BnF

D’autres échos, forcément subjectifs et parcellaires, sur les 10 ans de la BnF

11 décembre 2008
BNF Anniversaire 10 ans © Pascal Lafay/BnF

BNF Anniversaire 10 ans © Pascal Lafay/BnF

Une première impression :

en trente ans de fréquentation choisie ou contrainte d’innombrables journées d’étude, colloques et autres rencontres professionnelles, c’est ce jour-là que j’ai découvert ce que peuvent être d’authentiques tables rondes. À la brochette d’intervenants qui prononcent successivement face au public des allocutions d’environ vingt minutes sans grand rapport entre elles, on a substitué un petit salon, des fauteuils rouges, un jeu de questions-réponses. Un petit miracle se produit : il arrive même que les participants dialoguent entre eux. Du coup on a l’impression d’assister à une représentation théâtrale, certes sérieuse, mais où les moments d’émotion ou d’humour peuvent advenir. C’est un remède contre la langue de bois.

La deuxième impression,

c’est le bonheur de voir s’élaborer une histoire immédiate, et la frustration d’entendre cette parole très libre (la plupart des intervenants exercent leurs activités dans d’autres lieux aujourd’hui), dans la contrainte du temps. On aimerait que soient prolongés ces échanges, pour qu’une histoire vivante de l’établissement puisse continuer à s’élaborer : à mettre au programme du comité d’histoire de la BnF ? Les intervenants présents ont évoqué des absents : Patrice Cahart, Éric Orsenna, Émile Biasini, Dominique Perrault, et la grande figure de Jean Gattégno, qui a disparu en 1994, l’année même où la Bibliothèque nationale de France a vu administrativement le jour.

La troisième impression

est paradoxale : pour les dix ans de la bibliothèque de recherche, voici qu’on aborde la question de la réforme du Haut-de-jardin. Quelle place offrir à d’autres que des universitaires dans cet espace ? Les chercheurs présents au colloque ont avoué leur distance : ils ne le fréquentent pas, ils ne lui sont pas hostiles, ils l’ignorent. Les concepteurs et les responsables de la bibliothèque développent des avis divergents : si le Haut-de-jardin devait pour Michel Melot être lié à l’accès aux documents (plus ou moins facilement accessibles pour des raisons de conservation) et non à des publics différenciés, si pour François Stasse, il eut été préférable d’investir les moyens correspondants dans le réseau des autres bibliothèques, Jacqueline Sanson a défendu l’idée de l’élargissement des publics qui a présidé à la définition du lieu. La ministre de la Culture et de la communication a évoqué le Haut-de-jardin parmi les chantiers (projet Richelieu et aménagement de l’esplanade) qui devront être menés pour faire évoluer la bibliothèque dans les années à venir.

Et une interrogation :

la dimension numérique, qui représente une innovation majeure du projet de la BnF, amène à poser différemment la question de la présence physique des utilisateurs. Pour Bruno Patino, le lieu où est détenu le document physique n’a plus aucune importance, et la directrice de la Bibliothèque nationale d’Espagne, Milagros del Corral a montré comment la bibliothèque numérique espagnole intégrera des documents fondamentaux pour l’histoire de la culture espagnole mais conservés ailleurs. Pourquoi donc des lecteurs viennent-ils encore sur place en nombre ? Parce que, comme l’a dit Bruno Racine, on n’est pas près d’avoir tout numérisé à la BnF ? Ou parce que comme l’a dit Laure Adler, « on y a rendez-vous avec soi-même » ? Roland Schaer a évoqué un souvenir de la conférence prononcée par François Cheng sur l’œuvre d’Antoni Tàpies, un moment de long silence dans le discours, qui faisait ressentir l’incarnation d’un esprit dans le corps comme seule la proximité peut le permettre.

Dernière impression enfin :

l’aspect consensuel des propos tenus, qui succède paradoxalement à l’avalanche de critiques qui a accompagné la préparation et l’ouverture de la bibliothèque de recherche. Et certes, comme l’a dit François Stasse, « le premier mérite de Tolbiac, c’est d’exister », et comme l’a rappelé Jean-Noël Jeanneney, la goguenardise propre à l’esprit parisien a cédé la place à plus de considération et moins de condescendance. Michel Melot a rappelé le rôle fondamental du développement des acquisitions, qui semble aujourd’hui une évidence, Philippe Belaval a souligné comment la passerelle Simone de Beauvoir donne un sens à l’insertion du bâtiment dans l’urbanisme environnant. Les intervenants de la table ronde sur les relations entre la BnF et le paysage national ont affirmé le rôle moteur qu’elle a joué pour donner de l’ambition aux bibliothécaires et aux élus pour leurs établissements. Pour Séverine Blenner-Michel, la BnF permet d’organiser le travail du chercheur entre présence et distance. Pour Pascal Ory, le développement du libre accès et le retour à l’encyclopédisme ont constitué une petite révolution. On n’a pas la place d’insister ici sur tous les propos bienveillants tenus sur la réactivité de la BnF à la révolution numérique. Si quelques fleurets se sont au détour d’une phrase parfois un tout petit peu démouchetés, l’ambiance générale était donc à l’affabilité (faut-il s’en inquiéter ?).

Caroline Rives (BnF)

Vous pouvez relire aussi : un premier billet donnant des échos du colloque “10 ans de la bibliothèque de recherche” et ses commentaires

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Commentaires (2)

  1. Pourquoi Dominique Jamet (qui est toujours vivant je crois) n’est il pas invité à ce colloque ?
    En qualité de Président de l’établissement public de la Bibliothèque de France de 1989 à 1994 sa présence était nécessaire!
    Drôle d’oubli !

  2. Les Administrateurs de la Bibliothèque nationale, le Président de l’Établissement public de la Bibliothèque de France et tous les Présidents de la Bibliothèque nationale de France ont été invités au colloque qui a eu lieu le 5 décembre dernier.
    Pour le choix des intervenants, une certaine diversité s’imposait. Deux proches collaborateurs de l’EPBF étaient à la tribune : Alain Giffard et Gérald Grunberg.

 

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