4. Aller plus loin avec les acteurs du champ social, Ateliers

Atelier “cheminer avec les philosophes” et l’expérience des relais du champ social

2 juillet 2018

Autour de l’expérience des relais du champ social,

Échanger, Mutualiser, Partager, Réfléchir…

8 avril 2018

Mutualiser l’expérience des travailleurs sociaux en la confrontant aux réflexions menées par des chercheurs et des philosophes était l’objectif de ce premier cycle d’échanges menés à la BnF avec :

Karim Adjouba, association L’AKSÉ – TANDEM, Christian Albert, ENS Espace Torcy, Natacha Bernard, GRETA M2S Paris, Marie-France Delmotte, Francophonie et Culture partagée, Emmaüs Solidarité, Dominique Lechat, ESV « Déclic Alpha XXème », Liesel Schiffer, Casnav Paris et cours municipaux d’adultes

Christophe Baudet, fondateur de l’association « Les Artisans de la Philo », animateur de cafés philo et praticien de la philosophie citoyenne

Frédéric Astier et Sylvie Dreyfus-Alphandéry, Mission diversification des publics de la BnF

La Mission de diversification des publics de la BnF a organisé à la bibliothèque un cycle de cinq ateliers qui ont fait se rencontrer bibliothécaires, professionnels et bénévoles, intervenant dans le domaine du champ social et un philosophe.

Il s’agissait à travers ce cycle d’échanges et de réflexion, autour de quelques pratiques du travail social ainsi que des actions d’accompagnement culturel de la BnF en direction des publics du champ social, de réfléchir au sens des missions et des actions menées, en analysant la nature des relations avec les publics et la nature de l’implication des acteurs du champ social.

Le pari était, à partir de ces échanges collectifs, de mobiliser l’apport des philosophes pour mieux éclairer les pratiques et s’interroger sur celles-ci.

Les participants au premier atelier ont, après avoir eu un premier échange sur leurs pratiques et la perception de leur mission, formalisé 4 questions autour desquelles travailler :

  • Qu’est-ce que transmettre, dans un contexte de mutation et de rapport à la connaissance qui s’exerce à la marge entre milieux sociaux ?
  • Quelle relation respectant l’altérité construire dans le travail d’accompagnement social ?
  • Quelle est l’utilité, l’efficacité et la finalité du travail social ?
  • Quelle reconnaissance tant pour les publics concernés que pour le travail social ?

C’est la question de la transmission qui a été retenue par les participants et sur laquelle il a été décidé de consacrer les trois ateliers suivants. L’hypothèse étant que les thèmes non retenus apparaitraient dans la question traitée.

1/ Pourquoi accompagner les publics du champ social, en tant que professionnel comme en tant que bénévole ?

  • La trilogie du don, soulignée par Marcel Mauss, à savoir « donner, recevoir et rendre » s’incarne dans le travail social. En effet, nous nous impliquons dans le travail social pour rendre ce qui nous a été donné, pour honorer une dette, vis-à-vis de tout ce qui nous a été transmis et qu’également nous souhaitons transmettre. De plus, en mettant nos compétences acquises au service des publics, le retour de ces publics nous fait recevoir plus que ce que nous donnons. Nous sommes bien dans le processus circulaire que Marcel Mauss décrit autour du don.

  • En apprenant auprès des publics, notre vie sociale et notre conscience s’élargissent, nos relations sont transformées avec notre entourage. Nous touchons à de nouvelles dimensions de l’altérité, en nous confrontant à des rapports au monde différents qui nous enrichissent et nous questionnent sur nos manières d’être et nos codes sociaux souvent implicites.

  • En faisant du travail social, nous nous connectons davantage et mieux avec le réel, nous percevons mieux la réalité complexe de la société, nous élargissons notre champ de conscience, car nous réalisons ce qui est important, ce qui ne l’est pas. Nous prenons ainsi de la distance avec une forme de nombrilisme. Nous apprenons à nous décentrer de nous-mêmes.

  • Pour quelques participants, intervenir dans le champ du travail social correspond à une façon de faire de la politique en s’impliquant dans la vie de la cité ; d’autres membres du groupe, à l’inverse, se sont investis dans le travail social par méfiance vis-à-vis de la pratique politique actuelle. Cependant, il y a consensus quant à la dimension d’engagement que requiert le travail social, certains parlent même de foi, de conviction, bien au-delà d’une simple motivation. Pour certains, cette dimension de l’engagement est progressive alors que d’autres inscrivent d’emblée cet engagement dans un trajet de vie.

En conclusion, nous pourrions dire qu’intervenir avec/auprès des publics du champ social, conduit à déployer une forme d’énergie qui donne du sens, une orientation et une signification à l’existence.

2/ Transmission et relation avec les publics

A - Qu’est–ce que nous transmettons ?

  • Nous transmettons ce qui nous a été donné en héritage, un patrimoine culturel qui nous a été légué : nous venons de quelque part, nous nous inscrivons dans une histoire spécifique, d’où l’importance de la transmettre pour écrire ensuite, ensemble, une histoire partagée.

  • Nous transmettons le fait d’éprouver un plaisir à découvrir une œuvre d’art, plaisir qui, par ailleurs, ne va pas de soi car les publics peuvent se sentir exclus par une culture qui n’est pas la leur et qui est parfois vécue comme la culture des « gens riches ». A l’inverse, si les portes des lieux culturels leurs sont ouvertes, ils peuvent éprouver une grande fierté à se faire passeurs à leur tour, en direction de leur famille ou de leurs amis.

  • Nous transmettons parfois les attendus d’une mise en situation professionnelle qui conduit à la compréhension des codes sociaux en vigueur dans la société française, comme l’exactitude par exemple, ou la maîtrise de l’usage du « vous » et du « tu ».

  • Nous transmettons de l’énergie, de la confiance en soi, le plaisir, le goût de l’apprentissage et de l’accès au savoir.

  • Nous transmettons de la solidarité par le biais de l’écoute mutuelle et de la reconnaissance des histoires individuelles de chacun. Cette solidarité aide à se reconstruire, elle est réparatrice.

  • Au-delà du savoir, nous transmettons le goût de la découverte, le bonheur d’être ensemble, d’être là, lorsqu’est organisée une sortie dans un lieu culturel. Ainsi se crée du lien social qui permet de faire société et de sortir de son entre soi. Comme le dit l’association Cultures du cœur, « sortir pour s’en sortir »…

  • Cependant, il est parfois difficile de faire sortir de leur monde des jeunes décrocheurs ayant fortement intégré un sentiment de relégation, souvent fascinés par la société marchande à laquelle ils n’ont pas accès. Pour ces derniers l’ouverture à la culture artistique n’a pas toujours de sens. Il est souvent plus facile d’ouvrir à la culture les primo-arrivants qui sont plus curieux et désireux de s’intégrer dans la société française.

  • Nous transmettons des valeurs républicaines et humanistes, et n’hésitons pas à aborder des questions qui font débat : à titre d’exemple, la tradition de l’excision, des mariages forcés, l’acceptation de l’homosexualité et de l’homoparentalité, la question de la scolarisation des filles et de la division des rôles entre les filles et les garçons … Dans ces cas, le mode de transmission est vertical. C’est-à-dire qu’il y a quelque chose sur lequel on ne peut pas négocier. Bien évidemment cela n’exclut pas d’accompagner cette transmission avec pédagogie, bienveillance et explications. Cela aboutit parfois à la confrontation. Par exemple, pour nous enfants de la République, la loi vient des hommes et des modes de gouvernement qu’ils se sont donnés, alors que pour certains publics la loi vient d’une certaine idée de Dieu. Il y a ainsi concurrence entre tradition et transmission.

  • Ajoutons que pour certaines questions, liées à la sexualité, au port du voile ou aux traditions religieuses, il n’existe pas de terrain neutre historiquement, sociologiquement, géographiquement et culturellement.

B – finalité de la transmission

  • La finalité de la transmission dans le champ social vise à permettre aux personnes de développer leur autonomie, c’est-à-dire la capacité d’agir sur leur propre vie. Pour ce faire, il s’agit d’offrir à ces personnes qui vivent dans une grande précarité des moments de sécurité intérieure qui leur permettent d’accéder progressivement à cette autonomie.

Observons que nous pouvons identifier trois modes d’autonomie :

  • Autonomie fonctionnelle : un enfant apprend à marcher, à manger ; on apprend à quelqu’un à écrire… La personne apprend progressivement à exercer sans aide les actes de la vie quotidienne.

  • Autonomie relationnelle (le Care) : la personne apprend à évoluer dans la société, à acquérir une conduite sociale adaptée. Pour ce faire la personne a besoin d’être reconnue comme sujet à part entière par les autres. Ce n’est pas dans la transmission d’un savoir, mais dans un savoir-être avec les publics, que s’exercent une reconnaissance mutuelle, des formes d’échange «  à égalité » et de solidarité avec les autres.

  • Autonomie kantienne : Kant inscrit l’autonomie comme l’acquisition progressive résultant d’une dynamique « éducative ». L’autonomie appartient au domaine de l’acquis et non de l’inné. D’une certaine manière elle est une donnée culturelle. C’est pourquoi le philosophe souligne le fait que nous sommes d’abord dans un processus d’éducation, c’est-à-dire soumis à l’autorité d’un tiers qui nous fournit les fondamentaux pour devenir par la suite autonome. Cependant l’autonomie n’est pas la simple reproduction de ce qu’on a appris, ni le « je fais ce que je veux » mais la capacité d’élaborer sa propre conduite, sa propre loi, son éthique en quelque sorte. Autonome consiste alors à être cohérent, autrement dit à obéir à sa propre loi.

Dans le travail social, on a à faire avec les trois formes d’autonomie qui se déploient tour à tour.

Le mythe de l'attelage ailé dans le Phèdre de Platon

C - Comment transmettre ?

Nous pouvons identifier historiquement trois figures de la transmission :

  • Socrate

Montaigne écrivait : « Transmettre ce n’est pas remplir un  vase, c’est allumer un  feu. ». Nous pouvons associer cette métaphore à la maïeutique socratique qui consiste à révéler chez l’autre ce qui est déjà implicite chez lui. Transmettre est ici permettre à autrui de devenir lui-même.

  • Maître/disciple

L’exemplarité constitue le parti pris pédagogique. Le maître est quelqu’un à imiter dont il s’agit de s’approprier les conceptions et la sagesse. Le maître représente une cible, une sagesse vers laquelle on essaye de tendre. Ce modèle de transmission repose sur une sorte de filiation. Par ailleurs, il s’agit d’une transmission globale qui enveloppe tout autant la connaissance, la « spiritualité » que le mode de vie.

  • La tradition

Ce modèle de transmission se déploie sur le mode de la verticalité. Il y a en surplomb une tradition constituée de valeurs, d’habitus, d’un langage qui est de fait transmis tel quel, entre autres dans le cadre scolaire. L’appropriation de cette tradition était la condition sine qua non d’appartenance à l’espace familial, professionnel ou villageois. Par exemple on était forgeron de père en fils, la mère élevait ses enfants sur un modèle éducatif hérité. Aujourd’hui ce mode de transmission verticale reste nécessaire même si il semble en crise au profit d’une communication horizontale beaucoup plus centrée sur le présent, dans un contexte où le passé est rarement convoqué.

Le champ social mobilise, selon les circonstances, les trois modèles de transmission précités :

  • Pour apprendre à faire son marché, nous pourrions considérer que nous sommes dans un mode de transmission très pratique, de personne à personne, un peu comme si le maître apprenait à son disciple à faire le marché et donc d’une certaine manière à mieux marcher dans la vie.

  • Au cours d’une visite de musée, l’objectif n’est pas d’apprendre l’histoire de l’art ou d’aller vers une acquisition de connaissance culturelle mais de laisser l’œuvre d’art faire éventuellement effet sur les personnes. De ce point de vue, nous serions sur un « mode socratique » de transmission.

  • Ensuite, comme nous l’avons évoqué précédemment, la transmission s’exerce de façon verticale pour certaines valeurs comme la tradition républicaine.

  • Au-delà des différents modèles de transmission, il y a la manière de transmettre, le « climat » de la transmission. A cet égard il ressort que :

  • Les participants de l’atelier se rejoignent tous pour souligner la nécessité de faire preuve de bienveillance et de générosité vis-à-vis des publics accueillis. Cela apparaît comme un préalable à toute forme de transmission.

  • Par contre trop d’empathie, de proximité peut empêcher la personne de construire son autonomie. Il s’agit de trouver la bonne distance. Ainsi la relation ne peut pas être totalement horizontale, elle se déploie dans un contexte donné dans lequel l’acteur du champ social, salarié ou bénévole, a une mission, un quelque chose à transmettre. Observons que ces questions relationnelles se posent dans d’autres contextes, notamment le cadre médical…

  • La notion de reconnaissance, qui d’ailleurs figure dans une des quatre questions initiales, apparaît dans le cadre de la transmission comme essentielle. Pas de transmission vers autrui sans reconnaissance de ce dernier comme sujet à part entière, tel pourrait être une des devises du champ social. De manière générale, nous avons vu que la reconnaissance joue un rôle important dans la constitution de l’autonomie dite « relationnelle ».

  • En conséquence de quoi, il est nécessaire de partir de la singularité de chaque personne accompagnée par le salarié ou le bénévole. Ainsi devons-nous nous garder de toute perception, identification, catégorisation généralisée et implicitement stigmatisante. Par exemple, chaque femme a une histoire propre et ne peut être réduite à sa posture symbolique de femme voilée.

  • La question conjointe de la transmission d’une tradition qui plonge dans l’histoire et de la construction d’un sujet libre est abordée dans un texte de Michel Tozzi¹ : « Il y a dans la transmission une tension entre tradition et création. La visée de la transmission devrait permettre de créer de la nouveauté tout autant que de rééditer ce qui déjà existe… Mais on ne peut favoriser l’émergence de la liberté d’un sujet – ce qui est le projet démocratique – qu’à condition de ne pas l’enfermer dans le même, l’imitation servile, la répétition mortifère, mais de l’ouvrir à l’altérité, à la nouveauté, à la création, à la rupture… Ce sont ces tensions qui produisent la position désirante : celle de nous faire nous-mêmes à partir de ce que l’on a fait de nous. »

Cependant, il n’y a pas unanimité dans le groupe pour déterminer la nature des relations à construire avec les personnes :

  • pour certains, il est nécessaire de créer une relation solidaire et plutôt verticale, car il faut transmettre les éléments de connaissance et les codes sociaux précis qui leur permettront, entre autres, d’exercer une profession donnée. Autrement dit, il s’agit de développer un respect réciproque dans le cadre d’une relation qui est par nature dissymétrique.

  • pour d’autres, la reconnaissance mutuelle entre le relais du champ social et son public se fait par un échange qui conduit plutôt à une sorte de symétrie dans la relation. En effet, pour favoriser l’autonomie des personnes, il faut entretenir une égalité dans la relation avec les publics.

Cela dit, comme déjà évoqué précédemment, symétrie et asymétrie dans la relation ne sont-elles pas des postures complémentaires qui se constituent alternativement, selon les situations et les moments ?

3 / En quoi l’intervention en direction des publics du champ social peut-elle contribuer à la construction d’un « monde commun » ?

Il a semblé au groupe que la référence au concept de Monde commun, développé par la philosophe Hannah Arendt était très opérant et avait nourri en filigrane la réflexion qui s’était exercée pendant le cycle d’ateliers.

En effet, le « Monde commun », notion centrale dans la pensée de cette philosophe est « ce qui nous accueille à notre naissance, ce que nous laissons derrière nous en mourant ». C’est pourquoi l’un des constituants du « Monde commun » est l’œuvre, la culture. Celle-ci n’ayant pas pour vocation à être engloutie dans le processus de consommation ou d’obsolescence programmée, permet à l’homme d’habiter le monde et d’établir une continuité entre générations. On comprend dès lors l’importance de la découverte d’œuvres d’art de tout genre dont la plupart des associations ici présentes favorisent la rencontre auprès de leurs publics : l’œuvre relie dans l’espace et le temps. L’œuvre fait sens au-delà des frontières et des époques.

Cependant le « Monde commun » n’est pas une entité qui est là, posée devant soi et qu’il suffirait de saisir. Le « Monde commun » est à construire continument, il est un potentiel à réaliser et toujours en devenir et donc jamais achevé. C’est l’homme, nous tous, nous toutes qui le créons. Nous avons vu que le travail social a un rôle majeur dans cette élaboration, notamment au travers de la transmission.

Hannah Arendt précise que le « Monde commun » n’est pas un lieu où tous les hommes et femmes se ressembleraient, partageraient les mêmes conceptions, les mêmes désirs. La pluralité, et la possibilité d’exprimer celle-ci est une des conditions du « Monde commun ». Autrement dit la place publique, la liberté d’expression, la démocratie sont des préalables et des constituants du « Monde commun ». Le « Monde commun » ne peut s’édifier qu’avec la singularité de chacune et chacun.

Cependant, le « Monde commun » n’est en rien une juxtaposition ou une somme d’individualités. Un tas de pierre est un matériau indispensable mais ne ressemble en rien à une maison commune. Autrement dit, au-delà des divergences, des conflits qu’Hannah Arendt juge nécessaire, doit prévaloir une préoccupation partagée pour un même objet. Cet objet est l’impérieuse envie d’un « Monde commun », bien que nous ne soyons éventuellement, pas d’accord sur les modalités d’élaboration et le contenu de ce même monde. C’est pourquoi le « Monde commun » est une tension permanente, un équilibre sans cesse à retrouver. C’est au cœur de ce mouvement que prennent racine nos démocraties et au-delà notre humanité.

Or œuvrer à la réalisation, toujours en devenir, comme un potentiel à réaliser de ce monde commun, au sens où l’entend cette philosophe, traverse l’ensemble des pratiques des membres du groupe, travailleurs sociaux, comme bibliothécaires. Nous allons voir comment :

1/ Nous transmettons ce qui nous a été donné en héritage mais nos publics nous font rencontrer plusieurs héritages, parfois complémentaires mais parfois conflictuels : le monde commun n’exclut pas les échanges conflictuels. Il ne faut pas avoir peur du conflit d’idées, à partir du moment où dans les échanges, on reconnait la place de l’autre. Autrement dit, nous construisons avec d’autres un lien qui nous maintient séparés, non fusionnels, dans la reconnaissance de nos différences réciproques. Il faut avoir une approche stimulante de ces différends afin qu’émergent ce que les Québécois ont appelé les « accommodements raisonnables ».

2/ Les traditions, dont nous venons de voir qu’elles peuvent être conflictuelles, débouchent par l’échange et la confrontation sur l’invention de formes de vivre ensemble nouvelles, qui mettent en œuvre un monde commun qui s’ouvre à l’altérité et à la création. Pour le dire autrement, le passé colorie ce monde commun en devenir à partir de l’expérience différente de chacun.

3/ En s’intéressant à chaque personne dans sa globalité (contrairement à la pratique qui tend à devenir dominante dans les services sociaux, de ne traiter qu’un problème rencontré par une personne en souffrance), en évitant d’assigner les personnes à leur origine, nous aidons chacun à retrouver sa singularité.

4/ En développant la capacité d’agir des personnes rencontrées, nous les aidons à construire leur autonomie en tant que sujet. Ce sont des sujets pensants et libres qui sont en capacité de choisir leur propre identité, une identité choisie, composite, faite de multiples appartenances et trajets de vie, et non une identité réduite à une tradition très souvent qui convoque un passé qui n’a rien à voir avec la réalité présente.

5/ Participer à la création d’un monde commun suppose la participation de personnes dont les trajectoires de vie ne soient pas hantées par la peur, peur de soi-même comme peur des autres. Il s’agit donc de développer chez les personnes accueillies, une capacité à se vivre comme des êtres pensants, pratiquant avec les autres une relation d’égaux.

En guise de conclusion

  • Les modes de relations avec les publics sont fondées sur des formes d’engagement profond. L’engagement professionnel et personnel des salariés et bénévoles constitue la colonne vertébrale du travail social, qui aspire à développer un accompagnement global des personnes.
  • Cet engagement est venu modifier le regard porté par le relais du champ social sur lui-même et sur le « monde ». Le contact régulier avec des publics vulnérables, fragilisés, confrontés à l’isolement, à la précarité et parfois à la maladie, vient orienter différemment et souvent relativiser le regard sur ses propres difficultés et ses frustrations éventuelles.
  • L’engagement dans le champ social est un atterrissage, une immersion dans le réel, il fait prendre conscience de manière concrète et réelle de l’état du monde et de la société dans laquelle nous vivons. A ce titre le groupe souhaiterait que ce mode d’agir en direction des publics du champ social soit plus reconnu et permette de sortir d’un entre soi qui génère, aujourd’hui dans la société française et ailleurs, la peur de l’autre, des pauvres, des étrangers, des différences…
  • L’intervention dans le domaine du champ social concourt, nous l’espérons, à la construction d’un « monde commun » qui nous semble un concept fécond pour que la société française se projette dans un imaginaire collectif dans lequel chacun trouverait sa place.

[1] Michel Tozzi, La crise de la transmission, l’article ici

1. Vous accueillir à la BnF, Pour découvrir les collections

Des jeunes en insertion, initiation à la littérature maghrébine à la BnF

1 mars 2016

A la BnF, le vendredi 12 février 2016 après-midi, la Mission pour la diversification des publics a accueilli l’association COALLIA, une dizaine de jeunes personnes bénéficiaires du dispositif Avenir-Jeunes (16-25 ans en construction d’un projet professionnel). Cette association, depuis 1962, a pour vocation l’insertion sociale et professionnelle.

Initiation à la littérature maghrébine©BnF)

Initiation à la littérature maghrébine©BnF

Accompagnés par leur médiatrice Amina Si Youcef, l’objectif de cette visite pour ces jeunes gens était de se préparer au mieux : être hôtes d’accueil pour le salon de la 22ème édition du Maghreb des livres à l’Hôtel de Ville de Paris. Pour se faire, ils avaient besoin de posséder des connaissances sur la littérature maghrébine.
Un Salon, ayant mis cette année à l’honneur les lettres marocaines, durant lequel ces jeunes ont participé activement en contribuant à l’accueil, au renseignement, avec l’entrain et le dynamisme alimentés la veille, à la BnF; ils ont ainsi pu beaucoup échanger avec les nombreux auteurs invités au salon.

C’est ainsi que Laure Lahaye, chargée de collections au département Littérature et art, leur a présenté les collections de littérature maghrébine en salle G, puis en salle H, la veille de la tenue du Salon.

S'initier, se repérer...©BnF)

S'initier, se repérer...©BnF


Quelques témoignages :

« Le jour de notre visite à la BnF, j’ai bien aimé comment nous avons été accueillis, et toutes les explications que la dame nous a données sur les différentes cultures, et sur l’organisation des livres, et la façon de donner envie de revenir toute seule, pour bien profiter de l’espace.”Djlia

« C’est bien, on a découvert plein de livres. J’ai beaucoup aimé la visite de la BnF.” Lynda

« Pour moi, cela s’est bien passé. La dame nous a dit et montré beaucoup de choses sur les livres arabes. J’ai la carte maintenant, il faut en profiter pour revenir.” Bakary

Une prise de notes, les références...©BnF)

Une prise de notes, les références ...©BnF

2. Récits d'expériences

Mémoires de Chibanis : le film

26 septembre 2014

Le vendredi 12 septembre après midi, au café social Belleville, nous avons pu voir, en avant-première, le film Mémoires de Chibanis…

Premières images ©I.Danoy)

Premières images ©I.Danoy

Patrice et Bruno présentent le film ©I.Danoy)

Patrice et Bruno présentent le film ©I.Danoy


Les participants aux ateliers d’écriture avec Isabelle, l’équipe du Café social, Patrice, Moncef, l’équipe projet BnF, Céline et Jean-Jacques ont pu découvrir le film réalisé par Bruno Detain, Sur un arbre perchés, dans le cadre du projet européen Mémoires de Chibanis, soutenu par le FEI…

Échanges d'impressions ©I.Danoy)

Échanges d'impressions ©I.Danoy

Revivre l'expérience ©I.Danoy)

Revivre l'expérience ©I.Danoy



Beaucoup d’émotion en revoyant des images des ateliers d’écriture, des visites à la BnF et de la cérémonie de remise des recueils…

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3. La BnF et ses métiers

Le métier d’expert fonctionnel… par Catherine Lerouge

1 juillet 2014

Sans eux, pas d’applications informatiques, donc impossible de travailler ! L’expert fonctionnel est pour nous l’informaticien à qui l’on décrit ce dont on a besoin et qui va se charger de la conception puis suivre l’utilisation que l’on fait de l’application développée pour éventuellement la corriger ou l’améliorer… Rencontre avec Catherine Lerouge…

Catherine Lerouge ©Gaspard/BnF)

Catherine Lerouge ©Gaspard/BnF

1. Quel est l’intitulé de votre poste ?
Je suis Expert fonctionnel. Je travaille sur le site François Mitterrand, au Département des systèmes d’information (DSI), Service études et développements, au sein du bureau études et accompagnement. L’expert fonctionnel recueille et analyse les besoins des utilisateurs puis les soumet sous forme de spécifications à l’équipe de développement informatique. Il est donc l’interface entre la technique et le métier.

2. En quoi consiste votre travail ?
Le nom lui-même du bureau auquel je suis rattachée « Bureau Études et Accompagnement » donne une première réponse à cette question : la mission d’un expert fonctionnel sera composée d’études pour satisfaire les besoins des utilisateurs de la bibliothèque (quels que soient la direction, ou le département auxquels ils sont rattachés) et d’un accompagnement au quotidien dans l’utilisation qu’ils feront des applications/logiciels qui auront été mis en place pour répondre à ces besoins.
Mon domaine d’intervention est celui du circuit du document numérique : plus précisément, en amont, les applications de sélection des documents physiques pour alimenter les prestataires internes ou externes de numérisation, mais aussi désormais les partenaires dans le cadre de la filiale ; et en aval, la chaîne de réception et de contrôles des documents numériques produits.
Maintenir cette chaîne, plus connue sous le terme « chaîne d’entrée », c’est entre autres assurer l’alimentation de Gallica (la bibliothèque numérique) et comptabiliser ce qui doit être payé aux prestataires externes : un dysfonctionnement est donc rapidement remarqué !
Si la réactivité en termes de maintenance doit être assurée, elle doit également l’être de plus en plus pour les demandes d’évolutions des applications : il faut répondre aux contraintes des marchés de numérisation ou des partenariats.
Notre domaine, pour l’année 2014, doit définir et lancer les développements informatiques pour accueillir le nouveau marché de numérisation en masse, ses nouveaux critères de comptage des pages numérisées, le nouveau format des images numériques, la nouvelle version du format « epub », l’intégration du département de l’Audiovisuel dans le circuit du document numérique….
L’expert fonctionnel n’est bien sûr qu’un maillon dans le cycle de réalisation des évolutions des applications: il fait partie d’une équipe à la fois technique (conception, intégration, production) mais aussi métier et s’attache donc à respecter la demande initiale de l’utilisateur.

Organisation du travail...au mur ©Gaspard/BnF )

Organisation du travail...au mur ©Gaspard/BnF

3. Comment devient-on Expert fonctionnel ? Quelle formation est nécessaire ?
Après un parcours purement universitaire et lillois (DEUG de mathématiques, puis maîtrise de sciences économiques), j’ai enchaîné sur un Master spécialité administration des entreprises et comme la sortie du monde universitaire ne me tentait toujours pas, j’ai démarré un Master d’analyse financière (ex DEA, diplôme d’études approfondies). Là, je dois dire que cette dernière année m’a permis de connaître un peu mieux ce à quoi je n’étais pas destinée !
Après diverses expériences sur le marché du travail français et un peu britannique, mes finances (là, même le DEA était superflu pour les analyser) m’ont amenée à considérer une reconversion dans le domaine informatique, bien mieux représenté dans les annonces d’offres d’emplois. L’AFCEPF de Paris a considéré que j’avais les capacités pour devenir analyste développeur en 6 mois ; j’ai alors fait une infidélité à mon cursus lillois et le premier pas vers le monde de l’informatique a donc été fait.

4. Etes-vous titulaire ou contractuelle ?
Je suis contractuelle, après 2 contrats à durée déterminée de 3 ans, on m’a proposé un contrat à durée indéterminée…

5. Comment avez-vous choisi ce métier ?
A mon arrivée à la BnF en octobre 2001, j’ai d’abord travaillé au Bureau Conception et Développement du DSI en tant qu’ingénieur développement, pendant 6 ans. Arrivant d’une petite société informatique, où la frontière métier/technique était moins marquée, j’ai finalement constaté que le contact avec l’utilisateur me manquait. J’ai donc demandé à basculer au Bureau Études et Accompagnement. Il me serait difficile, aujourd’hui, de repartir dans le domaine technique….à moins de me relancer dans un cursus d’études !

6. Pour vous, quelles sont les qualités essentielles, nécessaires pour exercer ce métier ?
Outre un bon esprit d’analyse et de synthèse, les qualités relationnelles sont importantes.
L’expert fonctionnel est censé être force de proposition et avancer des solutions adaptées aux besoins : pour dialoguer avec l’équipe métier et l’équipe technique, il doit posséder une culture technique et fonctionnelle.
Il doit faire preuve d’adaptabilité : les besoins et les solutions techniques sont variés et évoluent parfois rapidement….et parfois au même moment.

C. Lerouge, M. Bourgeois, C. Gallos, T. Malecki, C. Fauvel ©Gaspard/BnF)

C. Lerouge, M. Bourgeois, C. Gallos, T. Malecki, C. Fauvel ©Gaspard/BnF

7. Quels sont les avantages de ce métier ?
La diversité du travail : on est en contact permanent avec les utilisateurs que ce soit les ateliers de numérisation, les départements de collections, et bien sur les collègues du DSI.
La possibilité, en tout cas à la BnF, de se former régulièrement : le besoin d’adaptabilité du métier évoquée un peu plus haut est donc bien identifié.
Les conditions de travail : heureusement, l’équipe est soudée : ça ne diminue pas la charge de travail mais cela permet de l’affronter un peu plus sereinement.

8. Ses inconvénients ?
Plutôt que d’inconvénients, je parlerais de “difficultés”, et ce n’est certainement pas spécifique au métier d’expert fonctionnel.
Le domaine de la numérisation est fortement évolutif, il faut donc être réactif pour répondre aux besoins des marchés et des clients. C’est un élément positif du domaine puisqu’il est intéressant d’acquérir et tenter de maîtriser de nouvelles connaissances: mais il faut bien souvent faire évoluer une application pour répondre à cette nouveauté, tout en maintenant le comportement précédent. Si on décide par exemple de recevoir désormais des images numérisées au format « jpeg2000 » sur les nouveaux marchés, on doit néanmoins continuer à recevoir des images numériques au format « tiff » sur les marchés en cours. Une évolution amène bien souvent une augmentation des lignes de codes écrites et donc une augmentation du périmètre de maintenance.
Et puis bien sûr, même si ce n’est pas agréable d’en parler : faire évoluer une application, c’est potentiellement y amener une régression. Même si on s’attache à réaliser des tests de non régression (automatisés ou humains), en supplément des tests des nouvelles fonctionnalités, on peut laisser passer un bug. Il faut alors faire face au mécontentement légitime de l’utilisateur et au surcroit de travail que le dysfonctionnement induit : réparation de données, recherche d’une solution de contournement, préparation d’un correctif en urgence, nouvelle phase de tests et nouvelle mise en production.

9.Comment envisagez-vous votre avenir dans ce métier ? Évolutions techniques, évolution de carrière ?
Les possibilités de mobilité en dehors du DSI sont réduites. Le contenu de mon poste, le domaine sur lequel je travaille et l’équipe à laquelle j’appartiens me conviennent : la question de la mobilité n’est donc pas un problème. Je vais apparemment avoir un parcours moins diversifié que pendant mon cursus d’étudiante !

Pour aller plus loin :

- sur les formats numériques

- sur les métiers de l’informatique