Le numérique

Un centenaire oublié : le naufrage du paquebot Le Général Chanzy

25 août 2010
Le Petit Journal, 27 février 1910 - BnF, bibliothèque numérique Gallica

Le Petit Journal, 27 février 1910 - BnF, bibliothèque numérique Gallica

À l’aube du 10 février 1910, le paquebot de la Compagnie Générale Transatlantique, le Général Chanzy, fit naufrage au large de Minorque, dans l’archipel des Baléares, avec ses 87 membres d’équipage et ses 70 passagers.

Le navire qui couvrait la ligne Marseille-Alger, pris dans une tempête, fut drossé à la côte où il s’empala sur des rochers au large de la Punta Nati.

Pourquoi évoquer ce centenaire oublié de la France et de l’Algérie mais largement commémoré à Minorque, tant le naufrage avait marqué les esprits de l’île ? Parce qu’il illustre l’usage que les historiens et amateurs peuvent faire de la bibliothèque numérique Gallica.

  • échos dans la presse en 1910

Le naufrage fit grand bruit en 1910, par le nombre de ses victimes et leur célébrité pour certains d’entre eux, mais surtout parce qu’un seul survivant, âgé de vingt-trois ans échappa à la noyade. Marcel Bodez (1886-1978), agent des douanes nommé à Alger, avait pris le paquebot pour se rendre dans cette ville et prendre son premier poste.

Dans les jours et les semaines qui suivirent le naufrage, la presse relata surtout l’histoire du rescapé à tel point qu’il devint, malgré lui, une vedette internationale tant son récit fut repris par la presse du monde entier.

Le récit du naufrage, du saut de Marcel Bodez dans la mer déchaînée en pleine nuit puis de son refuge dans une grotte, fit le tour du monde, des États-Unis à l’Australie en passant par la Russie. Si évidemment ces traces ne figurent pas à la BnF en raison de la loi sur le dépôt légal, pour ce qui est de la presse nationale, Gallica illustre le propos avec notamment la Une du supplément illustré du Petit journal nº 1006 du 27 février 1910.

Des artistes lyriques disparurent dans le naufrage. En leur mémoire un monument, dessiné par l’architecte Georges Wybo (1880-1943) fut construit à Ris-Orangis sur le terrain de la Maison de retraite des artistes lyriques de la Fondation Dranem.

Ris-Orangis, visite du monument des victimes du Général Chanzy, photographie de presse - BnF, Estampes et photographie

Ris-Orangis, visite du monument des victimes du Général Chanzy, photographie de presse - BnF, Estampes et photographie

Preuve de l’émotion suscitée par le naufrage, le monument fut inauguré en 1911 par Armand Fallières, président de la République. Le monument, avant la liste des artistes décédés porte le texte : “À la mémoire de nos camarades morts victimes du naufrage du « général Chanzy » dans la soirée du 10 Février 1910″. Le monument se trouve désormais dans le jardin d’une villa privée de Ris-Orangis.

L’année 2010 est donc celle du centenaire, qui fête cette fameuse année 1910, l’année de la “Grande comète”, de l’inondation de Paris, de la première de Chantecler et du naufrage.

  • un site consacré au “Général Chanzy”

L’usage qui peut être fait de Gallica est illustré par la réalisation du site web consacré au naufrage et à sa commémoration.
En effet ce dernier propose une revue de presse nationale et internationale relative au sinistre. Pour la presse française, la bibliothèque numérique de la BnF est largement mise à contribution. Et encore il manque le dépouillement de la presse locale du lieu de résidence de Marcel Bodez, avec le Petit-Havre ou Havre-Eclair qui ne manqueront pas d’être exploités s’ils sont numérisés.

Compagnie générale transatlantique, Le Général Chanzy, carte postale

Compagnie générale transatlantique, Le Général Chanzy, carte postale

La Societat Històrico Arqueològica Martí i Bella a décidé de consacrer ses 7es journées de recherche historique de Minorque (5 au 7 février 2010) au naufrage avec un colloque (El naufragio del General Chanzy, la muerte en la memoria (1910-2010)), une exposition, le baptême d’un chemin “Marcel Bodez”, celui qu’emprunta le rescapé de la côte, après avoir escaladé à mains nues et avec les dents, comme il l’écrivit dans une lettre à sa mère, la falaise escarpée jusqu’à la première ferme habitée. Le naufrage semble à tel point raviver les mémoires des minorquins qu’une pièce de théâtre est en préparation !

Le 20 février 1910, le directeur du Théâtre-Cirque Omnia du Havre, Monsieur Hermant, avait filmé Marcel Bodez à son retour de Minorque. Ce film reste inconnu des historiens. Si d’aucuns en possédaient un exemplaire, qu’ils se manifestent auprès de nous !

Olivier Jacquot (BnF)
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Source des images : Bibliothèque nationale de France
Gallica
marine-marchande.net (carte postale)

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Commentaires (1)

  1. Gallica (et la BnF) ne manque décidément pas de ressources comme le prouve la photographie de l’inauguration du monument de Ris-Orangis ! La Societat Històrico Arqueològica Martí i Bella a fait appel à l’historien Jean-Pierre Vinchon du Groupe de Recherche d’Histoire Locale de Ris-Orangis pour localiser le monument aujourd’hui. Si la photo figure sur le site web signalé, son origine n’est pas indiquée.

 

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