De l’agriculture coloniale à l’agronomie tropicale : les collections de la bibliothèque historique du Cirad

À la fin du XIXe siècle, la France de la IIIe République s’est constitué un immense domaine colonial dans les régions intertropicales d’Afrique et d’Asie. À la période des conquêtes et des explorations, va succéder celle de l’inventaire des ressources naturelles des territoires assujettis et de leur exploitation.

Séchage artificiel du cacao (système Guardiola)

Séchage artificiel du cacao (système Guardiola)

Dans le même temps, les premiers jardins d’essais de cultures sont créés dans les colonies, pour rassembler et étudier les espèces végétales, indigènes ou introduites, économiquement intéressantes. Afin de coordonner les activités de ces jardins, de centraliser leurs résultats et de faciliter leurs échanges, il est décidé de créer, en Métropole, le Jardin colonial. Fondé en février 1899 sous la tutelle du ministère des Colonies, cet organisme s’installe en lisière de la commune de Nogent-sur-Marne, sur une parcelle du bois de Vincennes concédée en 1862 au Muséum national d’histoire naturelle.

Agronome de formation, Jean Dybowski en est nommé directeur. Il va mettre aussitôt en place un Service des renseignements chargé de rassembler toutes les informations disponibles sur les produits tropicaux et sur les techniques culturales des plantes qui les fournissent. Afin de favoriser la diffusion de ces informations auprès des institutions et des particuliers impliqués dans la mise en valeur du domaine colonial, la revue mensuelle « Agriculture pratique des pays chauds » est publiée dès septembre 1902. Elle est relayée en 1913 par la revue « L’Agronomie coloniale », dont la parution est interrompue en 1939 pour reprendre, en 1946, sous le titre « L’Agronomie tropicale ».

Etapes de la pousse du coton

Etapes de la pousse du coton

À la même époque, il existe d’autres publications, complémentaires de celle du Jardin colonial. La « Revue des cultures coloniales » est éditée de 1898 à 1904 par l’Union coloniale française. L’Office colonial, qui deviendra en 1919 l’Agence générale des colonies, publie un bulletin mensuel, de 1908 à 1934, qui traite plus particulièrement des questions économiques et commerciales. Le « Journal d’agriculture tropicale », de J. Vilbouchevitch, publié de 1901 à 1919, s’ouvre beaucoup plus à l’international et consacre un nombre important de pages aux bibliographies annotées. La « Revue internationale des produits coloniaux », éditée à partir de 1926, publie de nombreux articles de fond sur les filières des plantes et des produits tropicaux. Le Comité d’encouragement aux recherches scientifiques coloniales soutient la publication de deux revues spécialisées : « Riz et riziculture » et « Coton et cultures cotonnières », qui paraissent de 1925 à 1939.

Site de la bibliothèque historique du Cirad @Cirad

Site de la bibliothèque historique du Cirad @Cirad

Le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) est un établissement public à caractère industriel et commercial (Epic), créé en 1984. Il résulte de la fusion des huit instituts de recherche spécialisés en agronomie, médecine vétérinaire et exploitation forestière des régions tropicales, fondés entre 1942 et 1960. Sa bibliothèque historique, installée dans l’un des bâtiments de l’ancien Jardin colonial, assure aujourd’hui la gestion du fonds patrimonial constitué à partir de 1899. Aujourd’hui grâce à l’appui de la BnF, le Cirad entreprend la numérisation de ces collections de revues qui ont contribué à mieux faire connaître les milieux tropicaux et méditerranéens dès le début du XXe siècle.

Billet rédigé par Serge Volper, agronome, responsable de la bibliothèque historique du Cirad à Nogent-sur-Marne.

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5 réponses à De l’agriculture coloniale à l’agronomie tropicale : les collections de la bibliothèque historique du Cirad

  1. Rémy dit :

    Magnifique initiative! Avec un peu de chance, la direction de l’INRA aura l’idée de suivre cette voie (et aussi de prendre vraiment en considération ses propres archives). La bibliothèque de l’Institut national agronomique (INA), aujourd’hui AgroparisTech serait bien inspirée de suivre cette même voie, ainsi que celle de l’Académie d’Agriculture… On sait bien que dans le domaine de l’agriculture « c’est le fonds qui manque le moins ».

  2. gervereau dit :

    Merci à Serge Volper de ce bel article. Juste une précision pour Remy, AgroParisTech a pris depuis plusieurs années en mains les chantiers historiques et de valorisation du patrimoine (voir le site http://www.agroparistech.fr). D’abord en constituant le Comité pour l’histoire d’AgroParisTech avec archives et dernièrement l’exposition présentée aux journées du patrimoine et visible en ligne « AgroParisTech, une longue histoire ». Ensuite, en créant le CIRE (Centre international de recherches sur l’écologie) destiné à valoriser les archives et tous les fonds anciens de ses différents sites, en sauvant aussi des collections extérieures sur agriculture et questions environnementales. Enfin en créant plusieurs réseaux professionnels, dont le Réseau patrimoine du vivant et écologie, dont Serge Volper est membre, ce qui nous a permis d’avoir le plaisir de faire plusieurs réunions chez lui au parc René Dumont (René Dumont dont nous avons par ailleurs toutes les archives). Laurent Gervereau

  3. isacert dit :

    Magnifique initiative

  4. Vincent dit :

    A ajouter absolument dans cette bibliothèque, qui comble une réelle attente, l’ouvrage d’un agro qui a travaillé en agro tropicale : Jean Salette qui a fait paraître l’an dernier chez l’Harmattan « Propos éclectiques d’un agronome ».
    La plume est bonne et le fond nous amène assez loin.
    Je recommande vivement.

  5. Berthe dit :

    Mon commentaire sera une énigme.
    De quelle plante tropicale en lien avec cet article se compose de 4 lettres.

    (pour ceux qui veulent tricher : http://plantetropicale.com/les-plantes-tropicales-en-4-lettres-pour-mots-croises/)

    Bonne journée a tous!

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