Le bon docteur Guillotin

Portrait de Joseph-Ignace Guillotin (1738-1814

Portrait de Joseph-Ignace Guillotin (1738-1814). Médecin, franc-maçon, député du Tiers état.

 

Destin étrange et paradoxal que celui de cet esprit libéral et philanthrope, mort il y a deux cents ans. Croyant faire œuvre de salut public en officialisant un nouveau procédé lors des condamnations à la peine capitale, il n’en récoltera que de la haine ou des railleries de la part de ses contemporains. Son nom est certes passé à la postérité, mais son principal apport à la société de son temps lui vaudra d’être honni à tout jamais.

Guillotin expose lors d’une séance de l’Assemblée nationale dès 1789 une idée « révolutionnaire » : une réforme du mode d’exécution capitale, dans un but philanthropique et une vision égalitaire de la société. Prétendue indolore, la guillotine remplacerait avantageusement les anciennes formes de mises à mort publiques (dans les faits d’une rare violence) déterminées par le statut social des condamnés et le forfait qui leur était reproché. Une estampe satirique représente cette séance à l’Assemblée nationale.

L’épisode est également relaté en détails dans La Guillotine en 1793 : documents inédits des Archives nationales, ainsi que dans La guillotine et les exécuteurs des arrêts criminels pendant la révolution.

Malheureusement pour la postérité de Guillotin, sa proposition est adoptée. Il s’avère alors que le recours à la machine à tuer éponyme, la guillotine, facilite les exécutions en masse et contribue à l’industrialisation du procédé. Elle symbolisera dès lors l’instrument de la Terreur.

 

Machine proposée à l'Assemblée nationale pour le supplice des criminels par Mr. Guillotin... (1791).

Machine proposée à l'Assemblée nationale pour le supplice des criminels par Mr. Guillotin... (1791).

Cela explique que le personnage fasse l’objet d’une littérature contradictoire. A ses débuts d’homme politique, il est considéré par ses contemporains comme un « esprit libéral et progressiste« .

Mais après la mise en place de la machine à décapiter, la presse contre-révolutionnaire le prend pour cible. Il est même brocardé dans  des chansons telles que « Le fameux Guillotin ».  Son étrange destin a également suscité des biographies romancées, comme par exemple : Le Docteur Guillotin, épisode du régime de la Terreur.

Françoise Deherly, Département Sciences et techniques

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2 réponses à Le bon docteur Guillotin

  1. MARCHANT dit :

    Dans une expo au Musée Carnavalet voilà bien une vingtaine d’années, il était écrit :  » La machine du Docteur Guillotin » lui a été proposée par un menuisier nommé X***. En réalité, il n’en serait pas l’inventeur. Mais de par sa qualité de député aux États-Généraux, c’est à lui que le menuisier , électeur de son secteur, s’adressa ».

  2. maury dit :

    Elève de l’enseignement public français, j’ignorais la réponse. j’étais donc fort marri de ne pouvoir commenter votre humoristique billet sur Guillotin. Heureusement, j’avais ma calculette à portée de la main!

    Je peux donc vous livrer mon message:

    La prison infantilisante, école du crime et de la révolte impuissante est-elle moins inhumaine que le « traitement » Guillotin? Mes « élèves » prisonniers sortent de 20 ans de détention sans avoir appris quoi que ce soit, je veux dire d’utile pour travailler honnêtement et éviter la récidive
    J.L. Maury

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