BnF, Collections et patrimoine

Prospectus pour une traduction française de la Cyclopaedia de Chambers

12 décembre 2010
Ephraim Chambers, frontispice de Cyclopædia, 1748 - University of Wisconsin Digital Library

Ephraim Chambers, frontispice de Cyclopædia, 1748 - University of Wisconsin Digital Library

Les catalogues et les magasins des bibliothèques réservent parfois des surprises heureuses aux bibliographes ! Ainsi d’un prospectus récemment identifié qui éclaire la génèse du projet de traduction française de la Cyclopædia de Chambers, lancé en 1745 par un libraire parisien puis abandonné, mais dont l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert est l’aboutissement final.

  • sur le modèle de l’encyclopédie anglaise de Chambers

C’est à l’occasion d’un chantier de corrections de notices du catalogue général de la Bibliothèque nationale de France, chantier conduit par le service de l’Inventaire rétrospectif depuis le début de l’année 2010, que l’on vient de découvrir dans les collections de la BnF un exemplaire coté X-1246, mais non catalogué, du prospectus annonçant la publication par l’imprimeur-libraire parisien André-François Le Breton de la traduction française de Cyclopædia, or an Universal dictionary of arts and sciences d’Ephraïm Chambers, publié à Londres en 1728.
Proposée par souscription, la publication y était présentée sous le titre suivant : Encyclopédie, ou Dictionnaire universel des arts et des sciences, le prospectus étant lui-même daté de 1745.

L’encyclopédie de Chambers, composée de deux volumes in-folio, connut un grand succès comme en témoignent ses nombreuses rééditions (cinq rééditions de 1739 à 1752). La classification des domaines de la connaissance sous la forme d’un arbre généalogique des connaissances et le système des renvois en constituaient les aspects les plus remarquables. En 1745 André-François Le Breton souhaita publier une traduction française de la « Cyclopædia » et s’assura la collaboration de deux traducteurs : l’Allemand Godefroy Sellius et l’Anglais John Mills. Un privilège royal lui fut accordé le 26 mars 1745 mais ce projet échoua en raison des différends qui l’opposèrent à ses collaborateurs. Une deuxième tentative eut lieu en 1746, réunissant trois libraires parisiens : Antoine-Claude Briasson, Michel-Antoine David et Laurent Durand, avec comme éditeur scientifique l’abbé Jean-Paul de Gua de Malves, mais cette tentative se solda par un nouvel échec. De Gua de Malves fut remercié et la traduction française ne vit jamais le jour.

Toutefois ce qui devait à l’origine se présenter comme une simple traduction se transforma en une entreprise de grande envergure prenant pour modèle l’ouvrage de Chambers : l’Encyclopédie, sous la direction de Diderot et d’Alembert, en 35 volumes in-folio, publiée entre 1751 et 1772 par le même Le Breton.

  • un exemplaire présent dans les collections mais absent des catalogues

Non estampillé, inscrit au registre d’inventaire de la lettre X, à la cote X-1246 (dans le fonds “non porté”, c’est-à-dire non porté au catalogue) et sous le titre « Chambers, Encyclopédie », le prospectus de 1745 n’avait cependant jamais été catalogué. Il ne figurait ni au Catalogue général Auteurs imprimé, ni au fichier des Anonymes. Il semble cependant avoir fait l’objet d’une restauration assez récemment, peut-être à l’occasion du récolement qui a préparé le déménagement des collections de la rue de Richelieu au site F.-Mitterrand.

N’apparaissant pas aux catalogues, la présence de ce document dans les collections de la Bibliothèque nationale de France était inconnue des chercheurs et des bibliothécaires. Ce prospectus fut donc assez logiquement absent de l’exposition L’Encyclopédie et les encyclopédistes organisée par le Centre international de synthèse à la Bibliothèque nationale en 1932. Lors de l’exposition Diderot et l’Encyclopédie, qui eut lieu à la Bibliothèque en 1951, à l’occasion du bicentenaire de la publication du premier volume de l’ Encyclopédie, c’est un exemplaire provenant de la collection de M. Douglas H. Gordon à Baltimore qui fut présenté.

Ce prospectus est un document extrêmement rare — on ne le trouve pas dans les catalogues collectifs nationaux français ou étrangers — et on ne peut que se féliciter de sa réapparition car il représente une étape essentielle de l’histoire de l’Encyclopédie.

Signalons que les visiteurs présents sur le site F.-Mitterrand de la BnF peuvent librement voir ce prospectus, présenté en vitrine dans l’Abécédaire des collections (Hall Est), du 10 décembre 2010 au 17 mars 2011.

Adeline Sarrut (BnF)

Pour en savoir plus sur la Cyclopædia d’Ephraïm Chambers, visitez les pages de la bibliothèque numérique de l’Université de Wisconsin, auxquelles est empruntée le frontispice de l’édition de 1728 illustrant ce billet.

[Prospectus. Paris. Le Breton, André-François. 1745]

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Commentaires (3)

  1. Ce billet plaide pour le traitement du fonds des prospectus conservé par la BnF et tel que décrit dans ce mémoire, consultable en texte intégral (mémoire et annexes) sur le site de l’enssib

  2. Intéressant, en effet ! Les seuls exemplaires connus de ce Prospectus étaient, sauf erreur, celui de Gordon et celui de l’Université Keio de Tokyo (voir Y. Sumi “De la Cyclopaedia à l’Encyclopédie”, in Sciences, Musique Lumières, SIEDS, Ferney-Voltaire 2001

  3. La Bibliothèque municipale du Havre en conserve aussi un exemplaire, provenant des papiers du négociant Michel Joseph Dubocage de Bléville (ms 701).

 

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