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Chercheurs de demain : comment les doctorants britanniques travaillent-ils ?

22 août 2012
Tuition and research supervision by experts - CC par IOE London

Tuition and research supervision by experts - CC par IOE London

La British Library et le JISC (Joint Information Systems Committee) viennent de faire paraître une très intéressante étude sur les pratiques de travail, de recherche d’information et de publication des doctorants étudiant dans les universités du Royaume-Uni :

Researchers of to-morrow : the research behaviour of Generation Y doctoral students.

Elle fait suite à une autre étude qui avait suscité beaucoup d’intérêt à sa parution en 2008, The Google Generation: Information Behaviour of the Researcher of the Future [fichier .pdf – 1,66 Mo – 35 p.]. La Google generation y était définie comme la population née après 1993, composée de ceux qu’on appelle souvent les digital natives (hélas, on ne trouve pas d’équivalent en français dans France Terme). La génération Y est définie ici comme composée d’individus nés entre 1982 et 1994, soit en âge de préparer un doctorat. Ils sont jeunes, mais leur formation initiale s’est déroulée dans un environnement éducatif non encore entièrement dominé par l’informatique.

  • les doctorants de la génération Y

L’étude, menée entre juin 2009 et décembre 2011, comprend deux volets complémentaires.

- Une étude longitudinale a été menée pendant deux ans et demi sur 60 doctorants nés après 1982, issus de 36 universités du Royaume-Uni, travaillant dans différents domaines : arts and humanities (arts, littératures, sciences humaines), sciences sociales, sciences, technologie et médecine.

- Une étude quantitative annuelle a été adressée sous forme d’un questionnaire en ligne relayé par les universités aux doctorants étudiant au Royaume-Uni, et a été menée sur trois années successives. Elle a connu un très grand succès puisqu’elle a suscité 17 113 réponses de doctorants issus de 70 établissements d’enseignement supérieurs (on comptait 87 780 doctorants actifs au Royaume-Uni en 2010-2011). Peut-être le sentiment de solitude exprimé par un nombre significatif de répondants est-il à l’origine de cet enthousiasme ?

L’étude a permis de comparer les pratiques des doctorants de la génération Y à celle des doctorants plus âgés et de comparer les pratiques de doctorants de filières différentes. Elle est très riche et rédigée de façon claire et agréable. Elle mérite d’être lue intégralement (évidemment, elle est en anglais). En voici quelques éléments saillants :

Leeds University - CC par milwardoliver

Leeds University - CC par milwardoliver

  • quelles (res)sources utilisent-ils ?

Les doctorants en général et les doctorants de la génération Y en particulier s’appuient massivement dans leur travail sur des publications secondaires (en particulier des articles de périodiques en ligne, publiés dans des revues à comité de lecture), et de moins en moins sur des sources primaires (articles de journaux, images, bases de données factuelles…). L’argument avancé en général est le manque de temps, la thèse devant être achevée en trois ans. Cette tendance peut susciter des inquiétudes quant à la qualité de la recherche à venir.

Les doctorants de la génération Y ont du mal à appréhender l’univers des publications en ligne : les notions d’open access, de copyright, d’archives ouvertes leur semblent floues. Cette méconnaissance influe sur leurs pratiques de recherche d’information (frustration devant la limitation des accès à des ressources payantes, stratégies de contournement à mettre en œuvre, tendance à se contenter du résumé de l’article, perplexité face aux ressources accessibles en open access), et sur leurs pratiques de publication (malgré une adhésion large à l’idée que les résultats de la recherche doivent être largement partagés, l’univers hors revues traditionnelles est considéré avec méfiance).

Bien qu’ils soient ouverts aux nouveaux outils de la connaissance (visualisation 3D, data mining…) et aux technologies du web 2.0 (blogs, wikis, Twitter, fils RSS…), les doctorants de la génération Y ne les utilisent dans leur travail de thèse que parcimonieusement et avec prudence. Ils les consultent, mais y publient peu. Ils mettent en doute leur légitimité comme source de référence.

Les doctorants de la génération Y travaillent souvent de façon solitaire. Ils apprécient peu les outils de formation en ligne, de même qu’ils n’aiment pas lire sur écran. Ils privilégient les relations avec leurs pairs et sont demandeurs de formations à la carte. S’ils fréquentent peu les bibliothèques, ils apprécient l’aide apportée par les bibliothécaires quand ils ont fait appel à eux. La relation avec leur directeur de thèse est essentielle et peut constituer un frein à l’innovation s’il n’y est pas lui-même sensibilisé.

L’ensemble du rapport donne l’image d’une génération plus ouverte que les doctorants plus âgés, mais encore timide face à l’univers numérique, plus consommatrice qu’actrice. On peut y lire des différences significatives entre les filières.

Centre de culture numérique, Université de Strasbourg

Centre de culture numérique, Université de Strasbourg

  • enquêtes similaires en France

Des enquêtes du même type, mais plus restreintes ont été menées en France : on peut citer par exemple l’Enquête sur les besoins de formation des doctorants à la maîtrise de l’information scientifique menée en 2008 auprès des doctorants de l’Université de Bretagne ou Les doctorants : Profils et conditions d’études [fichier .pdf – 165 Ko – 6 p.], publié par l’Observatoire national de la vie étudiante en 2010.

  • à savoir

Rappellons que la BnF offre à ses lecteurs un atelier individuel et personnalisé (donc répondant parfaitement aux demandes des doctorants interrogés lors de l’enquête) : « Préparer sa thèse de sciences humaines à la BnF », gratuit et sur rendez-vous.

Caroline Rives (BnF)
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Source des images :
Creative Commons
- Institute of Education, London - Tuition
- milwardoliver - Leeds Uni
- Centre de culture numérique, Strasbourg - Espace

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Commentaires (3)

  1. A défaut de France terme, vous pouez consulter le Grand dictionnaire terminologique (canadien). Pour Digital native, il donne :
    natif numérique
    Définition : Personne née après 1974, qui a grandi dans un monde numérique, qui est familière avec les ordinateurs, les jeux vidéo et Internet, et qui passe une grande partie de sa vie en ligne.
    Notes: On considère que les natifs numériques ont une connaissance de l’informatique et des nouvelles technologies (le langage du numérique) comme si c’était leur langue maternelle (donc ils la parlent sans accent), alors que les immigrants numériques ont une connaissance de celles-ci comme s’ils parlaient une langue seconde (tels des immigrants parlant une autre langue que la leur, mais avec un accent). Chez ces derniers, qui ont un pied dans le passé (celui d’avant l’informatique), cet accent, tel celui d’un immigrant, est maintenu à travers certains de leurs comportements, par exemple, imprimer leurs courriels.
    (fiche rédigée par l’Office québécois de la langue française, 2004) http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca

  2. Intéressant billet à compléter éventuellement avec l’enquête Les BU britanniques et la recherche (2011) dont on trouvera un résumé sur notre blog Insula (Université Lille 3) : http://bsa.biblio.univ-lille3.fr/blog/2011/07/bu-britanniques-et-recherche/

  3. Beaucoup trop court, un enorme merci pour ce plaisir passe sur votre page.

 

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