La Bibliothèque-Musée de l’Opéra en lettres

Le projet architectural de Charles Garnier , vainqueur du concours organisé en 1860 pour la construction d’une nouvelle salle d’opéra, intégrait dès son origine une bibliothèque, pour rassembler et conserver les documents relatifs à l’histoire de l’opéra. On pense alors aux archives, dispersées dans différents dépôts, ainsi qu’au fonds musical du bureau de la copie, dont l’origine remonte à la création de l’Académie royale de Musique en 1669.

Charles Nuitter, avocat de formation et vaudevilliste à ses heures, entre à l’Opéra comme traducteur de livret et découvre à cette occasion les archives de l’Opéra qui se sont accumulées depuis près de deux siècles. Souhaitant mettre de l’ordre dans ces documents, il va soumettre au directeur de l’Opéra un plan de classement qui sera accepté en 1861 et va parallèlement être à l’initiative de l’installation d’une bibliothèque au cœur du Nouvel Opéra que Garnier bâtit dans les années 1860. En 1866, il est officiellement nommé archiviste de l’Opéra, et c’est à ce titre qu’il reçoit une abondante correspondance aujourd’hui accessible sur Gallica. Au cours de cette période précédant l’ouverture de la bibliothèque (qui ne sera effective qu’à l’inauguration du Palais Garnier en 1875), son objectif est de rassembler toutes sortes de documents sur le théâtre pour offrir la plus riche documentation possible aux futurs lecteurs.

Ces échanges témoignent de la formation des collections de la bibliothèque et de la constitution des fonds du musée qu’il a très tôt l’idée de rattacher à la bibliothèque. On voit ainsi Nuitter correspondre avec des marchands de tableaux, des libraires anciens, des éditeurs de musique comme Durand, des numismates ou des bibliothécaires . Les uns cherchent à tirer profit de façon plus ou moins honnête de l’ouverture de la nouvelle bibliothèque en proposant des pièces plus ou moins authentiques, tel ce prétendu tableau de Watteau, d’autres, particuliers ou institutions, donnent volontiers livres et partitions pour enrichir le fonds de la bibliothèque.

Note de Félix Taylor, fils du baron Justin Taylor, détaillant la liste des pièces issues de la collection de son père qu’il envoie à Nuitter.

 Les lettres montrent également l’intérêt du monde musical pour cette nouvelle bibliothèque : musicologues, mélomanes, critiques, musiciens échangent avec Nuitter. On peut suivre ainsi le travail de Fanny Pelletan au fil de sa redécouverte des œuvres de Gluck, alors tombé dans l’oubli, ou les recherches d’Edmond de Goncourt  , de Maurice Tourneux  ou de Gustave Desnoiresterres.

En creux se dessine aussi le portrait de Nuitter, accueillant et dévoué, passant un temps considérable à répondre aux courriers qui lui sont envoyés de toute l’Europe et mettant grand soin dans les recherches qui lui sont demandées, comme celles de Friedrich Wilhelm Jähns, le grand spécialiste de Weber, qui sollicite l’aide de l’archiviste sur les premières représentations françaises du Freischütz.

 Lettre de Friedrich Wilhelm Jähns à Charles Nuitter, 28 avril 1880, au sujet du nombre exact de représentations qu’il y a eu à Paris du Freischütz de Weber

 La correspondance s’interrompt brutalement en 1899, à la mort de Nuitter, qui aura passé au total près de 40 ans à l’Opéra. Ses dernières pensées vont à la bibliothèque puisque son testament, déposé aux Archives Nationales, prévoit qu’un tiers de sa fortune lui soit consacré. Nuitter : « Je désire que [cette somme] soit employé[e] en rentes sur l’État, avec affectation des revenus au service de la Bibliothèque et des Archives de l’Opéra ».

 

Clotilde Angleys et Jean-Michel Vinciguerra, Département de la Musique, Bibliothèque Musée de l’Opéra

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