Les portraits de Gallica

Chaque portrait est la tentative d’accéder à ce niveau d’être, tentative rarement réussie, disons modestement esquissée, projet-promesse […]. Chaque fois, c’est presque la même et pourtant elle déborde. Il semble qu’autour de chaque tête il y ait une aura possible avec laquelle cette personne, surtout s’il s’agit d’une femme, joue comme on chantonne, de façon à charmer. On ne saurait mesurer l’être. Un portrait, c’est en quelque sorte un pointillé.

Hélion, Mémoire de la chambre jaune, Paris, 1994

Démonstration de pouvoir et de légitimité, acte de publicité et enjeu de postérité, le portrait est au cœur des représentations, tant littéraires qu’iconographiques. L’histoire du portrait, consubstantielle de celle de l’image, évolue à la faveur des inventions de la gravure, puis de la photographie, qui permettent de le démultiplier, de le montrer, de le faire circuler. Il est donc logique que les collections d’images lui fassent la part belle ! Au sein des collections du département des Estampes et de la photographie, cette omniprésence se vérifie et s’incarne, historiquement, dans une double approche du portrait : documentaire et artistique.

Commerson, Tintamarre : [photographie, tirage de démonstration] / [Atelier Nadar], 1900 : 1 photogr. pos. sur papier albuminé : d’après négatif sur verre ; 8,5 x 6 cm

Des grandes collections de portraits intègrent, rapidement après sa création, le Cabinet des Estampes d’alors. En 1711, Roger de Gaignières fait don de son importante collection qui compte dessins et gravures, notamment de portraits. Il est suivi en 1712 par l’entrée de la collection, elle intégralement consacrée aux portraits dont elle compte 18 000 exemples, de Nicolas Clément, garde du Cabinet. Quelques années plus tard, en 1753, c’est Lallemant de Betz qui transmet sa collection : elle comporte plus de 13 000 portraits en 30 volumes. L’enrichissement des collections de portraits se poursuit au XIXe siècle avec l’acquisition de la collection Laterrade, dont les 15 000 pièces sont quant à elles intégrées aux recueils d’histoire de France. Au XXe siècle, ce sont d’abord l’acquisition de la collection Laruelle en 1932 (plus de 300 volumes de portraits féminins du monde entier, sous la cote NE-63-FOL) puis celle de 75 000 photographies de la collection Sirot en 1955-1956 qui viennent renforcer le poids des portraits.

Si une cote entière, la cote N, est dédiée aux portraits, l’histoire de leur classement et de leur considération reste ambivalente. Œuvre d’un artiste autant que témoin documentaire et biographique, le portrait trouve tour à tour sa place dans les œuvres d’artistes, les séries d’histoire ou des albums constitués de photographies ou d’estampes. Pour satisfaire cette pluralité, un choix s’est longtemps imposé : celui de placer tout portrait, qu’il soit l’œuvre d’un grand graveur, d’un photographe illustre ou bien reproduction, article de presse illustré, au sein d’une série documentaire spécifique, sous les cotes N2 et N3 – on estime que ces deux cotes renferment entre 250 000 et 300 000 pièces. Sauf à considérer, comme l’explique Jean Laran, que si « dans une image, le personnage a moins d’importance que l’événement où il joue un rôle, c’est [la série documentaire] Histoire qui a priorité ». Cette orientation, qui a présidé à la destinée des portraits jusque dans les années 1950-1960 et pour laquelle un index des personnages représentés a été commencé en 1941-1943 et a continué d’être alimenté, a depuis été remise en cause, et ce sont désormais les œuvres d’artistes qui sont privilégiés : tout portrait gravé ou photographique qui intègre aujourd’hui les collections sera classé à son auteur et non à son sujet.

D’Aa à Azuni : 11 000 portraits de personnages numérisés

Le département des Estampes et de la photographie a entrepris d’informatiser ce fichier des portraits. Cette opération a été suivie de la numérisation et mise en ligne dans Gallica, pour les noms de personnes commençant par la lettre A, des 11 000 vues concernées, représentant près de 3 000 personnages. Personnalités méconnues ou oubliées, actrices célèbres du XIXe siècles, hommes politiques, souverains et papes depuis les origines s’y croisent et font écho à d’autres recueils, comme les 60 volumes de l’atelier Reutlinger, riches de 15 000 portraits féminins, les clichés de l’atelier Nadar, en cours de numérisation, les multiples albums de portraits-carte de visite, les figures illustres de l’histoire, les galeries de contemporains, les portraits dessinés des députés de la Constituante ou encore les nombreux sportifs et hommes politiques des fonds d’agences de presse.

Pour aller plus loin :

Catalogue de la collection des portraits français et étrangers conservée au Département des estampes de la Bibliothèque nationale / réd. par Georges Duplessis, 1896-1911

De la gravure de portrait en France, Georges Duplessis, 1875

Exposition virtuelle « Portraits/Visages »

Jude Talbot, Département des Estampes et de la photographie

 

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