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Quelques échos du colloque : BnF, 10 ans de bibliothèque de recherche

6 décembre 2008
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Logo 10 ans bibliothèque de recherche © BnF

Le colloque préparé à l’occasion de l’anniversaire des 10 ans de la bibliothèque de recherche à la BnF vient de se terminer. Il s’est déroulé le 5 décembre 2008, dans le grand auditorium du site François-Mitterrand. Loin d’une auto-célébration, la formule des tables rondes a permis de donner aux débats un caractère assez enlevé et dynamique, non dénué d’humour parfois. Ci-dessous, une fenêtre ouverte sur quelques-uns des échanges de la journée.

D’autres billets, et vos commentaires ou témoignages, permettront de revenir sur plusieurs points évoqués au cours de la journée : le changement d’échelle, la valeur modélisante des décisions innovantes, la nécessité de situer la réflexion dans une perspective historique, le rôle des catalogues et leur conversion rétrospective, la place des collections non-imprimées, la dimension numérique, l’accès payant ou gratuit, le contact avec le document original, les visions prospectives sur l’avenir des bibliothèques, etc.

Quelques échos des échanges

Le premier mérite de Tolbiac, c’est d’exister“, selon François Stasse. Michel Melot parle des “six mois exaltants et turbulents” qui ont suivi la décision présidentielle de commander à Patrick Cahart et lui-même un rapport établissant les contours de cette future Grande Bibliothèque. Jacqueline Sanson rappelle que le projet s’inscrivait, pour les fondamentaux, dans la continuité, mais que “la rupture résidait dans la création de la bibliothèque d’étude (Haut-de-jardin), la dimension culturelle et l’accélération du numérique“.

Jacques Toubon évoque le “Nouveau quartier latin” qui devait s’inscrire autour de la nouvelle bibliothèque, et dans lequel celle-ci était amenée à jouer un rôle symbolique essentiel. Dominique Alba précise que le bâtiment construit par Dominique Perrault “trouve son échelle” dans le tissu urbain grâce à la passerelle. Philippe Bélaval parle de “débats bibliothéconomiques ardents“, alors que la construction était déjà lancée.

Un film projeté restitue la vision de F. Mitterrand, son choix du projet de l’architecte qu’il ressentait comme “l’incarnation d’une utopie“. Si Jean-Pierre Angremy souligne que la “synergie entre tous les départements réunit les conditions d’une politique culturelle“, Roland Schaer se souvient : “Qu’avions-nous rêvé de faire ? Rendre sensible la vie de l’esprit dans un lieu physique où elle puisse être partagée par un public plus large“.

Séverine Blenner-Michel, représentant la nouvelle génération de lecteurs-chercheurs, contemporaine de l’ouverture de la bibliothèque de recherche, se dit “acquise dès le début à ce qui lui est offert comme instrument de travail“. Pascal Ory souligne que “le caractère monumental du bâtiment était politiquement justifié” et insiste sur cet aspect : “le vide est au centre“. Il marque d’une formule (souvent partagée) l’extension de la bibliothèque hors-les-murs : “Aujourd’hui ma BnF, elle est chez moi“, partout, “là où je peux consulter” son catalogue, ses textes numérisés…

Jean-Marie Goulemot, pour sa part, critique surtout les “notions contradictoires d’encyclopédisme et de départementalisation“, en en soulignant leur caractère “archaïque“. Il pointe également certains défauts du catalogue. Alain Giffard rappelle les conditions du premier travail de réflexion sur ce que pourrait être “la lecture du futur“, et la conception innovante du PLAO (poste de lecture assisté par ordinateur). Pour lui, aujourd’hui, “la conception d’une bibliothèque numérique est aux antipodes de la numérisation d’une bibliothèque“. Emmanuel Le Roy Ladurie, soucieux d’enclencher un processus de changement lors de son mandat, évoque le souvenir de plusieurs acteurs. En écho à cette période, il note la “fécondité de l’héritage de [Léopold] Delisle“, ancien administrateur général de la Bibliothèque nationale qui avait lancé en 1874 le grand chantier du Catalogue général des livres imprimés, par ordre alphabétique d’auteurs. Cette entreprise gigantesque ne devait être achevée qu’au bout d’un siècle. En revenant sur une interrogation sur les ambitions du projet et la place tenue par la BnF au niveau mondial, Gérald Grunberg rappelle la “démultiplication de l’offre, la mise en ligne précoce de Gallica, et le dialogue constant avec les bibliothèques mondiales“. La volonté des porteurs du projet était avant tout “d’offrir le meilleur au public, aux lecteurs, aux chercheurs“.

Tout au long de la journée, les réactions de la salle ont permis d’enrichir, de nuancer, de compléter les propos des grands témoins. Ces échos partiels ne restituent pas la totalité des débats. Si vous souhaitez retrouver le programme du colloque, suivez ce lien.

Vous souhaitez réagir sur tel ou tel aspect, prolonger une discussion sur un sujet dont le format contraint de la table ronde n’a pu aborder tous les aspects, demander des précisions complémentaires, laissez-donc un commentaire à la suite de ce billet !

Odile Faliu (BnF)

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Commentaires (4)

  1. Dimanche 7 décembre 2008

    Bravo pour cette commémoration intelligente et les documents déjà mis en ligne.

    Voici un commentaire qui me brûlait les lèvres à la fin de la séance :

    Il est à la fois consternant et encourageant de voir combien les faits sont modifiés par le filtre de la mémoire, même quand il s’agit d’historiens.

    Cette bibliothèque est un enfant miraculé, né dans la lutte et la fureur.

    Au lieu de saisir la chance et les crédits que lui donnait le président Mitterrand, le monde des bibliothèques et de la recherche n’a eu de cesse de faire circuler des pétitions et d’écrire des billets rageurs dans la presse nationale et internationale.

    Le bâtiment dont on se plaint tant aurait sans doute était plus fonctionnel, si, au lieu de se battre ainsi, les professionnels des bibliothèques, “les anciens et les modernes” avaient consacré cette énergie, dès 89, à établir un programme cohérent et solide en dialoguant avec le jeune architecte.

    Dans un pays cartésien, il est difficile d’expliquer par quel miracle, la polémique s’est soudain arrêtée lorsque on a pris la décision de diminuer les tours de 2 étages et de réduire la taille de l’auditorium.

    Enfin, on se plaint du gigantisme, mais comment mettre plus de 30 millions d’ouvrages et 3000 lecteurs dans une mouchoir de poche ?

    Les autres choix architecturaux étaient-ils mieux ?

  2. Belle affiche pour ce colloque sur les 10 ans : sobre et sérieux à l’instar du bâtiment qui vieillit aussi, mine de rien…
    Finale intéressante avec les idées toujours iconoclastes d’Attali. Seule petite faiblesse : une moderatrice de Livre hebdo pas trop en forme.Vous n’avez pas évoqué - dans les points négatifs - l’absence de restauration un peu plus inventive.
    Bon, je retourne travailler en Rez de jardin. Je regrette de ne pas le voir de ma place. Petite requête pour abattre ce mur qui nous le cache quand on travaille et que le regard ne voit que le haut des arbres.
    S.

  3. Je suis depuis plusieurs années une lectrice senior du rez-de-jardin.
    J’ai assisté à une grande partie du colloque des 10 ans de la BNF. J’ai trouvé l’ensemble très intéressant, et j’ai apprécié de voir et d’entendre ceux qui président ou ont présidé à la manière dont fonctionne la bibliothèque. Dans l’ensemble je suis satisfaite des conditions de travail ainsi que de l’accueil.
    Je ne reviens pas sur les contraintes liées à l’organisation de l’espace : longueur des parcours, accès malaisé des usuels du haut de jardin pour les lecteurs du rez de jardin. Esplanade glissante et venteuse, descente par un tapis roulant bloqué, où l’on risque souvent de trébucher. Mauvaise visibilité du rebord des marches en bois qu’on emprunte pour redescendre vers la rue.
    En revanche, je voudrais insister sur les conditions assez mauvaises de l’accès aux ouvrages microfilmés. Quand un ouvrage est microfilmé, on ne le communique plus que sous la forme micro. Souvent le le microfilm est ancien et l’image est mauvaise. Si on souhaite en faire des photocopies, deux difficultés apparaissent: d’une part, l’appareil dédié à cet usage est souvent en panne ou indisponible, d’autre part, les photocopies qu’il fournit sont souvent de mauvaise qualité et à peine lisibles. Pourrait-on envisager quelques améliorations pour un meilleur confort d’accès à ce type
    de documents?
    J’ai appris que les livres disponibles sur Gallica le seront bientôt en mode texte; c’est certainement bien mieux que le mode image actuel, qui est très lourd à manier, et nous conduit à télécharger beaucoup de pages inutiles avant d’arriver au passage recherché. Je me prépare à être dès que possible une utilisatrice d’Europeana!
    Une nette amélioration provient de l’existence du Café des Temps: on perd beaucoup moins de temps (c’est le cas de le dire) pour se restaurer en milieu de journée.
    Comment se font l’information sur l’existence et la désignation d’un représentant des lecteurs auprès des instances de la BNF? J’en ai entendu parler pour la première fois aujourd’hui.
    B. Loir

  4. Nous vous remercions, Madame, pour ce long commentaire et pour les pistes d’amélioration que vous nous suggérez.
    Les bibliothécaires présents dans les salles de lecture peuvent enregistrer vos observations sur l’état défectueux d’un appareil, la mauvaise qualité d’un microfilm, … Autant que possible, il sera tenté de trouver une solution au problème soulevé.

    En attendant d’autres billets qui permettront de développer ces sujets, voici dès à présent des précisions sur la numérisation des documents et sur l’élection des représentants des lecteurs.

    Bibliothèque numérique Gallica
    Les premiers ouvrages numérisés pour Gallica l’ont été en mode image, en dehors d’un petit nombre en mode texte. Depuis 2007, la BnF accroît ses efforts de numérisation avec un rythme annuel de 100 000 nouveaux documents. La reconnaissance optique de caractères (OCR) est utilisée systématiquement pour les nouveaux documents numérisés, tandis que les anciens documents numérisés en mode image sont progressivement “océrisés” pour permettre une recherche en plein texte. Actuellement près de 100 000 documents sont accessibles en recherche plein texte sur Gallica 2, nouvelle version de Gallica, en cours de réalisation. Les ouvrages y sont lisibles en fac-similé, mais la recherche plein texte est tout à fait opérante.

    Élection des représentants des lecteurs de la bibliothèque d’étude et de la bibliothèque de recherche
    Les représentants des lecteurs au conseil d’administration de la bibliothèque sont élus pour un mandat de trois ans. Lors du renouvellement, les lecteurs sont informés par affichage, par une Lettre aux lecteurs de la BnF spécifique, par une brève d’actualité sur le site. Les dernières élections se sont déroulées en mai-juin 2007, avec un vote sur place ou par correspondance. Ci-après, le communiqué correspondant et l’arrêté du 30 janvier 2001 signé par le ministre de la Culture.
    O.F.

 

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