Numérisation et travail de dentellières : les recueils et ensembles manuscrits de consultations médicales écrites à la BIU Santé

Notre relation à la documentation a été bouleversée ces dernières années par les immenses chantiers de numérisation entrepris dans le monde entier. Ce travail qui marque un tournant majeur dans l’histoire des bibliothèques et qui mobilise le plus clair de l’argent et de l’énergie ne doit pas faire oublier que des projets précis de recherche exigent parfois un travail de dentellières.

Fables de La Fontaine (éde. 1759)

Fables de La Fontaine (éd. 1759)

Il en a été ainsi pour un petit corpus de manuscrits de la BIU Santé, qui éclaire d’un jour intéressant la pratique médicale au XVIIe et au XVIIIe siècles. Il s’agit de consultations par lettres, rédigées par des médecins à la demande de patients ou d’autres praticiens. Elles nous introduisent dans le détail de la pratique thérapeutique, mais aussi des relations entre médecins et patients et entre gens de médecine.

Guy Patin

Guy Patin

Ce corpus a été très demandé en salle de lecture notamment vers 2007–2008. Certains de ces manuscrits – la correspondance de Geoffroy, médecin parisien, et celle de Guy Patin - présentaient pourtant de nombreux problèmes matériels : une dégradation importante, un conditionnement en reliures anciennes avec des papiers reliés souvent trop serré, repliés sur eux-mêmes, parfois dégradés par des encres férogalliques. Il a donc fallu se résoudre à rendre les originaux incommunicables à nos lecteurs pour interrompre des dégâts déjà très sérieux. La numérisation aurait été évidemment très souhaitable pour permettre aux chercheurs qui utilisaient ces documents de continuer leur travail, mais elle était impossible en l’état.

Feuillet 50 avant restauration

Feuillet 50 avant restauration

La grande chance a été l’oreille attentive de la BnF dans le cadre du pôle associé pour la médecine, qui nous a permis de sortir de ce mauvais pas. Pour permettre la numérisation de ces manuscrits, la BnF a accepté:

• d’aider financièrement la BIU Santé pour leur restauration physique. Ils ont été remarquablement pris en charge par les restaurateurs de la BnF.

• de réaliser, sur les scanners de Sablé, la numérisation d’un certain nombre de feuillets que le matériel de la BIU Santé ne permettait pas, à l’époque, de photographier (le reste étant réalisé par la BIU Santé sur ses scanners)

• de faire réaliser le conditionnement final des manuscrits après leur numérisation.

Feuillet 50 après restauration

Feuillet 50 après restauration

Ce qui se dit en quelques mots représente de très nombreuses heures de travail, un chantier sur plusieurs années (2009-2013), beaucoup de bonnes volontés, et environ 11500 euros d’investissements répartis entre la BIU Santé et la BnF. Pour donner un ordre de grandeur, il aurait été plus facile, et pas plus cher, de numériser 20000 pages de périodiques.

Pourtant le bilan de ce dossier justifie cet effort:

• six manuscrits importants sauvés, dont l’un, la correspondance de Guy Patin est considéré de longue date comme un des trésors de notre collection

• un ensemble homogène de documents rares et hautement spécialisés mis à la disposition des chercheurs du monde entier

• l’intégralité de ces documents pourvue de notices écrites par des spécialistes (Joël Coste, École pratique des hautes études ; Isabelle Robin-Romero, Université Paris-Sorbonne / UMR 8596-Centre Roland Mousnier)

• l’édition et la transcription d’une partie du Ms 2007 de Guy Patin, par Anne-Sophie Pimpaud (à paraître sur le site de la BIU Santé)

• dans le même dossier, un manuscrit étudié à fond (le Ms 2440), par Joël Coste, étude publiée aux côtés de sa numérisation

Et ce n’est pas fini, puisque le professeur Capron, auteur d’une monumentale édition critique de la correspondance de Guy Patin (à paraître prochainement sur le site de la BIU Santé) a décidé de faire, pour la première fois, la transcription, la traduction et l’édition critique de toute la correspondance latine contenue dans le Ms 2007! Un projet qui aurait été impossible sans ce qui précède.

Le travail des bibliothécaires est en permanence pris dans une contradiction entre l’exigence de la collection, de la fourniture de masse et du traitement de masse, et l’exigence du document individuel et de la demande individuelle. Il faut sans cesse choisir entre les deux. Il ne faut abandonner ni l’une ni l’autre.

Billet rédigé par Jean-François Vincent, chef du service d’histoire de la santé de la Bibliothèque interuniversitaire de Santé, responsable de Medic@

Cette entrée a été publiée dans Partenaires, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Numérisation et travail de dentellières : les recueils et ensembles manuscrits de consultations médicales écrites à la BIU Santé

  1. Vito Saponaro dit :

    Je remercie la Lettre de Gallica qui m’offre l’opportunitè de decouvrir en detail votre application et votre engagement.
    En plus je suis arrivè au site de la BIU.
    Merci.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*


+ deux = 11

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>