Denain, la victoire in extremis

Le 24 juillet 1712, il y a 300 ans, le maréchal de Villars remporte la bataille de Denain sur l’armée commandée par le prince Eugène de Savoie

Plan de la bataille de Denain

Plan de la bataille de Denain

Pour comprendre l’importance de cette victoire, il faut se représenter la situation de la France au début de l’année 1712. Le royaume semble au bord de la catastrophe militaire et politique. Au nord, sa principale armée, celle du maréchal de Villars, aligne à peine 70 000 combattants, contre les 130 000 soldats anglais, hollandais, allemands ou autrichiens. La frontière de fer érigée par Vauban a été patiemment grignotée : les Français ne tiennent plus que les places de troisième ligne. Si l’une d’entre elles tombe, il ne reste plus que la Somme pour protéger Paris. Déjà nombre de courtisans pressent Louis XIV de se retirer à Blois. Celui-ci charge cependant son maréchal de tenter une dernière bataille, pour sauver son royaume coûte que coûte.

La guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), la dernière de Louis XIV, a en effet été marquée par une série de déconfitures. Les Alliés, qui contestent l’attribution de la couronne d’Espagne à Philippe V, le petit-fils de Louis XIV, ont successivement écrasé Français et Espagnols à Blenheim en 1704, Ramillies et Turin en 1706, Audenarde en 1708. Dès lors, le roi cherche à tout prix à faire la paix. Il propose même aux Alliés de leur céder toutes les conquêtes réalisées durant son règne : le Nord, les places de l’Est, une partie de l’Alsace. Ceux-ci, sûrs de leurs victoires, repoussent ces propositions. Certes, en 1712, il y a une éclaircie diplomatique. Les Anglais négocient en secret une cessation des hostilités, et quittent l’armée le 17 juillet, mais leur nombre est trop faible pour changer le rapport de force.

L’armée alliée dirigée par le prince Eugène peut donc continuer ses opérations qui consistent à prendre Landrecies, dernière place avant la vallée de l’Oise. Pour cela, il doit installer ses magasins dans le camp retranché de Denain. Grâce à une série de mouvements et de manœuvres de diversion, le maréchal de Villars parvient à tromper Eugène sur sa véritable destination. Alors que le prince Eugène le croit en train de s’attaquer à ceux qui assiègent Landrecies, c’est sur le camp de Denain que, le 24 juillet, Villars lance toutes ses forces. Les Français ont vite fait de se rendre maîtres du camp ; ils perdent environ 1 500 hommes, trois fois moins que leurs adversaires. Et l’essentiel n’est pas là : privée de munitions et de vivres, l’armée alliée est forcée d’abandonner le siège ; puis, dans la foulée, d’abandonner de nombreuses forteresses aux Français.

Cette victoire permet aux Français de ne pas s’asseoir en vaincus aux tables de négociations d’Utrecht (1713) puis de Rastadt (1714). Elle a été largement célébrée en son temps ; Villars, maréchal haut en couleurs, est le sujet au XVIIIe siècle de chansons, et de pièces de théâtre au XIXe. Quelques années avant la Première Guerre Mondiale, le bicentenaire de la bataille de Denain est l’occasion de grandes manifestations dans les rues de la ville éponyme. Son tricentenaire est aujourd’hui inscrit au titre des commémorations nationales.

Clément Oury, département du Dépôt légal

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2 réponses à Denain, la victoire in extremis

  1. lin dit :

    cette victoire était très célèbre

  2. Migarine dit :

    Je me rappelle que l’on avait étudié une chanson sur Villars en classe de musique, que de souvenirs! :)

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