Patrimoine imprimé et crowdsourcing : le projet FUI12 Ozalid

Depuis janvier 2012, la BnF participe, avec 8 autres partenaires (Orange, Jamespot, Urbilog, I2S, ISEP, INSA Lyon, Université Lyon 1 – LIRIS, Université Paris 8), au projet de recherche et développement FUI12 OZALID. Il s’agit de concevoir une plateforme collaborative de correction et d’enrichissement des documents numériques.

Le projet FUI12 OZALID repose sur trois objectifs principaux qui consistent à favoriser une approche par crowdsourcing, répondre à une exigence d’accessibilité numérique (pour tous les types d’utilisateurs et pour tous les modes et dispositifs d’accès) et développer des outils et méthodes innovants.

Ce projet de recherche se déroule en plusieurs phases :
-2012-2013 : mise en place d’une interface permettant de corriger des textes numérisés ;
-2013-2014 : mise en place de fonctionnalités permettant, pour un texte donné, de reconstruire la mise en forme du document et de reconstituer un ordre logique de lecture ;
-2014-2015 : mise en place de fonctionnalités permettant un enrichissement éditorial des textes (indexation, vocalisation, annotation, etc.).

Dans le cadre de la première phase du projet, la BnF a fourni des documents numériques provenant de Gallica. Le mode texte de ces documents contient des erreurs, car il n’existe pas à ce jour de solution d’OCR* infaillible permettant de passer d’un document numérisé en mode image à une version en mode texte parfaitement fidèle à l’original. Le seul moyen d’y parvenir est de passer par une phase de correction manuelle pour détecter et éliminer les erreurs restantes (caractères mal reconnus, coquilles, etc.).

Ce projet de recherche envisage une nouvelle méthode de correction collaborative des documents qui s’appuie sur un réseau social pour soutenir et organiser cette collaboration. Avec le premier prototype de la plateforme, il vous sera bientôt possible de tester la correction collaborative :

Prototype de la plateforme de correction : image et texte

Prototype de la plateforme de correction : image et texte

L’amélioration du mode texte des documents de Gallica est un enjeu important, car plus la qualité du mode texte est élevée, plus la recherche au sein de ces documents est performante.

Les autres phases du projet vont permettre de proposer des documents accessibles à l’ensemble des utilisateurs et adaptés aux nouveaux usages mais également d’explorer les possibilités offertes par le crowdsourcing pour l’enrichissement des documents.
Ce projet de recherche s’inscrit dans une approche expérimentale qui vise à tester diverses fonctionnalités collaboratives et sociales – lesquelles pourraient, à terme, être intégrées partiellement ou entièrement dans l’environnement de Gallica.

Les 17, 18 et 19 avril 2013 a eu lieu une première expérimentation à la bibliothèque universitaire de Paris 8 : les étudiants ont pu y tester un prototype de la plateforme, sur ordinateur et sur tablette.

Pour en savoir plus sur les projets de crowdsourcing en bibliothèques, consultez cet état de l’art effectué par les équipes de la BnF en février 2013.

 

Isabelle Josse – Département de la conservation

 

*****************************************

*l’OCR (Optical Character Recognition = Reconnaissance optique des caractères) permet de situer et de reconnaître les chaînes de caractères dans une image pour faire la conversion des mots dans un fichier texte. Cette conversion est assurée automatiquement par un logiciel.

 

L’application Gallica pour iPhone

Comme nous vous l’annoncions ici il y a deux mois, l’application Gallica pour iPhone est désormais téléchargeable gratuitement sur l’App Store !

L’application Gallica, déjà disponible depuis quelques mois pour iPad, est désormais accessible pour iPhone. Elle donne accès à plus de 2 millions de documents (livres, presse et revues, cartes, estampes et photographies, manuscrits, partitions) numérisés par la Bibliothèque nationale de France.

La page d’accueil présente, avec « Les choix de Gallica », une sélection de documents remarquables, mise à jour tous les mois. Un accès aux nouveaux documents et aux livres téléchargeables au format ePub permet de suivre l’actualité des mises en ligne hebdomadaires.

L’entrée « Recherche » permet d’explorer l’ensemble des fonds et d’affiner les requêtes selon plusieurs critères (type de document, auteur, sujet, etc.). Tous les documents sont accessibles en haute résolution ; il est possible de les consulter, de zoomer avec une grande précision, de les partager sur les réseaux sociaux ou par mail, et de les télécharger intégralement pour une consultation ultérieure via des applications tierces.

Une entrée « Favoris » permet également à l’utilisateur de retrouver ses documents préférés après les avoir identifiés comme tel dans le lecteur.

La version mise en ligne aujourd’hui sur l’App Store est compatible avec les iPhones équipés du système d’exploitation iOS 6. Les appareils équipés d’iOS 5 (iPhone 3, iPod touch, iPad 1) bénéficieront d’une version de l’application qui sera mise à disposition sur l’App Store dans quelques semaines.

Les utilisateurs de smartphones Android devront quant à eux patienter quelques mois. Pour plus d’informations, voir ici.

 

Les rencontres de Gallica : la « petite presse »

L'Hydropathe, 5 août 1879

Parallèlement au fleuve de papier que produisent chaque jour les grands journaux nationaux, le XIXe siècle voit apparaître la « petite presse ». Tout à la fois satirique et d’avant-garde, elle se compose d’une nuée de titres aux existences fragiles qui mènent à coup de gazettes rimées, de portraits-charges ou de manifestes une action frondeuse et goguenarde contre tous les régimes et contre tous les académismes.
Contre-pouvoir efficace, la petite presse est appréciée au point que Pierre Larousse la salue dans son Grand Dictionnaire du XIXe siècle en ces termes : « Son rôle a été tout aussi vaillant que celui de la grande presse et elle a toujours eu cette supériorité de n’être pas ennuyeuse. »
Le romantique Jules Janin ajoute : « Le petit journal, cette piqûre et cette fête de chaque jour est un des compagnons de la liberté de la presse. Il rit en piquant, il pique en riant, il trouve, en se jouant, le côté ridicule des hommes les plus graves et des choses les plus sérieuses. Il est la voix qui chante et l’esprit qui médit »
De L’Eclipse à La Lune Rousse en passant par la fameuse Lanterne d’Henri de Rochefort, ces journaux sans assise financière aux rédactions parfois échevelées et « artistes » sont les descendants des feuilles de l’Ancien régime, gazettes ou pamphlets, des organes d’expression, de réflexion et de militantisme publiés « à côté » des canaux officiels d’information.

Informations pratiques

Cette rencontre de Gallica aura lieu mardi 14 mai, de 17h30 à 18h30, Galerie Jules Verne, site François-Mitterrand.
Entrée libre sur inscription : par téléphone au 01.53.79.49.49 ou par courriel : visites@bnf.fr

 

L’affaire Peytel : cartographie d’un crime

Drames judiciaires. Scènes correctionnelles. Causes célèbres de tous les peuples. Première série, rédigée par Ch. Dupressoir. Paris, 1849. Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, F-18987.

 

Les cartes géographiques attribuées à la Bibliothèque nationale de France dans le respect de la loi instituant le dépôt légal des cartes, plans et atlas forment une collection exceptionnelle qui recèle de nombreuses surprises. Deux d’entre elles, déposées en 1839, témoignent d’une affaire criminelle particulièrement sordide.

Ce fait divers concerne le double meurtre dont le notaire Sébastien-Benoît Peytel fut accusé d’être l’auteur. Fait rare pour l’époque, les crimes et leur retentissement intéressèrent les contemporains au point que deux cartes avec l’emplacement précis des corps furent publiées. L’une d’entre elles comporte un portrait de Peytel. Il faut regarder attentivement ces cartes des environs de Belley, dans l’Ain, datant de 1839, pour comprendre ce qui en faisait l’intérêt aux yeux des contemporains. Sur celle publiée par H. Brunet, on peut apercevoir en haut à gauche, près du pont, et en bas à gauche, près de la croisée des chemins, la figuration des deux cadavres. Le corps sur la montée de la Darde est celui de Louis Rey, domestique de Peytel. Il fut retrouvé face contre terre, la tête brisée à coups de marteau. La dépouille près de la rivière est celle de l’épouse du notaire, Félicie Peytel.

Les archives judiciaires révèlent que les lieux de ce double homicide furent inspectés sous la pluie battante, le 2 novembre 1838, à 4 heures du matin. Quatre heures avant, Sébastien-Benoît Peytel était venu déclarer au président du Tribunal civil de Belley un attentat dont sa femme venait d’être victime et qui avait menacé ses jours. Notaire nouvellement établi à Belley, Peytel déclara qu’il revenait de Mâcon avec deux voitures, l’une qu’il conduisait et dans laquelle se trouvait sa femme, l’autre que conduisait Louis Rey, son domestique. Après qu’ils eurent passé le pont d’Andert, son domestique, qui en voulait à son argent, lui aurait tiré à bout portant, un coup de pistolet, qui le manqua, mais qui atteignit sa femme enceinte de six mois et la tua. Toujours selon sa déposition, Peytel aurait poursuivi le domestique sur la route et, l’ayant atteint, il l’aurait assommé à coups de marteau.

La justice et la gendarmerie se rendirent aussitôt sur les lieux. Un pistolet déchargé fut découvert près de chacun des cadavres. Peytel, qui n’était marié que depuis six mois, fut soupçonné et placé en détention.

[Village de Rotonnod pour l'explication de l'affaire Peytel] / H. Brunet. Lyon, 1839. Bibliothèque nationale de France, département des Cartes et plans, GE DL 1839-227

 

L’affaire prit alors une tournure politique. Peytel avait été critique littéraire, actionnaire de la revue littéraire Le Voleur à laquelle Balzac avait collaboré, et journaliste politique. Mais surtout, sept ans auparavant, il avait fait paraître dans le journal Le Siècle, sous le pseudonyme « Louis Benoît, jardinier » une Physiologie de la Poire… où la poire en question n’était autre que le roi Louis-Philippe caricaturé. Alphonse de Lamartine, le dessinateur Paul Gavarni et Honoré de Balzac soutinrent le notaire. Mais rien n’y fit : on reprocha à Lamartine son parisianisme, à Gavarni ses sympathies anti-gouvernementales et à Balzac sa tenue négligée ! La justice trancha et Sébastien-Benoît fut guillotiné le 28 octobre 1839 sur le champ de foire de Bourg-en-Bresse.

Peytel était-il coupable ? Pour Maître Pierre-Antoine Perrod, qui a consacré en 1958 pas moins de 610 pages à l’affaire, Peytel fut victime d’une erreur judicaire. Les avis les plus récents sont davantage nuancés. Dans un article de la revue L’Année balzacienne Michel Lichtlé explique que Balzac croyait en la culpabilité du notaire, mais pensait qu’il avait agi sans préméditation et sans cupidité. Certains ont avancé que la femme et le domestique furent amants et que Peytel les aurait tués par jalousie. Cependant, si le fait divers a très vite laissé les cercles parisiens indifférents, l’auteur de La Comédie humaine s’est démené pour défendre Peytel. Il aura au moins permis que son nom ne tombe pas totalement dans l’oubli.

 

David Boudaud, département des Cartes et plans

 

Pour en savoir plus :

L’affaire Peytel, Pierre-Antoine Perrod. Paris, Hachette, 1958.

« Balzac et l’affaire Peytel. L’invention d’un plaidoyer », Michel Lichtlé, in L’Année balzacienne, 2002 (n° 3).

Vilmorin : une maison, une famille.

Publicité Vilmorin-Andrieux, 1895

Les graines Vilmorin, un nom connu dans le monde entier !

Ce nom rayonna dans le monde puisque –rapidement rappelé- la société introduisit les premiers plans de vigne au Japon en 1878, installa une station expérimentale en Russie au début du XXème siècle et les traductions de Description des plantes potagères furent fréquemment rééditées aux Etats-Unis et en Angleterre…

Aujourd’hui l’entreprise réalise l’essentiel de son activité hors d’Europe. Et pourtant la maison est née en plein cÅ“ur de Paris, quai de la Mégisserie et fut l’œuvre de plus de six générations d’une famille de botanistes passionnés. Mais revenons aux débuts de l’histoire familiale…

Naissance de la dynastie

L’aventure commença quand Philippe Victoire Lévêque de Vilmorin, amoureux de médecine et de botanique épousa une maîtresse grainière Adelaide d’Andrieux. Cet ancêtre, Philippe Victoire Lévêque de Vilmorin (1746-1804) fut collaborateur d’Auguste Parmentier. Il reprit donc le magasin fondé par les parents de sa femme et donna naissance à l’entreprise commerciale de graines Vilmorin-Andrieux. Membre de l’Académie d’Agriculture de France, il participa à de nombreuses commissions et rédigea, avec d’autres, avis et rapports tels  Instructions sur les moyens de conserver les pommes de terre. Un des premiers catalogues de la maison Vilmorin, daté de 1783, témoigne déjà de la grande richesse de l’entreprise.

Catalogue Vilmorin, 1783

Catalogue Vilmorin, 1783

Développement de l’entreprise

Son fils Philippe André de Vilmorin (1776-1862) poursuivit l’œuvre de son père : il acquit en 1821 le domaine des Barres en Sologne et y fit pousser une forêt expérimentale où il put étudier les pins et les chênes comme en témoigne ce catalogue des végétaux ligneux et exotiques existant sur le domaine forestier des Barres-Vilmorin. Il déplaça le centre des cultures expérimentales et commerciales à Verrières le Buisson en Essonne ou fut transportée la fameuse collection de pommes de terre remise par Parmentier à la Société Impériale d’Agriculture, la maison Vilmorin étant chargée d’en prendre soin et de la développer.

Louis de Vilmorin (1816-1860), fils du précédent,  apporta, à son tour, sa pierre à l’édifice familial comme le rappelle cette note post-mortem de P. Duchartre à son égard : il rendit compte de ses expériences dans le Bulletin des séances de la Société royale et centrale d’agriculture, contribua régulièrement à l’Almanach du Bon Jardinier. Il publia le premier une note sur le quinoa et son introduction en Europe et contribua à la création d’une nouvelles race de betterave.

Son fils Henri Levêque de Vilmorin (1843-1899), lui aussi botaniste, publia notamment sur le croisement, la sélection et la culture du blé. Il était passionné par les débats naissants sur la génétique. Président de la Société botanique de France, il accueillit, à ce titre, de nombreux congrès internationaux de botanique à Verrières-Le-Buisson.

Henri  lança à son tour son fils, Philippe Levêque de Vilmorin (1872-1917) dans le métier en lui confiant la rédaction de l’ouvrage suivant Les Fleurs à Paris, culture et commerce en 1892. Dans l’introduction de cet ouvrage, il déclare qu’il donne « tout son concours à la disposition d’un débutant [son fils] soucieux de faire son entrée dans le monde par un travail utile et de prendre rang à la suite de  quatre générations d’hommes passionnés pour l’étude des choses horticoles et agricoles ». Botaniste comme ses ancêtres, Philippe de Vilmorin fut aussi collectionneur de plantes et entreprit la création de l’arboretum de Pézanin en Bourgogne.

Une dynastie… littéraire !

Une de ses filles  Louise de Vilmorin fut également célèbre : écrivaine, elle eut pour compagnon Antoine de Saint Exupéry puis André Malraux mais elle n’était pas botaniste. Toutefois, pour entretenir l’histoire familiale, à côté de Louise l’écrivaine, parmi les enfants de Philippe, il y eut Roger et André de Vilmorin, tous deux horticulteurs et ayant travaillé chez Vilmorin-Andrieux !

La maison Vilmorin fut d’abord rachetée en 1972 par un agriculteur angevin, quittant l’emprise de la famille fondatrice (André de Vilmorin la quitta en 1962) et le fief de Verrières-le-Buisson pour La Ménitré en Maine et Loire. Elle fut ensuite cédée en 1975 au groupe Limagrain.

Nathalie Aguirre – Direction des collections