Choix du bibliothécaire

Jours de fête, par Jacqueline Lalouette

7 novembre 2010

Entre la Toussaint et le 11 novembre, un ouvrage pertinent pour se documenter ou méditer sur l’histoire et le sens de ces jours fériés qui rythment nos années depuis deux siècles.

Jacqueline Lalouette, Jours de fête - Éd. Tallandier

Jacqueline Lalouette, Jours de fête - Éd. Tallandier

Jacqueline Lalouette, Jours de fête : jours fériés et fêtes légales dans la France contemporaine, Tallandier, 2010, 386 p.

Quand on demande à brûle-pourpoint ce qu’évoque le terme « Toussaint », on reçoit bientôt quatre types de réponses convaincues ou provocantes : Halloween et chrysanthème pour les plus jeunes, célébrations religieuses, fête des saints - débordant de la chrétienté -, 1er novembre - par allusion au jour férié - et pour d’autres encore « rien », de manière plus radicale.

  • quelles fêtes légales ?

Ces réponses variées témoignent d’une grande liberté d’opinion. Elles paraissent aussi représentatives de l’idée que l’on peut se faire aujourd’hui de l’un de ces onze jours fériés qui ponctuent le déroulement de l’année civile et religieuse ; des problématiques qu’ils soulèvent également et de l’éloignement, voire de l’oubli des valeurs symboliques et historiques que les fêtes annuelles recèlent.

D’ailleurs peuvent-elles encore répondre aux souhaits du législateur et du pasteur tels que l’exprime l’auteur : « organiser la vie en société de telle sorte que les Français puissent suivre les préceptes de l’Église en sanctifiant les fêtes d’obligation, et communier dans l’hommage rendu au souverain, dans l’amour de la Patrie, dans l’adhésion à la République, dans la conviction de former une même nation » ?

  • Nouveaux jours fériés en France

Les récents débats qui ont eu lieu autour de l’adjonction de nouvelles fêtes — jours fériés non chrétiens — ou de la suppression du lundi de Pentecôte — ancien jour chômé devenu férié en 1886, dans un contexte de laïcisation et de pressions financières — permettaient d’en douter. Et l’absence de publications récentes sur le thème conjoint des fêtes civiles et religieuses — l’étude partielle d’Albertine Clément-Hémery sur les fêtes civiles et religieuses dans le Nord date de 1836 — a fini par convaincre Jacqueline Lalouette de s’y intéresser de plus près.

La Toussaint à Paris, photographie de presse, 1911 - BnF, Estampes et photographie

La Toussaint à Paris, photographie de presse, 1911 - BnF, Estampes et photographie

Ce thème ressortait d’ailleurs de ses recherches “croisées” personnelles. C’est ainsi que s’appuyant sur des sources juridiques, historiques, littéraires, artistiques, sociologiques, politiques et ethnologiques, Jacqueline Lalouette, (membre de l’Institut universitaire de France et professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lille III,) nous propose aujourd’hui cette étude remarquablement documentée sur un sujet particulièrement sensible au cœur des français. Il touche aux passions politiques, religieuses et économiques dont il est le reflet.

Après avoir montré dans son introduction les ambiguïtés qui demeurent autour de la notion de fête légale, l’auteur montre dans un premier chapitre comment le XIXe siècle agité par une grande instabilité politique et religieuse, débattra à l’infini pour savoir si les fêtes légales devaient être civiles ou religieuses et objet d’un texte de loi ou d’un texte réglementaire. Nuance importante pour les effets juridiques qui en découlent de nos jours encore. Nuance importante également quant à l’affirmation du pouvoir dont elles émanent. Cette période fut féconde en fêtes fondatrices.

Retenons pour l’exemple la Saint Napoléon, dont l’institution ne manque d’intérêt ni sur la forme, ni sur le fonds. Elle fut instituée le 15 août 1806, jour de la fête religieuse de l’Assomption. Elle aurait voulu associer en un même jour et autour d’un même personnage politique, fête civile et religieuse que tous les cultes reconnus étaient invités à commémorer. C’était une façon de reposer la question du théologico-politique qui parcourt sans cesse en filigrane l’histoire de la France.

  • Fêtes nationales

De toutes ces considérations, il reste aujourd’hui quatre fêtes nationales légalement et nommément reconnues comme telles selon les termes de la loi ou selon les règles protocolaires (14 juillet, Fête nationale de Jeanne d’Arc, 8 Mai et 11 Novembre). À quoi il faut ajouter des journées nationales qui ne sont pas des fêtes légales mais qui sont tout aussi bien célébrées.

Dans le même temps toutefois, le nombre de fêtes religieuses que d’aucuns trouvaient trop important, dut être diminué et ramené à quatre suivant l’indult du cardinal Caprara du 9 avril 1802. Il fut donné au lendemain du Concordat de 1801 conclu par Pie VII et Bonaparte pour la reconnaissance par l’Église catholique du gouvernement consulaire, et de la publication des articles organiques du 8 avril 1802 qui réglait le régime des cultes reconnus.

Les étrennes de tout le monde pour l année 1813, estampe - BnF, Estampes et photographie

Les étrennes de tout le monde pour l année 1813, estampe - BnF, Estampes et photographie

Ces fêtes chrétiennes dites « cardinales », ont sûrement plus accusé les rides du temps que les fêtes civiques. Les nombreuses évolutions à l’intérieur même des Églises (spiritualité, théologie, pratiques de piété, ajouts d’éléments profanes et/ou folkloriques tels la crèche ou l’arbre de Noël) furent longuement commentées dans la presse et dans la littérature. Elles ne se sont pas imposées sans difficulté. Mais devant la déchristianisation parfois outrancière de la célébration de certaines fêtes, des mouvements de résistance chrétiens et non-chrétiens se sont manifestés. Ils invitent d’ailleurs, comme le fait Jacqueline Lalouette, à discerner dans les éléments traditionnels du passé ceux qui peuvent avoir aussi valeur de patrimoine national.

Le livre de Jacqueline Lalouette n’est pas un livre tout à fait ordinaire. S’il nous fait comprendre à travers le déroulement des faits et l’évolution des opinions comment la France s’est à la fois construite et divisée autour du choix et du déroulement de ses jours fériés, il ne prétend pas répondre aux questions qui se posent aujourd’hui dans la société française. En revanche, cette mise en scène de deux siècles d’histoire, présentée de manière aussi critique et rigoureuse que chaleureuse et généreuse, nous invite à la réflexion. Chacun pourra alors trouver les éléments de réponse propres à se faire une idée juste en un moment où s’affrontent libertés publiques et libertés individuelles, où les fêtes deviennent également le lieu d’expression des différences sociales et sociétales.

Dominique Moulin-Garrivier (BnF)

NB : À découvrir sur la Bibliothèque numérique Gallica, des extraits sonores liés au thème des fêtes populaires et religieuses : Noël
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Source des images : Bibliothèque nationale de France / Éditions Tallandier
Gallica - La Toussaint à Paris - Les étrennes 1813

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