BnF, Les coulisses

Parlez-vous la langue BnF ?

19 février 2009
Façade de l aile Richelieu, vue du square Louvois - © BnF

Façade de l aile Richelieu, vue du square Louvois - © BnF

Vous ne vous en doutiez peut être pas …mais après quelque temps passé à la Bibliothèque nationale de France, vous en serez convaincus.

Les bibliothécaires de la BnF ne parlent pas vraiment la même langue que vous. Ils appartiennent à la communauté bibliothéconomique (déjà pas facile à prononcer !) qui utilise un jargon à part… Quelques expériences dans votre BM, pardon, dans votre bibliothèque municipale ou BU, bibliothèque universitaire, vous auront déjà initiés. Alors que vous êtes venus ici pour lire un livre ou écouter un disque, tout bibliothécaire qui se respecte vous demandera très solennellement quel ouvrage (quelle monographie) ou quel document sonore vous souhaitez consulter. Si c’est un dictionnaire ou un numéro de 1953 du journal Le Monde que vous cherchez, ne soyez pas surpris que l’on vous oriente vers un ouvrage de référence (un usuel) ou vers les périodiques microfilmés de la collection patrimoniale.

Saviez-vous qu’en coulisse, des dizaines, voire des centaines d’agents (c’est comme cela qu’on appelle le personnel de la BnF) bulletinent, cataloguent, désherbent,…non pas en activité de plein air dans le jardin central du site François-Mitterrand, mais bel et bien dans les bureaux, les salles de lecture, les magasins (pas de shopping dans ceux-là).

Ce langage bucolique cède parfois la place à un langage fantastique digne du dernier ouvrage de Stephen King… Jugez vous-même : la bibliothèque est hantée par des fantômes, des ressuscités et des morts-vivants ; on y rencontre même des boîtes-cercueils et des diables s’y promènent. Sans compter le cimetière du TAD et le célèbre Enfer de la Bibliothèque qui a récemment dévoilé quelques-uns de ses brûlants trésors. Pour se prémunir de ces manifestations inquiétantes, on peut se réfugier dans les chapelles des salles D et J.

Comme si cette langue singulière et énigmatique ne suffisait pas à désemparer les non-initiés, la BnF cultive un jargon plus technique… Au détour d’une conversation en banque de salle, c’est-à-dire derrière la banque d’accueil (le bureau de renseignements ?) de votre salle de lecture préférée, il n’est pas rare d’entendre prononcer les termes de TAD (le groupe de musique grunge ?), PFM (une nouvelle radio ?), de Q10 (l’enzyme des pots de crème anti-rides ?), Grebib (voir le billet du 7 février) ou bien, petit dernier des néologismes maison, le Wifil.

BNF - Transport automatique des documents - © David Paul Carr/BnF

BNF - Transport automatique des documents - © David Paul Carr/BnF

Le sujet n’est pas nouveau et fait régulièrement l’objet de billets dans le journal interne de la Bibliothèque nationale de France, voire dans les revues les plus sérieuses de la profession. Prenez le temps de lire ce savoureux Bibliothécais sans peine rédigé par Noëlle Balley, vous m’en direz des nouvelles… Si, d’ailleurs, certains termes ou acronymes dont la BnF raffole vous laissent encore pantois, saisissez-vous de ce blog pour poser la question, les gens d’ici seront très heureux de vous initier à leur dialecte.

Laurence Korenian (BnF)

——
Petit lexique à l’usage des lecteurs curieux

“Boîtes-cercueils” : boîtes de conservation en bois, fabriquées au XXe siècle pour ranger les importantes collections de plaques de verre photographiques de la Bibliothèque nationale. Leur forme allongée et leur couvercle à charnières ouvrant sur le côté expliquent le terme imagé qui les a désignées alors, et est resté en usage.
Bulletinage : pointage et enregistrement de chaque numéro de périodique (quotidien, hebdomadaire, mensuel, etc.) à sa réception.
“Chapelles” : dans les salles D et J de la bibliothèque d’étude, la grande salle est prolongée sur un côté par une salle plus petite et plus intime.
“Cimetière” du TAD : station du Transport automatique des documents où sont réunies, chaque jour, les nacelles n’étant pas parvenues à leur destination initiale, à la suite d’une erreur d’adressage ou d’une raison technique. Parmi ces “égarés du TAD”, si, au moment du tri, on repère des ouvrages qui doivent être communiqués dans la journée, ceux-ci sont renvoyés vers la salle de lecture correspondant à la place du lecteur.
Désherbage : Révision périodique des collections en libre accès pour retirer les ouvrages périmés ou abîmés et faire de la place pour des ouvrages récents. Les bibliothécaires belges parlent d’élagage.
Diables : chariots de transport.
“Enfer” : Section créée vers 1830 au sein des collections de la Bibliothèque et comportant des livres imprimés ou des dessins et estampes, réputés contraires aux bonnes mœurs, et classés sous une cote spécifique.
“Fantôme” : Double d’un bulletin signalant le prélèvement d’un document en magasin, pour communication à un lecteur, reliure ou restauration, prêt à une exposition…
Grebib : Guide de recherche en bibliothèque, conçu et proposé par la BnF.
“Ressuscités et morts-vivants” : périodiques (voir plus haut) toujours actifs, mais signalés comme ayant cessé de paraître dans le catalogue général de la bibliothèque.
PFM : publication à feuillets mobiles, par exemple le Jurisclasseur périodique. À la suite du développement de l’édition électronique, ce type de document est en voie de disparition.
Q10 : fonds de catalogues de libraires et d’éditeurs (département Littérature et art).
TAD : transport automatique des documents.
Wifil : connexion filaire au réseau Internet.

et si vous en voulez encore davantage, veuillez suivre le lien vers le glossaire en ligne sur le site bnf.fr.

Partager ce billet
  • TwitThis
  • Facebook
  • E-mail this story to a friend!
  • Print this article!
  • LinkedIn
Adresse du rétrolien (trackback) pour ce billet :
http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2009/02/parlez-vous-la-langue-bnf/trackback/

 

Laissez un commentaire