Quelques éditions des Pensées de Pascal

Portrait de Pascal. Notice historique consacrée à sa sépulture in L’Eglise de Saint Etienne du Mont par Ernest Dumonthier (Paris : Picard, 1926)

« Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » (Lafuma, 201), « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. » (Lafuma, 60), « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court toute la face de la terre aurait changé » (Lafuma, 413)… Il n’est pas rare qu’une des Pensées de Pascal nous revienne en mémoire. Mais où se trouve-t-elle exactement ? Si le lecteur désire s’aventurer dans le texte même de Pascal, voici quelques repères.

L’édition Faugère (1844) et l’édition Guthlin (1896) sont numérisées en mode texte, ce qui permet une recherche au sein de chaque volume.

Faugère rend hommage dans son introduction aux propositions de Victor Cousin qui dans son Rapport à l’académie française sur la nécessité d’une nouvelle édition de cet ouvrage, en 1843, avait appelé à une nouvelle édition critique des Pensées. Faugère fait le choix de publier ensemble tous les écrits posthumes. On trouve ainsi l’Entretien avec Saci sur Epictète et Montaigne, la Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies et le magnifique texte du Mémorial qui témoigne du profond bouleversement qui saisit Pascal dans la nuit du 23 novembre 1654, quinze jours après avoir réchappé à un accident de voiture sur le Pont de Neuilly.

Les Pensées proprement dites ont été classées par Faugère et regroupées par thèmes, ce qui laissait augurer des éditions postérieures. L’Abbé Guthlin, en 1896, dit prendre appui sur le manuscrit autographe comme l’indique le titre de son édition critique et philosophique. Mais l’avertissement des éditeurs défend encore le point de vue d’un éditeur scientifique qui dispose à son gré du texte original : « ou bien, » est-il écrit, « la disposition des matières lui semblait défectueuse : ou bien les plus belles pensées étaient, à son avis, comme noyées et perdues au milieu de fragments incomplets, d’un intérêt purement archéologique (…) Il entreprit donc de recomposer le volume des Pensées d’après un ordre méthodique qui rappelât, d’aussi près que possible le plan primitivement conçu par Pascal. »

Ces classements, aussi variés que les nécessités de l’édition scolaire ou grand public l’exigent, ne cesseront jamais d’être entrepris par ceux que fascinent les Pensées (voir l’article complet sur le site du Centre d’Etudes sur les Réformes, l’Humanisme et l’Age Classique). Les éditeurs modernes ne prirent définitivement appui sur les manuscrits qu’après les observations décisives de Lafuma et Couchoud, en 1946.

L’édition Guthlin est toutefois pratique lorsqu’il s’agit de retrouver une pensée. Par exemple, le fragment sur les deux infinis où se trouve la célèbre question « qu’est-ce qu’un homme dans l’infini ? » (Lafuma, 199) peut être repéré grâce au module de recherche présent en haut à gauche de la page de couverture. En tapant entre guillemets la question, sans le point d’interrogation, le lecteur trouvera immédiatement le fragment en question.

Pensées de M. Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets, qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers, chez Guillaume Desprez, Paris, 1670.

Pour aller plus loin, le lecteur peut avoir recours à l’édition dite de Port-Royal présente en deux exemplaires sous format image (1670 et 1688). Cette édition est intitulée Pensées de M. Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets, qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers. Ce titre à lui seul nous fait plonger dans l’histoire mouvementée du texte. Les liasses trouvées après la mort de Pascal firent l’objet d’une copie, d’une remise en ordre et d’une réécriture. Ainsi, pour reprendre l’exemple du fragment sur les deux infinis, il fait l’objet d’un développement au chapitre XXII, Connaissance générale de l’homme, qui reste à peu près fidèle au manuscrit.

Cependant, on pourra comparer avec profit des modifications plus importantes. Par exemple, le fragment comportant le passage «…un roi sans divertissement est un homme plein de misères » (Lafuma, 137) figure dans l’édition de 1670 sous une forme sans doute plus respectueuse de la personne royale puisqu’il y est écrit, au chapitre XXVI, Misère de l’homme, « qu’un Roy qui se voit est un homme plein de misères ».

Enfin, il est possible d’explorer le manuscrit des Pensées. Non pas le manuscrit autographe coté Français 9202, dont le lecteur peut toutefois demander des reproductions couleur en interrogeant la base d’images, mais la copie. Celle-ci, cotée Français 9203, est dite « manuscrit Guerrier », du nom du frère Jean Guerrier, héritier de Marguerite Perier, qui la donna en 1731 à la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Germain des Prés. Outre le fait qu’elle offre une version lisible des fragments, cette copie a été faite liasse par liasse, selon le témoignage d’Etienne Perier : « la première chose que l’on fit fut de les faire copier (les écrits) tels qu’ils estoient et dans la mesme confusion qu’on les avoit trouvez » (Préface).

Comme le note P.-L. Couchoud, on y trouve, à la sanguine ou à l’encre, « la lourde main d’Arnauld qui marque d’un B (bon) ou d’un M (mauvais) les morceaux à retenir ou à écarter, la fine main de Nicole qui ajoute au texte de Pascal des compléments qui passeront dans l’édition de 1669. » Ces corrections apparaissent nettement : le mot tyrannique, par exemple, est remplacé par injuste, ou le passage sur la « commodité du souverain » et le fondement mystique de son autorité est rayé en rouge…

Manuscrit des Pensées sur la religion de Blaise Pascal. Français 9203. 472 pages.


Christophe Langlois

Département Philosophie, histoire, sciences de l’homme

Service Philosophie Religion

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2 réponses à Quelques éditions des Pensées de Pascal

  1. nicole marchand-zanartu dit :

    je travaille sur un ouvrage qui sera édité par la Rmn (réunion des musées nationaux et cherche où se trouve le manuscrit de Pascal dans lequel figurent les carrés magiques?
    je vous remercie
    cordialement
    nicole.marchand-zanartu@wanadoo.fr

  2. Gallica - Eric Dussert dit :

    Bonjour,

    Le service SINBAD (Service d’information bibliographique à distance) de la BnF sera en mesure de vous aider dans votre recherche.
    Vous trouverez à cette adresse le formulaire nécessaire : http://www.bnf.fr/fr/collections_et_services/anx_sindbad/a.formulaire_sindbad.html

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    Eric Dussert

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