Le fait divers dans Gallica

Une de L'Oeil de la police, 1908

Le fait divers sous forme imprimée est attesté dès le XVIe siècle, mais l’expression n’apparait dans la langue française qu’en 1838. Elle désigne des événements extraordinaires qui ont surtout pour but de frapper l’imagination, se présentant, peu après l’invention de l’imprimerie, sous forme de feuilles d’information appelées « occasionnels » ou « canards », selon la description qu’en donne Balzac dans sa Monographie de la presse parisienne. Ces dernières cèdent la place au XIXe siècle à la fameuse « rubrique des faits divers » des grands quotidiens, dont Le Petit Journal est l’un des grands représentants.Les thèmes les plus répandus sont les apparitions diaboliques, les monstres, les phénomènes célestes, les catastrophes naturelles et bien sûr les crimes. Les occasionnels traitant de ces faits divers sont le plus souvent racontés par des colporteurs, s’adressant à un public populaire qui sait rarement lire. Ils sont une source précieuse pour l’histoire dans la mesure où ils éclairent des faits de société pour lesquels on a peu de trace, telle l’histoire de cette jeune fille de seize ans condamnée pour infanticide qui ose, le jour de son exécution, prendre la parole en public et dénoncer l’impunité dont jouit l’homme qui a abusé d’elle et lui a fait un enfant sous couvert d’une fallacieuse promesse de mariage. Ce récit, qu’il serait anachronique de qualifier de féministe, met toutefois en évidence l’inégalité des hommes et des femmes devant la justice.

En parallèle, à l’attention du public lettré, commencent à paraître des journaux qui consacrent quelques pages aux événements extraordinaires, aux conquêtes, aux exploits et aux crimes. C’est le cas notamment de la Gazette de Théophraste Renaudot dans laquelle, en 1634, on informe le public aussi bien des « Nouvelles ordinaires », comme par exemple la naissance de quintuplés, que des événements d’ordre politique ou des faits de guerre dans une rubrique intitulée « Extraordinaire ». C’est le cas de la Gazette des tribunaux, qui évoque une macabre histoire d’anthropophage condamné à mort et exécuté le 13 décembre 1782.

Aux XVIe et XVIIe siècles deux affaires connaissent un retentissement considérable. « L’affaire des possédées de Loudun » éclate en 1632. Urbain Grandier, curé de Loudun, est accusé d’avoir pactisé avec le Diable et d’être le responsable des possessions démoniaques qui s’emparent des sœurs d’un couvent d’Ursulines de cette même ville. Malgré ses dénégations, Urbain Grandier finit sur le bûcher le 18 août 1634. Ce procès en sorcellerie sans précédent a été fomenté par le Cardinal de Richelieu contre un prêtre catholique, libertin, libre-penseur et bien trop tolérant envers les protestants. L’affaire,  qui a défrayé la chronique de 1632 à nos jours, a inspiré les défenseurs du droit, les médecins, les romanciers, les essayistes et plus récemment les réalisateurs. Elle peut être considérée comme le premier fait divers d’ampleur nationale. On trouve sur Gallica des pièces à charge et à décharge.

Copie de l'arrêt contre Urbain Grandier, texte et dessins datant de 1634

Un siècle plus tard, entre 1764 et 1767 sévit la bête du Gévaudan. Affaire mi-fantastique mi-criminelle, elle nourrit la presse locale et nationale pendant plusieurs mois. Des centaines d’articles sont publiés et constituent un véritable feuilleton.

La bête du Gévaudan, XVIIIe siècle

Avec la naissance de la presse moderne les canards disparaissent au profit de la presse quotidienne bon marché. Le fait divers y trouve une place de choix. Entre 1870 et 1910 il devient une véritable rubrique journalistique, bien que, comme le dit Roland Barthes dans ses Essais critiques, il procède d’un « classement de l’inclassable » appelé péjorativement dans la seconde moitié du XXe siècle la « rubrique des chiens écrasés ». Les inondations de Paris en 1910 et le rapt du bébé Lindbergh en 1932 en sont l’illustration.

A la même époque commencent à se répandre des magazines spécialisés dans le fait divers, notamment les Faits-divers illustrés et l’Oeil de la Police.

Pour en savoir plus sur d’autres faits divers et événements dramatiques, lisez les articles consacrés à l’incendie du Bazar de la Charité, au naufrage du Titanic, au crime des sœurs Papin, ou encore à l’affaire Peytel.

Clélia Guillemot et Claude Liberman – Département Droit, économie, politique

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2 réponses à Le fait divers dans Gallica

  1. Cyrielle dit :

    L’histoire des faits divers est captivante. Ils déchaînent les passions depuis toujours. Je me passionne depuis longtemps pour ça et malgré tout, votre article m’a appris énormément de choses dont je n’avais pas du tout conscience, notamment l’évolution du terme en lui-même dans la littérature.

  2. Merly dit :

    Grand amateur des Pieds-Nickelés (les « vrais », ceux de Louis Forton leur fondateur), je relis les numéros parus dans l’Épatant des années 1906-1908. Je me demande donc dans quelle mesure L. Forton ne s’est pas inspiré de ces faits divers pour dessiner et écrire les aventures des trois héros, toujours malchanceux mais sachant rebondir. Bien sûr, la morale n’y trouve pas son compte. Mais le texte, fort bien écrit pour la partie « récit », fourmille de détails intéressants sur la vie courante et populaire. Quoique certains politiques de l’époque en prennent aussi »pour leur grade ». Quant aux dialogues, c’est tout bonnement le langage des barrières. Michel Audiard ne l’aurait pas dédaigné…!
    (P.S: on parle de faits divers ; fort bien. Mais ceux de printemps, d’été, d’automne ? Hi, hi! D’accord, elle est facile!)

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