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Un prince de Serendip au pays de Mars

5 mars 2012
Maquette de costume pour Aïda, de Verdi : guerrier, 1880 - BnF, Bibliothèque-musée de l Opéra

Maquette de costume pour Aïda, de Verdi : guerrier, 1880 - BnF, Bibliothèque-musée de l Opéra

Mars. L’un des princes de Serendip se sent l’humeur… martiale. Lequel, me direz-vous ? Ils sont trois. Qu’importe, choisissez. Cela n’a aucune espèce d’importance.

Comme ce noble jeune homme est un personnage de fiction, nous l’aimerions mieux vêtu à l’orientale, plus proche d’un prince au cheval d’ébène que d’un imperator à la cuirasse brillante, et nous l’invitons à franchir les portes de ce palais oriental des Mille et une nuits imaginé par le décorateur Philippe Chaperon en 1881 pour une représentation au Théâtre du Chatelet.

Derrière ces murs, les réserves de costumes. Regardez avec ses yeux ici ou . Il cherche, fouille, délaisse caftans et manteaux pour enfiler un costume de guerrier dessiné par Eugène Lacoste pour Aïda, opéra de Giuseppe Verdi représenté au théâtre de l’Opéra (salle Garnier) le 22 mars 1880.

Virgil Solis, le dieu Mars - BnF, Estampes et photographie

Virgil Solis, le dieu Mars - BnF, Estampes et photographie

À partir de cet instant, toutes sortes de Vénus plus ou moins réelles cherchent à l’attirer, qui, derrière les tentures de la salle des Amours des dieux, qui vers un bal masqué ou une scène de caf’conc.

Il s’échappe, contournant la fière figure du dieu Mars, gravé par Virgil Solis (1514-1562), aussi harnaché qu’un avaleur de sabres, et débouche dans l’ombre d’immenses Ficus benghalensis, tout près des temples hindous d’Agari, dessinés par Thomas Daniell (1749-1840), qui publia, avec son neveu William, en livraisons successives, entre 1795 et 1808, les planches de leur voyage aux Indes, intitulé Oriental scenery.

Suivre le cours de l’eau est aisé, mais on n’échappe pas si facilement à Mars, et le prince de Serendip se retrouve au bord de “L’île d’amour et repos de Pêche en largeur [qui] est située entre la place de Mars de la Ville Royale et le camp fortifié de l’élite-gardes”. C’est là le domaine du sieur Jean-Jacques Lequeu, architecte visionnaire (1757-1825?) qui a fait don de tous ses dessins à la Bibliothèque Royale peu avant sa mort. Certes le lieu est beau, mais un peu trop parfait, voire inquiétant. Le prince sort de l’image en traversant le bosquet touffu à l’arrière de la planche.

Jean-Jacques Lequeu, L île d amour et repos de pêche en largeur... - BnF, Estampes et photographie

Jean-Jacques Lequeu, L île d amour et repos de pêche en largeur... - BnF, Estampes et photographie

Comme il se sent mieux dans ce nouveau jardin où la Révolution française n’est pas encore passée. Trois beautés s’y promènent au parc Monceau, nouvellement créé, au milieu des ruines du Temple de Mars, dans une Vue dessinée par l’aimable Louis Carrogis de Carmontelle (1717-1806), et gravée par un L’Épine dont on ne sait pas grand chose.

Le calme ne dure pas longtemps. Quel bruit, quelle effervescence, que de poussière et d’énergie. Le Champ de Mars est en chantier pour la Fête de la Fédération ! Terrassiers, femmes, vieillards, enfants, religieux, tous y sont et se démènent. Les femmes piochent avec des airs de Bellone, un abbé transporte sa hotte de terre sous un parasol, des charrettes sont tirées et poussées par des groupes d’ahanants volontaires.

Travaux au Champ de Mars, 1790 - BnF, Coll. De Vinck 3725

Travaux au Champ de Mars, 1790 - BnF, Coll. De Vinck 3725

Le prince de Serendip peut en témoigner lui-même et c’est ce qui est désormais écrit au bas de la planche publiée en 1790 et collectionnée, avec des milliers d’autres, par le baron Eugène De Vinck de Deux-Orp (1823-1888) pour garder la mémoire de ces temps-là (Un siècle d’histoire de France par l’estampe, 1770-1870) :

Ceux qui ont vu, il y a peu de jours le Champ de Mars et qui le revoyent aujourd’hui sont surpris de la métamorphose qui s’y est opérée : cette plaine immense a été transformée tout-a-coup en un vaste et superbe cirque. C’est sans exemple et jamais on a vu chez aucun peuple travailer avec autant d’ardeur et de zele, d’après les bruits qui couraient que ces travaux ne seroient pas fini pour la fête du 14 juillet…

Cependant, le refrain “Ah ça ira ça ira ça ira” résonne en boucle dans la grande plaine. Ça gronde dans les poitrines et annonce d’autres orages. Près d’un bloc de pierre, le prince s’étant endormi de fatigue et d’émotions, ses pérégrinations sont maintenant à suivre dans un nouveau billet.

Odile Faliu (BnF)

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p.s. La suite du voyage du prince de Serendip est à lire dans ce billet.

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