4. Aller plus loin avec les acteurs du champ social

Colloque L’éducation populaire, le 13 novembre 2018 à la BnF

31 octobre 2018

Exposition universelle - Une plateforme roulante de la grande galerie des Machines/Gallica

La Mission de diversification des publics, s’inscrit par sa pratique et ses modes d’agir dans les modes de transmission des connaissances, mise en œuvre par les mouvements et les associations qui se réclament de l’Éducation populaire.

Le colloque du 13 novembre permettra de faire le point sur les sources de l’éducation populaire et les méthodes, qui, dès la naissance de ce courant d’idées, ont permis de promouvoir d’autres accès à la connaissance que les savoirs savants.

Agnès Sandras et Jean-Charles Buttier, conseillers scientifiques du colloque, nous expliquent en quoi les thèmes du colloque résonnent avec des questions qui se posent aujourd’hui :

En quoi les questions que se pose l’éducation populaire dès ses origines peuvent intéresser les associations aujourd’hui ?

A.S. : mobilisés par leurs tâches multiples et l’urgence dans laquelle vivent beaucoup d’associations contemporaines, les bénévoles considèrent parfois que les problématiques ayant changé, le contexte n’étant plus le même, le passé ne sera pas d’un grand secours. Pourtant, l’histoire d’une l’association peut être précieuse et utile. En effet, dans la crise de recrutement que connaît le bénévolat aujourd’hui, se pencher sur la mémoire de l’association, si le projet est mené en équipe, peut s’avérer fondateur et constructif. (Re) découvrir les objectifs passés de l’association peut aider à mieux identifier et porter les objectifs contemporains. Par ailleurs, si les associations imaginent souvent que leurs difficultés sont inédites, le fait de découvrir que les mêmes doutes ou les mêmes espoirs, ont agité les bénévoles il y a bien longtemps peut être extrêmement enrichissant et fédérateur. J’ai eu la chance de présenter à des associatifs contemporains, lors d’une séance imaginée par Sylvie Dreyfus à la BnF, les questions agitées par les fondateurs des bibliothèques populaires autour de leurs statuts il y a 150 ans. L’échange ainsi réalisé a été très constructif : les bénévoles d’aujourd’hui m’ont posé des questions très intéressantes, pouvant nourrir mon enquête historique ; les bénévoles ont découvert avec enthousiasme les astuces mises en œuvre par d’autres bénévoles il y a bien longtemps, et se sont littéralement identifiés.

J.-C. B. : Les associations sont attachées à leur propre histoire comme le montre les manifestations de la Ligue de l’enseignement pour les 150 ans de sa création (https://150ans-laligue.org/150ans-laligue/) ou bien celles à l’occasion des 80 ans des CEMEA (https://vimeo.com/channels/cemea80). Cet attachement au passé est revendiqué comme n’étant pas une nostalgie mais au contraire une volonté de comprendre une histoire pour mieux appréhender le futur (c’est ce que traduit le slogan des CEMEA « tous passeurs »). Le passé de leur association peut donc s’adresser à la curiosité de ses membres mais cela traduit aussi la volonté de comprendre un projet partagé qui s’enracine dans un héritage commun, dans une histoire militante.

Ainsi, ce projet sur le passé et le présent de l’éducation populaire est étroitement lié à la notion d’engagement de celles et ceux qui ont cru, et qui croient encore, en l’existence d’une éducation émancipatrice. Cela signifie que l’histoire de toute association est enrichissante encore aujourd’hui dans la mesure où elle permet de trouver une continuité entre un projet politique et social souvent ancien et des actions contemporaines. La notion d’héritage est particulièrement stimulante à la fois dans son sens positif, quand elle est liée au fait de porter la mémoire d’un groupe, ou bien négative lorsqu’il s’agit de dénoncer un avantage acquis simplement parce que l’on est « bien né ».

En quoi l’éducation populaire permet de reconstruire un rapport au savoir, au désir de connaissance, lorsqu’on s’est senti exclu du cursus scolaire classique ?

A.S. Le rapport au savoir, le désir de connaissance sont extrêmement dépendants de circonstances, de lieux, et surtout histoire d’échanges, de transmission entre êtres humains, y compris dans les affects négatifs. Il est important que des associations puissent prendre le relais avec des méthodes différentes ou non, au moment voulu, dans un système vécu comme moins exigeant.

J.-C. B. : Réfléchir à l’éducation populaire permet de repenser la prétendue hiérarchie des savoirs, entre ceux qui seraient populaires ou au contraire savants. Il n’existe pas de concurrence entre les savoirs produits dans le cadre scolaire et les autres. Pour s’en convaincre, il suffit de réfléchir aux liens historiques entre l’école et l’éducation populaire. Les instituteurs et institutrices de la Troisième République furent massivement mobilisés pour organiser des cours d’adultes le soir ainsi que pour grossir les rangs des associations d’éducation populaire alors existantes. L’enjeu est le transfert qui s’opère entre une discipline de référence et la discipline enseignée à l’école. L’histoire scolaire n’a pas les mêmes finalités que l’histoire savante (qu’elle soit universitaire ou pas), cette acclimatation à l’école est appelée « transposition didactique ».

Entre les deux, les associations d’éducation populaire se sont saisies de la notion de vulgarisation, forme de transposition qui ne se cantonne pas aux murs de la classe. Cette insistance sur l’explication et la transmission à destination de tous les publics peut aider à reprendre confiance en sa propre capacité à acquérir un savoir. En permettant à celles et ceux qui ont eu un parcours scolaire compliqué de participer à l’élaboration même de ce savoir, les associations qui pratiquent activement cette élaboration en commun démontrent que le savoir doit rapprocher plus qu’exclure, émanciper plus que créer de nouvelles hiérarchies sociales ou culturelles.

Le programme de la journée

BnF|site François-Mitterrand

mardi 13 novembre 2018
9 h15 – 17 h 30

Petit Auditorium
Entrée libre

Illustration, depuis Gallica

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