Navarin : un plan de la bataille

Le 20 octobre 1827, les forces navales anglaise, russe et française remportent à Navarin (Grèce) une importante victoire sur la flotte de l’Empire ottoman. Pour garder trace officielle de ce haut fait, c’est tout naturellement vers le peintre Louis Garneray (1783-1857) que les autorités se tournent. Familier des combats maritimes dans l’océan Indien comme des prisons flottantes anglaises, ancien matelot de Surcouf et auteur de récits maritimes tirés de sa propre expérience, il est missionné par le ministre de la Marine dès le mois de novembre 1827 pour aller recueillir, sur les lieux, la matière nécessaire à la réalisation d’un tableau commémoratif. Plusieurs versions de ce tableau sont conservées dans les musées français, notamment à Versailles et Narbonne. Le département des Cartes et Plans de la BnF conserve de cet épisode une gravure de Garneray lui-même qui, grâce aux éléments fournis sur les lieux par des témoins directs du combat, a pris en note les positions, les directions et les manœuvres qui ont conduit à la victoire de la marine alliée.

Plan de la bataille navale de Navarin / dressé par Mr L. Garneray d’après les renseignements qui lui ont été fournis par MM. les officiers de marine des escadres alliées. Bibliothèque nationale de France, département des Cartes et plans, GE D-4764

Le document consiste en un plan général du combat, avec la localisation des forces en puissance et des quelques éléments de topographie indispensables à la compréhension de la scène ; au-dessous de ce plan proprement dit, une vue en perspective du combat depuis l’île de Sphactérie, à peine croquée, annonce le tableau en préparation. Le schéma fut-il antérieur ou postérieur au tableau lui-même, avec lequel la ressemblance est frappante ? Les registres d’inventaire ne permettent pas de le savoir avec certitude. Mais nous avons ici un témoignage intéressant sur le relevé des informations nécessaires à la constitution d’un tableau historique. C’est à ce titre que la Bibliothèque Nationale le présente, en 1927, en bonne place dans l’exposition réalisée à l’occasion du centenaire de la victoire de Navarin.

Notons aussi que, comme souvent dans la vie de Garneray, le romanesque est toujours présent : lors du voyage de retour vers Toulon, à l’été 1828, après de nombreuses péripéties qui lui font notamment contracter une forte fièvre à Smyrne, il connaît un sévère conflit avec Reynouard, le capitaine de La Caravane, la corvette qui l’a mené à Navarin. Ce conflit se règle le 12 août par un duel au pistolet, au cours duquel le capitaine sera mortellement blessé. Garneray poursuivra alors sa carrière de peintre de marines et passera à la postérité sous la plume d’Hermann Melville qui, dans le célèbre Moby Dick, louera ses tableaux et dira à son sujet : « Les Français sont des gars faits pour peindre l’action ». Peindre… et cartographier.

Guillaume Lebailly, département des Cartes et plans

 

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