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Des ateliers sur les questions de société à la BnF

15 septembre 2015

L’an dernier, la BnF a commencé à organiser pour les publics relégués socialement des ateliers sur les questions de société . 2 ateliers ont été proposés :

- L’égalité Homme / femme ? , organisé en commun avec la BPI
- Maux et mots de la crise , pour comprendre la crise qui traverse la société aujourd’hui

Cette année, nous avons décidé de réunir les relais du champ social pour imaginer ensemble des thèmes qui vous semblent retenir l’intérêt de vos publics.

Cette réunion aura lieu le 22 septembre à 14 h30 - 16h30, site de Tolbiac, Rendez-vous : entrée principale après les tourniquets.

Pour vous donner envie de participer à un atelier à la BnF , avec vos publics, voici le récit d’un participant à un atelier ” Maux et mots de la crise, le 12 mai dernier :

Tout commence avec un rassemblement à l’accueil de la Bibliothèque François Mitterrand à 13h30, par un temps ensoleillé. Puis, sous la conduite de Sylvie DREYFUS, nous nous engouffrons dans le sous-sol où se retrouvent les chercheurs dans le silence absolu. Ce silence empreint de méditation est un cadre propice pour accueillir les enseignements et échanger avec Patrice BAUBEAU, professeur d’économie à l’université de Paris Ouest de Nanterre.

Bourse des valeurs Agence Meurisse ©Gallica)

Bourse des valeurs Agence Meurisse ©Gallica

Patrice nous emmène à définir ensemble le sens que nous donnons au mot « CRISE »qui est le thème de notre atelier : « La crise : Maux de crise ? Mots de la crise ! »
Il en ressort qu’une crise est un bouleversement qu’il soit positif ou négatif. Comme exemple, il nous cite l’invention du feu qui a été une révolution positive, une crise. Les crises peuvent être graves ou moins graves et ne touchent pas chaque personne de la même manière. Le document qui nous a été distribué au début de l’atelier comporte 7 textes qui illustrent les différentes formes de crise et surtout la réaction des acteurs de notre société face aux situations de crise. Ces acteurs sont : l’Etat, l’Expert, le Prophète, le Peuple.

Le premier texte a été tiré de l’ancien testament, récit de la Genèse, Livre 41, versets 15à 36.
Pharaon cherche à connaitre l’interprétation d’un rêve qui le hante. Il se tourne vers les sages qui sont les Prêtres et les Scientifiques. Il n’a aucun résultat. Il fait donc appel à Joseph, qui prophétise en interprétant ce rêve des sept vaches belles et d’autres sept vaches décharnées et laides : Elles préfigurent les années d’abondance et de famine, c’est-à-dire annoncent les crises à venir. Le rôle du Roi est de réguler et de gérer les récoltes pour s’assurer et assurer que la nourriture produite nourrisse le peuple tout le temps. Et le peuple de son côté doit produire cette nourriture et reconnaitre sa qualité de Roi. La crise se produit quand les objectifs du Chef de l’Etat et les attentes du peuple sont en décalage.
L’Expert étudie sur le passé pour gérer le présent et le futur. Il se base sur des faits vérifiables. Le Prophète s’appuie sur les spéculations (il y a des vrais et des faux Prophètes). L’Expert s’appuie sur le passé pour apporter son savoir. Malheureusement, le monde évolue et les contextes changent, ce qui peut rendre aléatoire son savoir. Le Prophète redonne la confiance. Un Chef d’Etat doit être Expert et Prophète : Allier le savoir et la confiance. Le Général De Gaulle était un grand Prophète.

Le second texte est de Jules Garnier, un économiste du 19ème siècle.
C’est un texte pessimiste d’un Expert déçu. L’Expert n’a pas de réponse à toutes les perturbations. Exemple : Pourquoi les armes sont-elles inventées ? Il n’y a pas de réponse. De nos jours avec la Bourse, lieu de spéculation, ce ne sont plus les hommes qui négocient entre eux, ce sont les machines qui décident dans le monde de la finance. Les Experts et les Prophètes doivent être solidaires avec le peuple pour prévenir les causes de la crise et en atténuer les effets.

L argent Zola©Gallica)

L argent Zola©Gallica

Le troisième texte est d’Emile Zola. Il décrit une situation de crise due à l’échec d’un projet :
Saccard avait un grand projet de construction d’un chemin de fer en Europe de l’Est. Il avait fait rêver beaucoup de personnes qui avaient cru en lui. Ce projet avait échoué et ses partenaires ne lui faisaient plus confiance. Les gens vendaient leurs actions. L’engouement de départ est devenu la débandade générale.
La confiance est un phénomène collectif : La confiance et la méfiance sont des phénomènes contagieux. La spéculation est un pari sur l’avenir. Elle est présente partout dans nos sociétés :
- Les assurances font de la spéculation.
- En Ex-Yougoslavie, elle se présentait sous la forme des pyramides de crédit.
- En Afrique Sub-Saharienne, ce sont les Tontines avec deux variétés :
- 1°) – Tontine de distribution (cotisation et distribution à chaque cotisant à tour de rôle des montants cotisés) ;
2°) – Tontine de capitalisation (on rembourse avec intérêt à chaque cotisant au bout de quelques années : gérée par une personne qui sait le faire).
- La Charia chez les Musulmans : Pas de remboursement avec intérêt, mais des loyers (bénéfices sur l’activité).
La spéculation permet de redonner l’espoir, la confiance.

Le quatrième texte lu était celui d’Upton Sinclair :
Mieux vaut les spéculations à long terme qu’à court terme : Les spéculations à court terme sont les signes de la crise, il faut agir dans l’urgence.
Pour faire face à la crise, il faut construire une parole collective. On peut faire de la dénonciation avec humour pour critiquer en gardant le moral.
Exemple de Coluche qui disait : « Chez moi les fins de mois étaient difficiles, surtout les 30 derniers jours ».
Aussi la chanson La Marquise (1935), critique avec humour.
Nous devons donc rester positifs face à la crise pour avancer avec un bon moral.
Le sixième et dernier texte lu est de Franklin D. Roosevelt, « Mon New Deal », discours du 4 mars 1933 : Mettre en place deux garde-fous pour éviter le retour à la crise.
1°- Surveiller les banques ;
2°- Ne plus spéculer avec l’argent des autres. Prendre des mesures pour disposer d’une monnaie en quantité suffisante mais saine.
Franklin D. Roosevelt crée donc un grand Etat fort pour mettre en place une monnaie unique forte.
L’Etat, l’Expert, Le Prophète, le Peuple doivent s’entendre avec sagesse.

Cette réflexion dans le calme de la bibliothèque François Mitterrand a été très bénéfique de l’avis des uns et des autres. Outre l’apport de connaissances nouvelles par un Professeur d’université, sans être dans un cadre d’un cours magistral, nous avons appris à mettre les mots sur la crise et à identifier les maux de la crise pour pouvoir la traverser avec humour.

De cet atelier, le groupe de thérapie communautaire a adopté l’idée de travailler pour la mise en place d’une bibliothèque vivante qui permette à chacun d’apporter sa pierre à la construction d’une France plus prospère et plus saine.

De : Omer NGUELE GAYENG
Pour le groupe de thérapie communautaire, organisé par le Secours Catholique