Jules Huret, grand reporter

Né en 1863 en Normandie, Jules Huret collabore à des hebdomadaires locaux puis devient correspondant de titres parisiens. Il entre à « L’Evénement » en 1886 mais effectue aussi  des piges pour La Lanterne, Le Gaulois, Le Figaro, La Presse… Embauché à L’Echo de Paris en 1890, il y signe une série d’articles intitulée « Enquête sur l’évolution littéraire ». Au total, soixante-quatre écrivains sont interviewés parmi lesquels Paul Verlaine, Octave Mirbeau, Stéphane Mallarmé, Ernest Renan. En les groupant par écoles (naturalistes, néo-réalistes, symbolistes-décadents…), Jules Huret dresse un panorama de la vie littéraire de l’époque tout en pénétrant dans l’intimité des auteurs. Rencontrant un vif succès parmi le lectorat du journal, friand de littérature et d’art dramatique, la série d’articles paraît en volume (Bibliothèque Charpentier, 1891).
Peu après la fin de cette enquête, Jules Huret passe définitivement au « Figaro ». En 1892, gagné par les idées socialisantes, il se lance dans une autre enquête portant sur la montée des revendications ouvrières à la suite de la fusillade Fourmies le 1er mai 1891. L’enquête sur « La question sociale en Europe » commence le 1er août 1892 pour s’achever trois mois plus tard. Comme précédemment, l’ensemble paraît en volume en 1897 puis en 1901 (Librairie académique Perrin & Cie). Ses prises de positions en faveur des ouvriers, sa dénonciation du paternalisme, les portraits peu complaisants qu’il dresse des patrons, lui valent des critiques de quelques collaborateurs du journal. La baisse des ventes du journal l’amène à modérer ses propos. Une interview de l’économiste libéral Paul Leroy-Beaulieu conclut l’enquête.
Huret revient ensuite aux interviews d’artiste du monde du théâtre et de l’opéra (Réjane, Sarah Bernhardt…), reprises pour certaines dans Loges et coulisses (Editions de la Revue blanche). En 1901, plusieurs de ses interviews paraissent en volume sous le titre programmatique Tout yeux, tout oreilles (Bibliothèque Charpentier). A partir de 1902, il voyage à travers le monde, tâchant de saisir l’âme des nations parcourues et délaissant l’interview au profit d’analyses plus approfondies. De janvier 1903 à avril 1904, il visite les Etats-Unis, De New-York à la Nouvelle-Orléans, De San Francisco au Canada (Bibliothèque Charpentier, 1904 et 1905). De juillet 1906 à mai 1907, il se rend en Allemagne. Dans les deux cas, il est impressionné par la modernité de l’urbanisme et s’intéresse à nouveau à la question sociale. Le système éducatif des deux pays retient également son attention. Il apprécie la pédagogie allemande et note le goût prononcé des américains pour la pratique du sport. S’il retourne à plusieurs reprises dans ces deux pays, il découvre également l’Argentine.
Par ses méthodes d’enquête-interview et ses voyages, Jules Huret est considéré comme un pionnier du grand reportage. Il meurt à Paris le 14 février 1915.

Benjamin Premel – direction des Collections, département Droit, économie, Politique.

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