Fourier, le fouriérisme et les fouriéristes


La pensée de Charles Fourier (1772-1837) trouve une place de choix sur Gallica puisque ses œuvres, comme celles de ses disciples, y sont abondamment représentées. D’abord par les éditions de ses principaux traités parues de son vivant, à commencer par la très rare édition originale de la Théorie des quatre mouvements et des destinées générales (1808), où il annonçait ses intuitions fondamentales, qu’il ne fera que perfectionner dans ses livres ultérieurs , auxquels ses contemporains n’accordèrent que peu de cas. Il est vrai que des titres souvent étranges étaient bien mal faits pour en assurer le succès commercial : que ce soit La Fausse Industrie morcelée, répugnante, mensongère, où, en économiste politique, il démontait avec lucidité les mécanismes du capitalisme naissant, ou Le Nouveau Monde industriel et sociétaire (1829), où il se livrait à une analyse des passions individuelles, dans lesquelles il voyait le ressort le plus puissant du développement commun.
C’est la presse qui assura la propagation la plus large de ses théories : d’abord l’éphémère Réforme industrielle ou Le Phalanstère (1832), puis La Phalange (1836-1849), qui se fixèrent le but de donner des applications pratiques à ces idées, en un mot de bâtir le « Phalanstère », de le faire passer de l’état de théorie de la société à celui de bâtiment harmonieux.
« L’école sociétaire », nom officiel associant les disciples de Fourier, était née. Elle regroupa, jusqu’à la fin du XIXe siècle, un nombre important de continuateurs de sa pensée : on pense bien sûr à Victor Considérant (1808-1893), devenu représentant du peuple en 1848 et maître d’œuvre d’une tentative de colonisation phalanstérienne au Texas. Il en était de plus méconnus, ou méconnues (puisque les femmes occupèrent dans ce mouvement une place de choix que leur siècle était loin de leur accorder d’ordinaire) : Zoé Gatti de Gamont, dans un Fourier et son système, se faisait l’interprète du maître, tandis que Clarisse Vigoureux, dans Parole de Providence, le présentait comme le « révélateur de la loi des destinées »
Pendant des décennies, la « Librairie de l’Ecole sociétaire » et la « Librairie phalanstérienne » proposèrent ambitieux traités comme plus modestes plaquettes : le premier livre de François Cantagrel Le Fou du Palais-Royal, riche exposé d’une pensée certes paradoxale, mais pas insensée, fait partie des premiers, tandis que fait partie des secondes le véritable hymne qu’Henri Brissac consacre aux Femmes. Enfin, témoin de la persistance tout au long de ce siècle de ce courant de pensée, la publication, en 1894, de cet Historique de l’Ecole sociétaire fondée par Charles Fourier, dû à Hippolyte Destrem (1816-1894) et à Adolphe Alhaiza (1839-1922) .
Parfois victimes en leur temps de moqueries inspirées par l’incompréhension de leurs idées sociales hardies, et, il est vrai, de leurs provocations, les fouriéristes, comme leur inspirateur, recueillent aujourd’hui l’attention de ceux qui voient en eux des représentants du « socialisme romantique ».

Laurent Portes – direction des Collections, département Philosophie, Histoire, Sciences de l’Homme
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10 réponses à Fourier, le fouriérisme et les fouriéristes

  1. ac dit :

    Merci pour ce nouveau billet très intéressant.

    En commençant à relire ces textes, je me demandais quelle pouvait bien être encore leur actualité aujourd’hui. Certaines propositions sont particulièrement farfelues.

    Lectures en tout cas qui permettent de sortir du dogmatisme libéral actuel, c’est déjà pas si mal.

    P.S. Alhaiza est mort, pour autant que je sache, en 1922.
    P.S.2 Je suis bien un humain, même si je me rends compte que je suis nul en calcul…

  2. Francis dit :

    Ce me rappelle mes cours quand j’étais à l’université, les transformations de Fourier j’en ai fais, refais, et rerefais !

  3. ac dit :

    Puisque vous avez mon adresse mail, vous auriez pu au moins vous donner la peine de me dire pourquoi mon commentaire a été supprimé…

    Je veux bien admettre qu’il n’avait rien d’extraordinaire, mais un petit mot d’explication aurait été le bien venu.

    Cordialement

    • Equipe Gallica dit :

      Bonjour, votre commentaire n’avait pas été supprimé : les commentaires de ce blog sont modérés a priori, ce qui signifie qu’ils sont validés par l’équipe en charge du blog avant d’apparaître publiquement. Nous vous présentons donc nos excuses pour cette validation trop tardive…
      Bien cordialement

  4. hede dit :

    Intéressante cette présentation de FOURIER.
    Mais à propos de CONSIDERANT je vous signale qu’il faut lire
    CONSIDERANT et non pas Considérant. Il n’y a pas d’accent
    sur le e.
    Vous avez oublié GODIN et son phalanstère de GUISE, disciple
    de FOURIER.

  5. SAFAR ZITOUN Madani dit :

    Je fais une recherche sur les expériences utopistes en Algérie, notamment sur la phalanstère fouriérise de Saint Denis du Sig (à côté d’Oran), qui naturellement, excluait les « indigènes » du pays. Je n’ai rien trouvé chez moi. Peut-être existe -t-il un document sur la question dans votre énorme fonds documentaire ? Merci.

    • Desmars Bernard dit :

      Bonjour,
      Les Cahiers Charles Fourier, publiés par l’Association d’études fouriéristes, et disponibles sur le site charlesfourier.fr, comprennent dans leur numéro 16 (2005) deux articles sur l’Union du Sig, en partie rédigés à partir d’une documentation disponible à la BNF, les Bulletins de l’Union agricole d’Afrique.

  6. Desmars Bernard dit :

    Bonjour,
    Je vous signale l’existence d’une Association d’études fouriéristes, qui possède un site (charlesfourier.fr), avec notamment un Dictionnaire biographique du fouriérisme où l’on retrouve les auteurs et personnages cités dans ce blog (Alhaiza est bien décédé en 1922).
    Par ailleurs, je signale une erreur à propos du périodique La Phalange (1837-1843), sur Gallica. Le volume indiqué de la façon suivante 1842/09 (tome 1, vol 6)-1842/12, concerne en réalité, non l’année 1842, mais la période allant de septembre à décembre 1841. Il y a d’ailleurs un autre volume, qui couvre tout le second semestre 1842.
    Enfin, j’ai voulu consulter Le Devoir, l’organe publié par Godin, disciple (hétérodoxe) de Fourier et fondateur du Familistère de Guise; curieusement, seule une année (1901) est numérisée. Pourquoi seulement une année ?
    Cordialement
    B. Desmars

  7. Lacousse dit :

    Bonjour,

    Pour mémoire, un fonds d’archives Fourier et Considérant est conservé aux Archives nationales (10 AS 1 à 42).
    A cause de la grande fragilité des documents, les cartons 10 AS 2 à 31 ont été microfilmés sous la cote 681 M1 3 à 58 et c’est désormais uniquement le microfilm qui est mis à disposition des chercheurs.
    Les archives concernent : Fourier (10 AS 1-25) ; Considérant (10 AS 26-29) ; l’école sociétaire (10 AS 30-42)

    Si cela peut intéresser l’auteur du message du 5 septembre, un dossier « colonie en Algérie » (1847-1870) existe sous la cote 10 AS 31 dossier 3 : il est directement consultable sous forme de microfilm, sous les cotes 681 Mi 51 et 681 Mi 52

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