes en contre-plaqué pour des aménagements d’espaces de travail par exemple pour l’accueil dans les halls Est et Ouest ou quand nous avons réaménagé les banques et arrière banques de salles en Rez-de-jardin. Lorsque le prototype est approuvé, la BNF passe un marché pour faire réaliser les travaux. Je crée du mobilier pour des besoins spécifiques pour améliorer des espaces de travail (estrades, marchepieds, consoles), je travaille en lien avec le service de médecine de prévention pour améliorer les postes et conditions de travail de certains personnels.
Je gère aussi l’atelier de métallerie serrurerie du site de Tolbiac : réparations de seuils, de chariots, soudures, équerres.
On organise des plannings de travail hebdomadaires, par demi-journées, en sachant que cette organisation est perturbée par des appels d’urgence du bureau relation utilisateur.

Combinée et toupie ©BnF)

Combinée et toupie ©BnF

3. Comment devient-on menuisier ? Quelle formation est nécessaire ?
J
’ai un CAP d’ébénisterie et un brevet de technicien en ébénisterie. Lorsque l’on prépare un CAP, on apprend à fabriquer à l’unité et quand on prépare le brevet de technicien, on apprend à produire en série. J’ai ensuite travaillé dans différentes sociétés, où je faisais essentiellement de la copie de meubles anciens.

4. Etes-vous fonctionnaire ou contractuel ?
Je suis fonctionnaire. Je suis arrivé à la BnF en 1999, à la suite de ma réussite au concours de maître ouvrier menuisier, aujourd’hui adjoint technique des administrations de l’État.

5. Comment avez-vous choisi ce métier ?
L’ébénisterie, c’était un hasard… Lorsque j’étais au collège, lors d’une heure de permanence, je suis allé dans une classe de CPPN, classe pré professionnelle de niveau, aujourd’hui remplacée par la SEGPA, section d’enseignement général et professionnel adapté. J’ai vu que des élèves avaient fabriqué un buffet en contre-plaqué, j’ai trouvé ça beau et j’ai eu envie de faire pareil…
Après la classe de 5e, j’ai intégré un collège d’enseignement technique pour préparer un CAP en 3 ans. Puis au lycée technique de Vichy, j’ai préparé mon brevet de technicien également en 3 ans. Je travaillais bien, j’aurais pu continuer et intégrer l’école Boulle mais à l’époque, j’habitais dans la Nièvre et mes parents n’avaient pas les moyens de financer mes études sur Paris.
C’est plus tard, grâce à des stages professionnels de « finition moderne » et de marqueterie, que j’ai réalisé mon rêve de me former à l’école Boulle

Scie à ruban ©BnF)

Scie à ruban ©BnF

6. Pour vous, quelles sont les qualités essentielles, nécessaires pour exercer ce métier ?
Le travail est varié, il faut donc connaître et maîtriser beaucoup de techniques (mobilier moderne à Tolbiac et à Bussy St Georges, mobilier ancien à Richelieu ou à l’Arsenal). Il faut être patient, méthodique, méticuleux, attentif car il y a des risques d’accident lors des manipulations des machines outils. Il faut aimer la matière.
Il faut également avoir le sens des relations, être psychologue pour répondre aux demandes en particulier sur l’amélioration des postes de travail. Il faut aussi être discret car curieusement, les personnels se confient parfois à nous.
Enfin, il faut aussi être pédagogue… j’accueille des stagiaires : des élèves de 3e en stage découverte d’entreprise et aussi des élèves de bac pro. Je suis aussi amené à former des collègues.

7. Quels sont les avantages de ce métier ?
J’ai une grande autonomie dans l’organisation de mon travail de la conception à la réalisation ; un peu comme un gérant d’entreprise à la différence que moi, je n’ai pas à prospecter pour trouver des clients ! Je me déplace sur les différents sites de la bibliothèque, je connais bien l’établissement et les gens qui y travaillent et eux aussi me connaissent.
Je me sens reconnu professionnellement. Je me sens un devoir de prévention : j’essaye d’être entendu sur le manque d’entretien du mobilier. J’aime que mon travail soit bien fait.

8. Ses inconvénients ?

La charge de travail est trop importante par manque de moyens humains. Je dois faire avec un manque d’approvisionnement en matériel : les projets sont parfois en attente faute de budget.
Trop de choses à gérer en même temps : je ne peux pas traverser un couloir sans être arrêté !
Il y a aussi les contraintes liées au bâtiment : ici à Tolbiac, les distances sont longues alors je me suis constitué une sorte de trousse d’urgence que je “promène” sur un chariot car il n’est pas question de retourner chercher un outil manquant à l’atelier !
Je n’ai pas toujours suffisamment le temps de me former sur les nouvelles réglementations : ERP (établissement recevant du public), IGH (immeuble de grande hauteur), parties classées… etc.

Joël Alain ©BnF)

Joël Alain ©BnF

9. Comment envisagez-vous votre avenir dans ce métier ? Évolutions techniques, évolution de carrière ?
Dans ma spécialité, la menuiserie, il n’y a pas de concours de catégorie technicien. La progression de carrière se fait lentement, à l’ancienneté, sans réel espoir de promotion. Il y a peu de mobilité car c’est une petite filière.

3. La BnF et ses métiers

Le métier de restaurateur de livres… par Aurélie Massot

11 octobre 2012

Nous vous proposons cette fois de découvrir, avec Aurélie Massot, le métier de restaurateur de livres. C’est aussi l’occasion de faire connaître l’atelier de restauration, à la Bibliothèque nationale de France, site de Tolbiac (F. Mitterrand), un endroit et une équipe un peu à l’écart et pourtant essentiels dans la vie de la bibliothèque…

Aurélie Massot, restaurateur de livres ©BnF)

Aurélie Massot, restaurateur de livres ©BnF

1. Quel est l’intitulé de votre poste ?

Je suis restaurateur de livres au sein du service technique du département de la Conservation, sur le site de Tolbiac. Je travaille à l’atelier MCR : maintenance, consolidation, restauration. Je fais partie de la filière métiers d’art, au sein du Ministère de la Culture.

2. En quoi consiste votre travail ?

Le travail des ateliers de la Conservation contribue à remplir une des missions fondamentale de la Bibliothèque nationale de France, à savoir la conservation de ses collections.
A l’atelier, il n’y a pas de journée type mais on distingue trois catégories principales de traitements, qui vont de l’intervention légère à la restauration qui consiste à réparer un livre en conservant le matériau d’origine (cuir, parchemin, cartonnage) en passant par la consolidation avec du papier japonais :
- la maintenance, traitement dont la durée ne dépasse pas 3 heures : il peut s’agir de rattacher un dos, de réparer des déchirures, de réencoller des coins ou encore de réparer une charnière.
- la consolidation, intervention dont la durée ne dépasse pas 10 heures : il s’agit de réparer les feuillets et les couvertures à l’aide le plus souvent de papier japonais ; ce papier se compose de fibres de mûrier.

Réparation d'une couverture de livre  ©BnF)

Réparation d une couverture de livre ©BnF

- enfin, le travail de plus de 10 h est une restauration d’ouvrage très abîmé : demi cuir …
Le choix des livres et des niveaux de traitements est fait par les responsables de conservation des départements de collections du site François-Mitterrand où est conservé l’ouvrage selon plusieurs critères qui se combinent : état de l’ouvrage, valeur, rareté, contenu, communication etc. Une des buts de ces traitements est de « remettre en circulation » les livres, signalés comme incommunicables dans le catalogue de la bibliothèque, pour les lecteurs.
Le travail s’organise plutôt par mois en fonction des ouvrages arrivés qui sont répartis par le chef d’atelier entre tous les collègues de l’atelier. Le chef d’atelier est aussi notre référent technique : il nous conseille et nous guide dans notre travail.

3. Comment devient-on restaurateur de livres ? Quelle formation est nécessaire ?

J’ai passé le concours de maître ouvrier, ouvert aux titulaires d’un CAP de reliure. Ce corps de la fonction publique est devenu par la suite celui d’adjoint technique des administrations de l’Etat. Un fois affecté dans un atelier, on est entièrement formé aux techniques de restauration pendant toute la première année par un tuteur.
Puis, par le biais de stages, on continue à se former dans les ateliers d’autres établissements (par exemple aux Archives nationales) pour acquérir d’autres savoir-faire et pour perfectionner des techniques (comme la reliure Espinoza).

4. Etes-vous fonctionnaire ou contractuel ?
Je suis fonctionnaire, je suis entrée à la BnF en 2001.

5. Comment avez-vous choisi ce métier ?

Un peu par hasard… Après des études en arts plastiques à l’université, je me suis orientée vers une formation de reliure pour adultes aux AAAV, Ateliers d’arts appliqués du Vésinet. J’ai passé le CAP de reliure en candidat libre. Je suis ensuite entrée au département de la Conservation de la Bibliothèque nationale de France d’abord pour une vacation à l’atelier de reliure semi-mécanisée. Puis tout en travaillant, j’ai préparé et réussi en 2003 le concours d’adjoint technique des administrations de l’Etat. L’atelier de reliure semi-mécanisée a fermé en 2006, ce type de traitement ayant été complètement sous-traité et je suis donc arrivée à l’atelier de maintenance, consolidation et restauration.

Fouettage ©BnF)

Fouettage ©BnF

6. Pour vous, quelles sont les qualités essentielles, nécessaires pour exercer ce métier ?

Évidemment, il faut être manuel, mais aussi patient car le travail de restauration peut être long. Il faut aussi aimer les matières : papiers, cuirs, parchemins, toiles, fils, pigments… et avoir l’œil exercé aux détails. Il faut être minutieux et avoir le goût de l’esthétisme.
Il faut également être pédagogue et avoir le goût de transmettre : on est amené à former les magasiniers des départements aux petites réparations (déchirures, coins…) à raison de 6 séances par semaine, ainsi que des stagiaires (élèves d’écoles mais aussi restaurateurs étrangers).

7. Quels sont les avantages de ce métier ?

La variété : chaque ouvrage a ses spécificités. A chaque fois c’est un challenge et à la fin, il y a la satisfaction du travail accompli, savoir que l’ouvrage va pouvoir être de nouveau consulté. On se sent utile à la fois pour l’ouvrage et aussi pour le lecteur. On redonne vie au document.
Par ailleurs, travailler dans les ateliers de la BnF, c’est une référence : on a la chance de travailler sur des collections précieuses. Les conditions de travail sont bonnes et il y a moins de pression sur les délais qu’il n’y en a dans une entreprise privée. De plus, on est souvent sollicité pour accueillir des stagiaires français et étrangers…

8. Ses inconvénients ?

Les ateliers sont un peu à part dans l’établissement : en dehors des visites organisées du service ou des journées exceptionnelles d’ouverture au public, comme la Journée du patrimoine, je n’ai que peu de contact avec le public ou même les autres collègues de la bibliothèque. L’atelier n’est accessible qu’à ceux qui y travaillent car on y abrite les collections précieuses.
Par ailleurs, dans la filière métiers d’art dont je fais partie, il y a peu de mobilité car il existe peu d’ateliers de restauration comme celui-ci en France : il est difficile d’envisager une mutation en province par exemple. La filière technique du Ministère de la Culture étant petite, nous sommes peu nombreux à exercer ce genre de métier et du coup, les postes vacants sont rares…

L équipe de l atelier MCR ©BnF)

L équipe de l atelier MCR ©BnF

9. Comment envisagez-vous votre avenir dans ce métier ? Évolutions techniques, évolution de carrière ?

Le débouché « naturel » est le concours de technicien d’art ou de chef de travaux d’art mais ils ne sont pas organisés tous les ans et il y a chaque fois très peu de postes : le dernier concours de technicien d’art spécialité restauration de livres a été organisé il y a 3 ans. Il n’y a pas de progression de carrière en dehors de l’ancienneté : c’est pour cela qu’il faut aimer ce que l’on fait …