L’œuvre de Jean Veber (1864-1928)

Le département des Estampes et de la photographie possède un Å“uvre important de Jean Veber, comprenant 120 lithographies (sur les 219 que compte le catalogue raisonné), quelques dessins préparatoires à des dessins de presse, et plusieurs planches extraites des journaux auxquels il a collaboré. L’ensemble a fait l’objet d’une campagne de numérisation dans le cadre du programme Europeana 14-18.

Jean Veber était peintre mais c’est surtout pour ses dessins de presse et ses lithographies qu’il est parvenu à la notoriété. Il a commencé à dessiner dans Gil Blas puis au Journal, deux publications pour lesquelles travaillait également son frère Pierre en tant que chroniqueur : les deux frères collaborèrent à plusieurs articles illustrés signés Les Veber’s ou Sharp’s Brothers. Jean Veber se fit connaître également par des dessins dans Le Rire, notamment toute une série sur les Souverains. Dans le numéro 212 du 26 novembre 1898, il illustre un texte de Pierre Veber, Le Voyage de Guillaume II en Palestine pour lequel nous possédons plusieurs dessins préparatoires récemment acquis.

Thaïs, projet d'illustration pour la partition de Jules Massenet, 1893. Jean Veber, lithographie en noir, or, bleu, rouge, brun

Parallèlement, il pratique la lithographie et parvient rapidement à une parfaite maitrise de cette technique. Il crée ses premières lithographies en 1893, pour illustrer la partition de Thaïs de Massenet à la demande de l’éditeur Heugel : nous possédons plusieurs essais pour ces lithographies, la partition originale étant conservée à la Bibliothèque-musée de l’Opéra. En 1896, il illustre Mimes de Marcel Schwob et Une passade de son frère Pierre Veber.

Il accède à la célébrité grâce à ses lithographies en feuille dans lesquelles apparaissent ses thèmes personnels. Sa série sur les culs-de-jatte (1896) connait un grand succès et montre son goût pour la représentation de personnages estropiés figurés de manière burlesque, sous l’influence des Caprices de Goya. Il crée également des scènes inspirées de contes : Les maisons sont des visages (1899), Les sorcières (1900), Le diable dans la marmite (1894), le Géant (1905), le Monstre (1907), La Danse devant les nains (1910).

La Barbière, 1903. Jean Veber, lithographie en couleur

Avant-guerre, il s’illustre dans des scènes de genre, le plus souvent traitées de manière satirique, qui reprennent parfois des peintures, comme L’Arracheuse de dents (1904) Le Philosophe (vers 1907), La correction conjugale (1908). Plusieurs de ces planches ont été éditées par Edmond Sagot. Il aborde des thèmes politiques, notamment à partir de 1904, époque à laquelle il s’équipe d’une presse lithographique. Le Hochet de la République (1904) est la première de ses planches pamphlétaires. Il y dénonce la séparation de l’Église et de l’État figuré sous les traits d’une matrone coiffée du bonnet phrygien serrant dans ses mains un crucifix. Suivront deux lithographies figurant Jaurès. En 1909, paraissent deux représentations célèbres de Clemenceau : dans la première intitulée Le Dompteur, l’homme d’État, le fouet à la main, domine une bête énorme formée par la masse des députés. Dans la 2ème, Le Dompteur a été mangé, l’animal dévore Clemenceau.

Les gaz, 1918. Jean Veber, lithographie en noir

Aux armes (1914) est la première des lithographies de la série consacrée à la guerre. Une suite d’estampes de 1914 illustrent les exactions de l’armée prussienne décrites dans les journaux de l’époque : la Mort du Curé de Mayenvic, les Derniers moments d’une jeune fille fusillée en Belgique, L’Assassinat du petit héros au fusil de bois de Magny, le Viol d’une enfant par deux soldats pris de boisson… Jean Veber se révèle comme un grand dessinateur dramatique, concentrant chaque récit en quelques scènes. Il s’engage à cinquante ans et part pour la Lorraine : son expérience inspire plusieurs planches relatant des scènes de combat, traitées tantôt de manière réaliste (La Cagna, 1914), tantôt de façon allégorique (Sous la mitrailleuse boche, 1916). En septembre 1916, envoyé sur le front de la Somme à Bouchavesnes, il représente les combats dans une scène dramatique (Bouchavesnes, 1916). Il y fait également l’épreuve tragique des gaz qu’il relate dans l’une de ses planches (Les Gaz, 1918). Cette série se termine par deux lithographies : La Croix de guerre (1918), figurant un poilu supplicié sur la croix de guerre se dressant telle la croix du Christ, et l’autre, Guillaume II, montrant l’empereur prussien à genoux dans une mare de sang. Ces œuvres sont de rares témoignages artistiques des combats vus du côté français : Jean Veber y met tout son talent de lithographe pour relater le quotidien tragique du front.

Céline Chicha-Castex, département des Estampes et de la photographie

Pierre Larousse et le « Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle »

 

Pour beaucoup de lecteurs aujourd’hui, le mot « Larousse » est simplement synonyme de dictionnaire et la liste est longue des écrivains qui, comme Sartre dans Les Mots, ont témoigné de leur attachement à la marque à La Semeuse. La maison d’édition Larousse naît en 1852 de l’association de deux anciens instituteurs, Pierre Larousse et Augustin Boyer, et appartient depuis 2004 au groupe Hachette Livre. Dans un contexte d’alphabétisation et d’élévation constante du niveau scolaire aux XIXe et XXe siècles, sa longévité et son prestige reposent sur deux piliers imaginés par les fondateurs : les manuels scolaires d’une part, les dictionnaires et encyclopédies d’autre part.

Rien ne prédestinait pourtant Pierre Larousse à faire carrière dans l’édition. Fils d’une aubergiste de l’Yonne, il devient instituteur dans sa ville natale. Mais ses convictions républicaines lui attirent les foudres des autorités ecclésiastiques. Monté à Paris au début des années 1840 pour y parfaire sa formation, il devient répétiteur puis professeur de grammaire, tout en songeant à s’établir dans le négoce de vin ! Son expérience d’enseignant le conduit à critiquer les manuels publiés par les éditeurs scolaires en place. Louis Hachette, le véritable créateur de ce marché dans les années 1830, publie par exemple L’alphabet et premier livre de lecture à l’usage des écoles primaires. Pour se différencier de ses concurrents, il invente des manuels qui font appel à l’imagination et à l’intelligence des enfants, et non plus simplement à leur mémoire. Après un premier titre qu’il vend lui-même à son domicile, il confie en 1851 à l’éditrice Veuve Maire-Nyon sa Lexicologie des écoles. Très soucieux de son indépendance, il s’associe en 1852 avec un ancien condisciple de l’Ecole normale de Versailles, Augustin Boyer. Tout en continuant à rédiger des manuels scolaires innovants, Pierre Larousse publie en 1856 le Nouveau dictionnaire de la langue française, qui remporte un grand succès et sert de moteur à la croissance de la jeune entreprise.

Mais l’œuvre qu’il prépare depuis son arrivée à Paris, et dans laquelle il entend faire passer, avec une subjectivité assumée, son admiration pour les idéaux nés de la Révolution française, c’est le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, qui sera publié en quinze volumes de 1866 à 1876. Alors que le « siècle des dictionnaires » bat son plein, il a pour principal rival Emile Littré et son Dictionnaire de la langue française. Pour défendre ses idées dans un climat de censure, Pierre Larousse doit utiliser un subtil jeu de renvois, à l’image de ce qu’avaient fait avant lui les Encyclopédistes des Lumières : de cette façon, il fait mourir le général Bonaparte – qu’il admire – le jour de son coup d’Etat, tandis que l’article Napoléon  dénonce la dictature impériale. En outre, par peur d’être censuré comme avait pu l’être Diderot, Pierre Larousse décide en 1869 de se faire lui-même son propre imprimeur, et se sépare momentanément d’Augustin Boyer. Prévu initialement en quinze fascicules, le Grand Dictionnaire sera en définitive publié en 524 livraisons, soit plus de 20 000 pages, rédigées par près de 90 collaborateurs. Dans cette œuvre monumentale, on peut entrevoir l’engagement du pédagogue républicain dans toute sa complexité, y compris dans sa dimension la plus discutable lorsqu’il défend par exemple les bienfaits de la colonisation dans l’article Nègre. Après sa mort prématurée en 1875, ce sont sa veuve et son neveu Jules Hollier qui assurent la publication des derniers volumes du Grand Dictionnaire. Dans la suite de sa longue histoire, la maison Larousse a continué à miser tant sur de grandes séries encyclopédiques que sur le Petit Larousse illustré, avec l’ambition toujours renouvelée de vulgariser les connaissances à l’intention de « ce lecteur qui s’appelle tout le monde ».

Virginie Meyer, Département Littérature et art

Pour aller plus loin

Présentation vidéo du Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle par Josué Seckel, directeur du département de la Recherche bibliographique.

Histoire de la librairie Larousse, 1852-2010 / Jean-Yves Mollier, Bruno Dubot. Paris : Fayard, 2012. 736 p.

Pierre Larousse et son temps / sous la dir. de Jean-Yves Mollier et Pascal Ory. Paris : Larousse, 1995. 549 p.

Une bibliographie plus complète à télécharger sur le blog Lecteurs de la BnF

 

Patrimoine imprimé et crowdsourcing : le projet FUI12 Ozalid

Depuis janvier 2012, la BnF participe, avec 8 autres partenaires (Orange, Jamespot, Urbilog, I2S, ISEP, INSA Lyon, Université Lyon 1 – LIRIS, Université Paris 8), au projet de recherche et développement FUI12 OZALID. Il s’agit de concevoir une plateforme collaborative de correction et d’enrichissement des documents numériques.

Le projet FUI12 OZALID repose sur trois objectifs principaux qui consistent à favoriser une approche par crowdsourcing, répondre à une exigence d’accessibilité numérique (pour tous les types d’utilisateurs et pour tous les modes et dispositifs d’accès) et développer des outils et méthodes innovants.

Ce projet de recherche se déroule en plusieurs phases :
-2012-2013 : mise en place d’une interface permettant de corriger des textes numérisés ;
-2013-2014 : mise en place de fonctionnalités permettant, pour un texte donné, de reconstruire la mise en forme du document et de reconstituer un ordre logique de lecture ;
-2014-2015 : mise en place de fonctionnalités permettant un enrichissement éditorial des textes (indexation, vocalisation, annotation, etc.).

Dans le cadre de la première phase du projet, la BnF a fourni des documents numériques provenant de Gallica. Le mode texte de ces documents contient des erreurs, car il n’existe pas à ce jour de solution d’OCR* infaillible permettant de passer d’un document numérisé en mode image à une version en mode texte parfaitement fidèle à l’original. Le seul moyen d’y parvenir est de passer par une phase de correction manuelle pour détecter et éliminer les erreurs restantes (caractères mal reconnus, coquilles, etc.).

Ce projet de recherche envisage une nouvelle méthode de correction collaborative des documents qui s’appuie sur un réseau social pour soutenir et organiser cette collaboration. Avec le premier prototype de la plateforme, il vous sera bientôt possible de tester la correction collaborative :

Prototype de la plateforme de correction : image et texte

Prototype de la plateforme de correction : image et texte

L’amélioration du mode texte des documents de Gallica est un enjeu important, car plus la qualité du mode texte est élevée, plus la recherche au sein de ces documents est performante.

Les autres phases du projet vont permettre de proposer des documents accessibles à l’ensemble des utilisateurs et adaptés aux nouveaux usages mais également d’explorer les possibilités offertes par le crowdsourcing pour l’enrichissement des documents.
Ce projet de recherche s’inscrit dans une approche expérimentale qui vise à tester diverses fonctionnalités collaboratives et sociales – lesquelles pourraient, à terme, être intégrées partiellement ou entièrement dans l’environnement de Gallica.

Les 17, 18 et 19 avril 2013 a eu lieu une première expérimentation à la bibliothèque universitaire de Paris 8 : les étudiants ont pu y tester un prototype de la plateforme, sur ordinateur et sur tablette.

Pour en savoir plus sur les projets de crowdsourcing en bibliothèques, consultez cet état de l’art effectué par les équipes de la BnF en février 2013.

 

Isabelle Josse – Département de la conservation

 

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*l’OCR (Optical Character Recognition = Reconnaissance optique des caractères) permet de situer et de reconnaître les chaînes de caractères dans une image pour faire la conversion des mots dans un fichier texte. Cette conversion est assurée automatiquement par un logiciel.

 

L’application Gallica pour iPhone

Comme nous vous l’annoncions ici il y a deux mois, l’application Gallica pour iPhone est désormais téléchargeable gratuitement sur l’App Store !

L’application Gallica, déjà disponible depuis quelques mois pour iPad, est désormais accessible pour iPhone. Elle donne accès à plus de 2 millions de documents (livres, presse et revues, cartes, estampes et photographies, manuscrits, partitions) numérisés par la Bibliothèque nationale de France.

La page d’accueil présente, avec « Les choix de Gallica », une sélection de documents remarquables, mise à jour tous les mois. Un accès aux nouveaux documents et aux livres téléchargeables au format ePub permet de suivre l’actualité des mises en ligne hebdomadaires.

L’entrée « Recherche » permet d’explorer l’ensemble des fonds et d’affiner les requêtes selon plusieurs critères (type de document, auteur, sujet, etc.). Tous les documents sont accessibles en haute résolution ; il est possible de les consulter, de zoomer avec une grande précision, de les partager sur les réseaux sociaux ou par mail, et de les télécharger intégralement pour une consultation ultérieure via des applications tierces.

Une entrée « Favoris » permet également à l’utilisateur de retrouver ses documents préférés après les avoir identifiés comme tel dans le lecteur.

La version mise en ligne aujourd’hui sur l’App Store est compatible avec les iPhones équipés du système d’exploitation iOS 6. Les appareils équipés d’iOS 5 (iPhone 3, iPod touch, iPad 1) bénéficieront d’une version de l’application qui sera mise à disposition sur l’App Store dans quelques semaines.

Les utilisateurs de smartphones Android devront quant à eux patienter quelques mois. Pour plus d’informations, voir ici.

 

Les rencontres de Gallica : la « petite presse »

L'Hydropathe, 5 août 1879

Parallèlement au fleuve de papier que produisent chaque jour les grands journaux nationaux, le XIXe siècle voit apparaître la « petite presse ». Tout à la fois satirique et d’avant-garde, elle se compose d’une nuée de titres aux existences fragiles qui mènent à coup de gazettes rimées, de portraits-charges ou de manifestes une action frondeuse et goguenarde contre tous les régimes et contre tous les académismes.
Contre-pouvoir efficace, la petite presse est appréciée au point que Pierre Larousse la salue dans son Grand Dictionnaire du XIXe siècle en ces termes : « Son rôle a été tout aussi vaillant que celui de la grande presse et elle a toujours eu cette supériorité de n’être pas ennuyeuse. »
Le romantique Jules Janin ajoute : « Le petit journal, cette piqûre et cette fête de chaque jour est un des compagnons de la liberté de la presse. Il rit en piquant, il pique en riant, il trouve, en se jouant, le côté ridicule des hommes les plus graves et des choses les plus sérieuses. Il est la voix qui chante et l’esprit qui médit »
De L’Eclipse à La Lune Rousse en passant par la fameuse Lanterne d’Henri de Rochefort, ces journaux sans assise financière aux rédactions parfois échevelées et « artistes » sont les descendants des feuilles de l’Ancien régime, gazettes ou pamphlets, des organes d’expression, de réflexion et de militantisme publiés « à côté » des canaux officiels d’information.

Informations pratiques

Cette rencontre de Gallica aura lieu mardi 14 mai, de 17h30 à 18h30, Galerie Jules Verne, site François-Mitterrand.
Entrée libre sur inscription : par téléphone au 01.53.79.49.49 ou par courriel : visites@bnf.fr