Auguste Maquet, écrivain et collaborateur d’Alexandre Dumas

 

Auguste Maquet, dessin par Nadar : [caricature, deux esquisses de têtes

Le bicentenaire de la naissance d’Auguste Maquet a été l’occasion d’attirer l’attention du public sur un homme de l’ombre qui, auprès d’Alexandre Dumas, imagina et écrivit nombre d’œuvres indissociables de l’imaginaire romanesque français.

Né le 13 septembre 1813, Auguste Maquet fut élevé dans les belles-lettres par la volonté de son père, riche industriel de la rue Quincampoix. Élève au lycée Charlemagne, il fut nommé à l’âge de seize ans répétiteur de latin et de grec puis à dix-huit ans professeur suppléant de rhétorique dans le même établissement, ce qui lui permit de gagner rapidement son indépendance.

Docteur ès Lettres destiné à faire carrière dans l’enseignement, Auguste Maquet côtoyait en dehors de l’Université le petit cénacle romantique qui a inspiré à  Théophile Gautier  un recueil de nouvelles. Il participa à la « Bataille d’Hernani » auprès de Petrus Borel et de Gérard de Nerval. Il se faisait nommer alors Auguste Mac-Keat et son ami Gautier l’a évoqué dans son Histoire du Romantisme. Maquet fréquenta aussi le groupe bohème de la rue du Doyenné qui se réunissait dans l’appartement du peintre Camille Rogier. Durant cette période, il collabora avec Nerval et écrivait dans plusieurs journaux dont L’Entr’acte, Le Vert-Vert et Le Journal de Paris.

Son échec à l’agrégation ès lettres en 1832 amena Maquet, quelques années plus tard, à se consacrer exclusivement à la littérature. « Je vais demander à la littérature, écrira-t-il alors, ce que l’Université me refuse : gloire et profit. »

En novembre 1838, Maquet remit à son ami Nerval Un Soir de Carnaval, pièce inspirée par le Journal de la Régence de Jean Buvat, qu’il n’arrivait pas à faire jouer. Nerval jugea que la pièce devait être remaniée et, après avoir écarté Lockroy qui voulait être cosignataire, il proposa à Alexandre Dumas de la reprendre. Dumas accepta, réécrivit la pièce en suivant le plan de Maquet, la rebaptisa Bathilde sans pour autant la signer.

Auguste Maquet, se sentant redevable, offrit à Dumas, perclus de dettes, un roman historique qu’il n’avait pas réussi à faire publier pour la simple raison qu’il n’était pas encore « un nom ». Ainsi, le Bonhomme Buvat ou la Conspiration de Cellamare remanié par Dumas fut publié dans Le Siècle le 28 juin 1841 sous le titre du Chevalier d’Harmental. Le succès fut immédiat. L’année suivante, Maquet confia au grand homme un autre manuscrit Sylvandire que Dumas signa seul sans opposition de l’auteur.

En 1844, Maquet vint trouver Dumas pour lui soumettre les premiers volumes d’une aventure historique inspirée des Mémoires de d’Artagnan. Cette œuvre que Dumas publia en feuilleton dans Le Siècle puis en volumes chez Baudry devint  Les Trois mousquetaires. S’ensuivit entre les deux hommes de lettres une collaboration très fructueuse qui donna naissance au fil des années à des œuvres parmi les plus célèbres du XIXe siècle.

 

Mais deux maux vinrent gangrener cette association prolifique : l’argent et la susceptibilité. La graine de la discorde fut semée dès 1845 par Eugène de Mirecourt qui dans son pamphlet intitulé Fabrique de romans maison Alexandre Dumas et Cie remettait en cause la paternité des œuvres de Dumas. Dumas et Maquet déposèrent tous deux plaintes au tribunal, le premier pour diffamation et le second pour avoir été mis en cause de manière abusive.

Les épisodes judiciaires se succédèrent, Dumas cherchant à protéger ses intérêts et Maquet à obtenir reconnaissance et rémunération de ses droits d’auteur. Si Dumas acceptait de renoncer à être le seul auteur des pièces de théâtre tirées des romans, il refusait catégoriquement de céder sur la paternité des œuvres romanesques et souhaitait faire taire les revendications de Maquet.

Compromis, procès pour impayé, accord non respecté accompagnèrent la relation des deux écrivains jusqu’à la faillite du Théâtre Historique en décembre 1850. Maquet publia désormais seul. Il intenta toutefois un second procès en 1857 dans le but de récupérer une somme que Dumas lui devait. Cette fois la justice considéra Maquet comme un simple créancier et lui accorda 25% des droits d’auteur contre son renoncement à la paternité des ouvrages écrits avec Dumas. Au cours des vingt années qui suivirent, deux tentatives de rapprochement se soldèrent toutes deux par des plaidoiries. Dumas fit en 1868 une ultime démarche de conciliation en cherchant à s’acquitter de ses dettes envers Maquet. Mais ce fut encore une fois l’occasion d’un affrontement.

La rupture avec Dumas ne mit pas fin à la carrière d’écrivain d’Auguste Maquet. Au cours de sa carrière, il eut l’occasion de publier des œuvres originales qui furent chaudement reçues par la critique. Maquet fut, pendant plus de douze ans, président de la Société des Auteurs et des Compositeurs Dramatiques  et s’il échoua, à l’instar de son ami Jules Lacroix, à entrer à l’Académie, Auguste Maquet obtint en 1861 une part de la reconnaissance à laquelle il aspirait en étant promu Chevalier de la Légion d’Honneur.

C’est en son château de Sainte-Mesme « gagné de [sa] seule plume », et où il s’était retiré, qu’Auguste Maquet décéda le 8 janvier 1888. Il repose au cimetière du Père-Lachaise, sous un monument orné d’un médaillon en bronze. Autour de son portrait, sont gravés d’un côté le titre d’œuvres qu’il avait publié sous son nom et de l’autre celles écrites avec Dumas. La revendication de la paternité de ces romans avait pris aussi une autre forme, plus discrète et plus amère cependant. Dans sa bibliothèque, Auguste Maquet conservait un exemplaire unique des Trois mousquetaires qu’il avait fait relier en maroquin rouge et sur lequel on pouvait lire la mention suivante :

Les trois mousquetaires par A. Dumas et A. Maquet.

A ses obsèques, Alexandre Dumas fils, empêché par des circonstances extérieures, ne put prononcer le discours qu’il avait préparé pour l’occasion. L’auteur de La Dame aux camélias s’y plaisait à imaginer que les deux hommes de plume se réconciliaient dans l’au-delà, entourés des personnages dont ils avaient narré les aventures dans leurs écrits.

 Nathalie Hersent

Département Littérature et art

Œuvres publiées sous le nom de Maquet

Romans : Le beau d’Angennes (1843), Deux trahisons (1844), Le Comte de Lavernie (1852), La Chute de Satan (1854), La Belle Gabrielle (1854-1855) , La Maison du baigneur (1857), Dettes de cœur (1857), L’Envers et l’Endroit, épisode de la fin du règne de Louis XIV (1858), La Rose blanche (1858-1859), Les Vertes Feuilles (1862).

Théâtre : Valéria avec Jules Lacroix (1851), Le Château de Grantier (1852), La Chambre rouge avec Théodore Anne (1852), L’Enfant du Régiment avec Théodore Anne (1854), les adaptations du Comte de Lavernie (1854), de La Belle Gabrielle (1857), des Dettes de cœur (1859), de La Maison du baigneur (1864), Le Hussard de Bercheny (1865).

Un opéra La Fronde avec Jules Lacroix et dont la musique fut composée par Louis Niedermeyer (1853).

Des ouvrages d’histoire : Histoire de la Bastille depuis sa fondation (1374) jusqu’à sa destruction (1789) avec Auguste Arnould et Jules-Edouard Alboize du Pujol (1844), Les Prisons de l’Europe avec J.-E. Alboize du Pujol (1844) et Paris sous Louis XIV. Monuments et vues (1883).

Œuvres publiées avec Dumas :

Des romans : Les Trois mousquetaires (1844), Vingt ans après (1845), Le Comte de Monte-Cristo (1844-1845), La Reine Margot (1845), La Guerre des femmes (1845-1846), La Dame de Monsoreau (1846), Le Chevalier de Maison-Rouge (1846), Les Mémoires d’un médecin : Joseph Balsamo (1846-1849), Le Vicomte de Bragelonne (1847-1850), Le Collier de la Reine (1849-1950), Ange Pitou (1850-1851), La Tulipe noire (1850) et La Comtesse de Charny (1852).

Des pièces de théâtre : Les Mousquetaires (1845), La Reine Margot (1847), Monte-Cristo (1848), La Jeunesse des mousquetaires (1849).

Cette entrée a été publiée dans Collections, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Auguste Maquet, écrivain et collaborateur d’Alexandre Dumas

  1. BEUZELIN Claude dit :

    La controverse, y compris juridique, Maquet-Dumas présente l’avantage de bénéficier d’une documentation complète qui permet à n’importe quel lecteur de se faire une idée assez précise de ce qui s’est passé réellement entre ces deux écrivains. De mon point de vue, Dumas n’en sort pas forcément grandi, moralement parlant s’entend. Elle en rappelle une autre qui a fait couler beaucoup d’encre mais n’a pas, à ma connaissance, présenté le même avantage de clarté. C’est la question : Shakespeare avait-il oui ou non un (ou des) collaborateur(s) qui, à l’inverse de Maquet, ne recherchaient ni la fortune ni la renommée pour des raisons sociales ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*


3 − deux =

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>