Les débuts du vaccin (piqûre de rappel)

[Laboratoire avec fioles diverses, appareils de pesée, microscope... et homme assis] : [photographie de presse] / [Agence Rol]
[Laboratoire avec fioles diverses, appareils de pesée, microscope... et homme assis] : [photographie de presse] / [Agence Rol]
Source: Bibliothèque nationale de France

La santé publique a fait un grand pas au XVIIIe siècle avec la découverte de la vaccination. La variole, appelée aussi « petite vérole », connaît plusieurs poussées meurtrières, qui déciment la cour de France. L’une d’entre elles emporte Louis XV, le Bien-Aimé, en 1774. La France reste pourtant réticente au procédé de variolisation, importé en 1717 de l’Orient, qui consistait à inoculer une variole bénigne pour éviter une variole grave. Le médecin suisse Théodore Tronchin parviendra pourtant à inoculer la variole vers 1756 à la cour de Versailles mais la France reste une des dernières nations à adopter cette méthode controversée.

La découverte de la vaccination par Edward Jenner (1749-1823), médecin et naturaliste anglais, part d’un fait exceptionnel, à savoir l’immunisation d’une maladie humaine par une maladie animale. Ses premiers résultats apparaissent en 1798 à Londres et peu après en France :

Recherches sur les causes et les effets de la variolae vaccinae, maladie découverte dans plusieurs comtés de l
Recherches sur les causes et les effets de la variolae vaccinae, maladie découverte dans plusieurs comtés de l’ouest de l’Angleterre, notamment dans le comté de Gloucester, et connue aujourd’hui sous le nom de vérole de vache. Par Edward Jenner,… et traduit de l’anglais par M. L. C. de L.******
Source: Bibliothèque nationale de France

Si de nombreux savants se montrent sceptiques, la vaccination se répand malgré eux d’abord en Angleterre et arrive en France en 1800, par les soins du duc de la Rochefoucault-Liancourt.

Elle a cette fois-ci une réception enthousiaste et la généralisation du vaccin devient rapidement une affaire d’Etat. La circulaire de 1804 de Chaptal : « vacciner les enfants de la patrie et […] de manière plus générale vacciner gratuitement les pauvres » en est une preuve.

Un nouveau pas est franchi le 14 germinal, an XII (4 avril 1804) par la création d’une Société et d’un Comité Central (du vaccin) dont dépendent des comités de départements et d’arrondissements, qui comptait Corvisart, Pinel ou Parmentier parmi ses membres. Ce Comité avait pour mission de répandre massivement la pratique de la vaccination. A la même époque, Napoléon rend la vaccination obligatoire dans l’armée pour les recrues n’ayant pas encore eu la variole.

Malgré les efforts des pouvoirs publics et du corps médical, l’obstacle majeur reste celui du financement et de l’administration. C’est sur l’acte gratuit des médecins que Chaptal, ministre de l’Intérieur en 1810, fonde son espoir. Les médecins sont récompensés de manière symbolique par des médailles et des félicitations officielles mais les moyens financiers manquent à la vaccination, alors qu’il existe une prise de conscience étatique considérable.

Médaille uniface
Médaille uniface
Source: Bibliothèque nationale de France

Quelques soixante ans plus tard, Louis Pasteur prend pour point de départ les travaux de Jenner pour définir les lois générales de la vaccination. Bien que le principe biologique en soit différent, il conserve le nom de vaccination, en hommage à Jenner. Une nouvelle ère, celle des vaccins modernes, commence !

Si la vaccination devient obligatoire en 1883 dans l’armée et en 1886 pour les élèves inscrits dans les établissements publics, ce n’est qu’en 1902 qu’elle deviendra obligatoire pour tout le monde.

Alina Cantau. – Département Sciences et techniques

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4 réponses à Les débuts du vaccin (piqûre de rappel)

  1. C. M. Pyle dit :

    5iv10
    Pour Mme. Alina Cantau
    Département Sciences et techniques de la BNF

    Madame:

    Merci de votre article dans Gallica sur l’histoire des vaccines.

    Dans un autre domaine de l’histoire des sciences et de la médecine, le nom du naturaliste-physicien-philologue, le polymathe zürichois, Conrad Gessner, a, depuis le 18e s., erronément été écrit avec un seul s dans les pays hors de la Suisse.

    La Library of Congress et la PND allemande (à travers la Bayerische Staatsbibliothek) ont récemment changé leurs fiches à la base d’un article: C. M. Pyle, “Conrad Gessner on the Spelling of his Name,” Archives of Natural History, 27 (2000), 175-186.

    Si vous le souhaitez, je pourrai vous envoyer une copie électronique du même article, pour les bibliographes du département Sciences et techniques de la BNF.

    Cordialement,

    C. M. Pyle

    C. M. Pyle, Ph.D.
    FAAR 1978; CASVA iii-iv2001; NIAS 2002-3
    Author & Editor: Das Tierbuch des Petrus
    Candidus, Codex Urbinas Latinus 276, 2 vols.,
    Zurich, Belser,1984 (Codices e Vaticanis Selecti, LX)
    Author: Milan and Lombardy in the
    Renaissance: Essays in Cultural History,
    Rome, 1997 (Istituto di Filologia Moderna,
    Università di Parma: Testi e Studi, N.S.: Studi 1.)

  2. B.J. Slot dit :

    Je croyais que la vaccination commençait avec le médécin Franco-Levantin Emmanuel Timoni de l’île de Chio qui vaccinait les enfants de Lady Mary Montague, femme de l’ambassadeur anglais à Constantinople. La méthode est publiée dans les transactions de la Royal Society de Londres de l’année 1714

  3. Gallica - Eric Dussert dit :

    La vaccination antivariolique commence avec Edward Jenner à partir de 1796 et remplace la pratique de variolisation qui consiste dans l’inoculation volontaire d’une variole bénigne afin d’éviter une variole plus grave.

    C’est Emmanuel Timoni qui fait publier le premier en Angleterre la méthode de l’inoculation telle que pratiquée à Constantinople, en communiquant en décembre 1713 à la Royal Society une lettre en latin qui décrivait cette pratique, lettre traduite et publiée un an plus tard. Emmanuel Timoni est donc considéré comme l’initiateur de l’inoculation en Europe.

    En France c’est Théodore Tronchin qui introduit cette pratique à la cour de Versailles, en 1756, pour varioliser les membres de la noblesse, dont les enfants du duc d’Orléans. Il fournit aussi un article « inoculation » à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

    Je vous remercie pour votre contribution !

    Alina Cantau

  4. Gallica - Eric Dussert dit :

    Votre demande de correction de la forme normalisée du nom de Conrad Gessner a été envoyée au service de catalogage concerné de la BnF.

    En outre, nous recevrons avec plaisir une copie électronique de votre article « Conrad Gessner on the Spelling of his Name » à l’adresse alina.cantau@bnf.fr

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