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Sonore, la BnF !

30 août 2011
Bibliothèque nationale de France, salle de lecture, Rez-de-jardin - © photo Marie-Paule Nègre-METIS/BnF

Bibliothèque nationale de France, salle de lecture, Rez-de-jardin - © photo Marie-Paule Nègre-METIS/BnF

Ventilations des ordinateurs voisins, cliquetis des touches, indicatifs sonores de Microsoft, sifflement d’imprimantes aux bornes d’accueil, conversations entre personnel et lecteurs au poste d’information… la bibliothèque n’est plus guère un lieu de silence.

Pire, elle est de moins en moins un lieu de concentration sur le texte,
sur une chose dans la longue durée. Depuis, en particulier, l’arrivée d’une connexion Internet individuelle sur les tables même des lecteurs de la BNF, quelque chose a changé dans la circulation d’une énergie que je ressentais comme simultanément engagée dans une attention individuelle soutenue et partagée dans une communauté de concentrations. Même dans un relatif silence, ce courant énergétique est autre, distrait, perverti.

Il serait vain de sombrer dans la nostalgie de bibliothèques calfeutrées, où les pas et le mouvement de plumes sur le papier chuchotaient certes les déplacements et les mouvements d’esprit des lecteurs, mais où le lecteur était lecteur, et non tout à la fois consulteur, réserveur de billets de train, correspondant électronique, zappeur, écouteur de musique de fond. Mais ne pourrait-on imaginer la possibilité d’un refuge dans une bibliothèque de l’ampleur de la BNF ? Une série de tables dont la technique serait absente ? Des tables réservées aux livres pour ceux qui souhaiteraient s’éloigner, dans l’hétérotopie de la bibliothèque, de l’omniprésence de l’ordinateur ?

A la bibliothèque centrale de la Freie Universität Berlin cela se fait déjà : tout comme les trains ont des espaces sans portables et tout lieu public des espaces non-fumeur, la bibliothèque a une salle de lecture sans ordinateurs. Au lecteur de choisir de réserver sa place dans un lieu différencié de tous ceux qui commencent à se ressembler partout, pour tout type d’activité. Au gré de son succès, que je devine assuré à la BNF, cette zone de la bibliothèque pourrait s’approprier quelques travées supplémentaires, ou au contraire, si la technique était somme toute victorieuse, se rétracter facilement.

Ariane Wilson
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Source de l’image : Bibliothèque nationale de France

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Publié par Ariane Wilson

Lectrice régulière à la BNF et enseignante à la Faculté d’Architecture d’Aix-la-Chapelle, Allemagne.

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Commentaires (3)

  1. Je partage votre point de vue dont j\’apprécie la formulation. Mais je crains par avance, qu\’en France la mise en place d\’espaces réservés à des pratiques silencieuses et, en l\’occurence à la BnF, de zones dédiées au respect du silence nécessaire à la lecture et à la concentration, ne soit pas plus respectée que cela n\’est le cas actuellement dans les wagons de train.

  2. chère Ariane Wilson,

    comme je partage votre point de vue !

    En ces temps où l\’on confond l\’addiction aux réseaux avec de vrais liens sociaux, le butinage sur internet avec des recherches approfondies qui se construisent peu à peu, avec des tours et des détours dans des sources pérennes, osons écrire des mels comme les votres …

    Oui le silence est fécond!

    Merci à vous et bon cheminement dans cette bibliothèque qui, je l\’espère, comme vous , devrait proposer des espaces propres au silence et à la concentration, délivrés de ces nouvelles technologies, sans ordinateurs , sans portables, sans lecteurs sonores.

    Après tout, on ne trouve pas des frigidaires partout……

    Belsamon

  3. Que de jugements implicite dans cet apologie du silence. Depuis que Platon a condamné les livres, on n\\\’a de cesse de regretter un avant largement fantasmé. L\\\’avez-vous connu ? Analysé ? Qui venait en bibliothèque ? pourquoi ?
    La BnF a aussi des archives sonores. Tourner des pages fait du bruit : insupportable ! La rue, la vie sont bruyantes. Quand à la BnF elle s\\\’ouvre déjà très difficilement à la nouveauté. A quoi c\\\’est vrai ! il n\\\’y a pas de wifi…
    Quant à prendre comme modèle les wagons de train, c\\\’est un trait d\\\’humour bien senti !

 

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