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Bestiaires illustrés

2 juin 2010
Babouin hamadryas - lithographie de Gilles Aillaud © ADAGP, 2010

Babouin hamadryas - lithographie de Gilles Aillaud © ADAGP, 2010

Le 26 mai s’ouvre à la BnF l’exposition Gilles Aillaud : Encyclopédie de tous les animaux y compris les minéraux, soit 194 lithographies noir et blanc issues du bestiaire que l’artiste a fait paraître en quatre volumes parus entre 1988 et 2000 chez l’imprimeur/éditeur Franck Bordas à Paris.

C’est l’occasion d’évoquer deux autres artistes qui ont abordé le règne animal dans l’illustration du livre, mais en employant d’autres techniques de l’estampe que la lithographie, soit Pablo Picasso (1881-1973) avec l’eau-forte et Lorjou avec la gravure sur bois.

  • en lithographie

Comme l’indique André Béguin dans son Petit dictionnaire technique de l’estampe, court extrait accessible en ligne de son Dictionnaire technique de l’estampe, la lithographie est « l’une des trois grandes techniques anciennes de l’estampe, avec le bois gravé et la gravure sur métal. Elle date du début du XIXe siècle. Son principe repose sur le phénomène de la répulsion de l’eau pour l’huile et inversement. On dessine, on écrit ou l’on peint sur une pierre avec une encre grasse qui s’accroche à celle-ci et la pénètre. Toutes les parties ainsi enduites de gras accepteront le gras de l’encre d’impression, cependant que toutes les autres parties — à condition qu’elles soient mouillées — le refuseront. Ainsi le papier pressé sur la pierre mouillée et encrée recevra l’impression de l’image tracée par le dessinateur. Pour cette impression, il faut une certaine préparation de la pierre ; d’abord avant le dessin (grainage pour le crayon, polissage pour l’encre), puis après le dessin, afin de fixer celui-ci et de rendre les parties non encrées imperméables (solution de gomme arabique et d’acide nitrique). On peut, pour les tracés courants, remplacer la pierre - qui est lourde - par le zinc et l’on peut également, pour plus de commodité, dessiner sur un papier-report, dont le tracé sera transporté sur la pierre par pression. La pierre peut encore être gravée et imprimée selon la même méthode que pour une pierre plate. L’impression aura alors un léger relief. »

C’est la technique employée par Gilles Aillaud pour son Encyclopédie. On mesure l’exploit de la réalisation du tome II, sur place au Kenya, quand on connaît le poids des pierres lithographiques et le volume des « bêtes à corne », soit les presses lithographiques. En réalité, pour ce tome, Frank Bordas a fabriqué une petite presse lithographique « portative » qui fut envoyée au Kenya pour produire in situ les planches ainsi que les textes du volume.

  • avec l’eau-forte

Autre technique de l’estampe, l’eau-forte. C’est celle qu’emploie Picasso pour faire paraître en 1942 une suite animalière dessinée de mémoire et gravée au cours de l’année 1936 :
Eaux-fortes originales pour des textes de Buffon / Picasso. - Paris : M. Fabiani, 1942 (Paris : Impr. M. Féquet et P. Baudier : Impr. R. Lacourière). - 134 p.-[21] f.-[21] f. de pl. ; 37 cm. Tiré à 226 ex. numérotés. - (En feuilles, sous chemise et étui).
Consultable à la bibliothèque de recherche de la BnF, sous la cote : MICROFILM M-13927, à la Réserve des livres rares de la BnF, bibliothèque de recherche, sous les cotes : RES G-S-95 et RES G-S-39.

Picasso emploie l’eau-forte, dont « le principe [décrit par André Béguin] consiste à protéger une plaque avec un vernis, à gratter ce vernis à l’aide d’une pointe ou d’un solvant et à attaquer ensuite les parties découvertes avec un mordant contenant un acide (l’aqua fortis des alchimistes était l’acide nitrique) ou un sel (chlorure ferrique), afin de les creuser. L’encre sera déposée dans les creux et les parties en surface seront essuyées pour l’impression, les premières correspondant aux noirs et les secondes aux blancs. » Certaines plaques sont également gravées à l’aquatinte.

La suite fut commandée par le marchand d’art Ambroise Vollard et achevée par son exécuteur testamentaire et « successeur », l’éditeur Martin Fabiani : il s’agit d’une édition ornée de 31 gravures originales en aquatinte et eau-forte tirées à pleine page. Les animaux représentés par Picasso sont : le cheval, l’âne, le boeuf, le taureau, le bélier, le chat, le chien, la chêvre, le cerf, le loup, le lion, le singe, l’aigle, le vautour, l’épervier, l’autruche, le coq, la mère poule, le dindon, le pigeon, le chardonneret, l’abeille, le papillon, la guêpe, la langouste, le lézard, la libellule, l’araignée, le crapaud, la grenouille et la sauterelle.

  • par la gravure sur bois
Bernard Lorjou, La carpe, pour G. Apollinaire, Le Bestiaire - © Bernard Lorjou

Bernard Lorjou, La carpe, pour G. Apollinaire, Le Bestiaire - © Bernard Lorjou

Pour finir, abordons la plus ancienne technique de l’estampe, soit la gravure sur bois, employée pour illustrer le Bestiaire de Guillaume Apollinaire (1880-1918) par Lorjou, qui n’a pas hésité à s’attaquer à ce texte initialement magistralement illustré par Raoul Dufy dont ce fut d’ailleurs le premier livre.

En 1965, Lorjou (1908-1986) fit paraître 33 gravures sur bois en couleurs tirées à 230 exemplaires :
Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée / Guillaume Apollinaire ; bois gravés originaux de Lorjou. - Paris : Éditions d’Auteuil, 1965. - Non paginé : ill. en coul. ; 39 cm.
Consultable à la Réserve des livres rares de la BnF, bibliothèque de recherche, sous la cote : RES G-YE-443.

Dufy et Lorjou ont illustré : la tortue, le cheval, la chèvre du Thibet, le serpent, le chat, le lion, le lièvre, le lapin, le dromadaire, la souris, l’éléphant, la chenille, la mouche, la puce, la sauterelle, le dauphin, le poulpe, la méduse, l’écrevisse, la carpe, les sirènes, la colombe, le paon, le hibou, l’ibis et le bœuf.

Pour ceux qui voudraient aller plus loin à propos de l’illustration du bestiaire d’Apollinaire, ils peuvent consulter l’article : Debon, Claude, “Relire et revoir Le Bestiaire ou cortège d’Orphée d’Apollinaire,” Que vlo-ve ?, 26e année, 4e série, n° 1 (janvier-mars 1998), p. 1-32. Consultable en ligne [fichier .doc – 444 Ko].

Certaines gravures de Dufy sont visibles sur le site de la photothèque de la Réunion des musées nationaux. Les gravures sur bois de Lorjou sont visibles sur le site qui lui est consacré.

Quant à l’Encyclopédie de tous les animaux y compris les minéraux, elle sera consultable à la BnF puisqu’à l’occasion de l’exposition l’ensemble des quatre volumes fera son entrée dans les collections de la BnF. En attendant, les trois volumes sont décrits par Frank Bordas.

Olivier Jacquot (BnF).

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