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Colloque 10 ans à la BnF : conclusions et perspectives

17 décembre 2008
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Logo 10 ans bibliothèque de recherche © BnF

En conclusion de la journée du 5 décembre consacrée au dixième anniversaire de la BnF sur le site François-Mitterrand, un dialogue entre Bruno Racine et Jacques Attali.

L’échange a surtout permis de revenir aux origines du projet.

Dans la perspective d’un éventuel second septennat de F. Mitterrand, Jacques Attali lui avait proposé un projet culturel autour des bibliothèques, en particulier à la suite du rapport rédigé par André Miquel sur l’état désastreux des bibliothèques universitaires en France. Dans l’esprit de J. Attali, la proposition tournait autour de la création d’une “petite” Bibliothèque universitaire. Alors que ce premier projet était en mûrissement, c’est un autre cri qui a été lancé. Le rapport remis par Francis Beck en 1987 au ministre de la Culture avait déjà mis en avant l’impossibilité pour la Bibliothèque nationale de mener à bien ses missions, en raison notamment de l’engorgement croissant de ses espaces de stockage, de la demande croissante du public et de problèmes de conservation aigus. Alors Ministre de la Culture, François Léotard a présenté, le 13 avril 1988, en Conseil des ministres, un projet de réorganisation de la Bibliothèque nationale, souvent évoqué comme le projet de “BN-bis”.

On allait ainsi aboutir à une solution mixte, prenant en compte les deux desseins. Le projet de bibliothèque universitaire s’est alors transformé en projet de bibliothèque nationale. Il s’agit là d’une indication importante du point de vue historique.

Le projet conçu par J. Attali imaginait de consacrer 10 % du budget pour la construction du bâtiment et 90 % pour les programmes de numérisation, les collections, en bref le contenu plutôt que l’enveloppe. Les avancées technologiques dans le domaine de la numérisation étaient à l’époque insuffisantes pour permettre une telle répartition des charges. On peut aujourd’hui dire que la vision prospective à l’origine de la “bibliothèque d’un genre entièrement nouveau” n’a pu s’incarner dans les faits qu’au bout de plusieurs années.

En effet, la Bibliothèque nationale de France est en 2008 complètement entrée dans l’ère du numérique, comme le panorama dressé par Bruno Racine l’a rappelé aux participants au colloque. Le président de la Bibliothèque a rapidement esquissé les étapes des différents programmes aujourd’hui lancés par l’établissement. Ces chantiers d’avenir sont tout à la fois tangibles, mobilisateurs et marqués par une absolue nécessité, qu’il s’agisse de la marche en avant technologique (archives de l’internet, préservation des données numériques, numérisation de masse, Europeana, bibliothèque numérique francophone, accès à distance…), de la préservation du patrimoine historique (quadrilatère Richelieu) ou de l’intégration du développement durable à l’ensemble des activités de l’institution.

En marge de ces échanges, les auditeurs du colloque des 10 ans ont pu partager d’autres perspectives stimulantes, plus axées sur la diffusion du savoir et l’économie de la connaissance. Plusieurs fois, au cours de la journée, avait-on déjà pu percevoir, dans les interventions des chercheurs présents sur le plateau, cette bibliothèque nomade secrétée par la recherche elle-même, par la consultation (savante) du catalogue, à distance…

Quant au modèle économique dominant l’Internet, il n’est, selon Jacques Attali, pas nouveau, c’est banalement celui de la radio ou de la télévision, qui vit soit des redevances, soit de la publicité. L’économie du gratuit sera sans doute de plus en plus courante. Verra-t-on également la transformation de l’auteur en acteur de sa propre mise en spectacle, à travers la marchandisation des activités connexes à son travail d’écriture, conférences et interventions diverses ?

Peut-être peut-on aussi, ce colloque anniversaire une fois clos, lancer des pistes de réflexion à explorer pour l’avenir des bibliothèques en général ?
L’effacement progressif des frontières physiques et symboliques entre la recherche et la simple appétence pour le savoir, le brouillage des légitimités, tous ces aspects et d’autres encore continueront à faire bouger les schémas connus et éprouvés. Au cœur d’un monde mouvant, d’autres équilibres doivent être recherchés. Il importe peut-être moins de savoir, mais davantage de savoir comment chercher !

Denis Bruckmann (BnF)

Pour prolonger la réflexion :

Le rapport commandé à André Miquel par le ministre de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports a été publié par la Documentation française. Les Bibliothèques universitaires, rapport au ministre d’ État, ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports ; [réd. par] André Miquel. Paris : la Documentation Française, 1989, 79 p.

Un article de professionnels de l’information en Grande-Bretagne analysant le projet de la BnF dans le contexte de sa création. Sylvie C. Davies, et Ian M. Johnson, “The Mitterrand Library in context: the Bibliotheque Nationale de France and library provision in France”, dans Libri, 48 (4), December 1998, 187-211, accessible en ligne.

Conférence de presse du 13 novembre 2007 par Bruno Racine, président de la BnF : Trois chantiers d’avenir.

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Commentaires (1)

  1. Un article de Pablo Fuentenebro dans le Bulletin des bibliothèques de France (2009, t. 54, n° 2) propose une synthèse de l’ensemble des débats de la journée du 5 décembre : à consulter en ligne.

 

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