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Les irréguliers de l’art [la question SINDBAD du jeudi]

27 juin 2013

Chaque jeudi, le service de questions-réponses SINDBAD vous propose de découvrir une question posée par un internaute et la réponse des bibliothécaires.

Séraphine Louis, L-arbre de Paradis, vers 1928-30. Musée d_art et d_archéologie de Senlis

Séraphine Louis, L-arbre de Paradis, vers 1928-30. Musée d_art et d_archéologie de Senlis

  • La question :

Je suis en train d’écrire un article sur la situation actuelle de l’art brut en Europe pour une revue japonaise. Je suis tombée sur votre bibliographie “Les irréguliers de l’art”.  J’ai trouvé intéressante cette idée  d’englober l’art brut, l’art naïf, l’art singulier dans “les irréguliers de l’art”. Comment avez-vous trouvé ce mot “les irréguliers”? Pourquoi l’avoir choisi ? Cet usage existait-il déjà ?

  • La réponse de SINDBAD :

Merci de l’intérêt que vous portez à cette bibliographie. L’expression d’ “irréguliers de l’art” a été utilisée par Jean Dubuffet lui-même avant qu’il ne forge celle d’ “art brut” qui s’est finalement imposée. Mais jugé peut-être moins dogmatique, le terme d’ “irréguliers”, à côté d’autres expressions concurrentes (”singuliers de l’art”, “outsider art”, “création franche”, etc.) a été repris par de nombreux critiques : Hubert Damish, par exemple, qui s’en est servi dans l’article “Art brut” de l’Encyclopaedia Universalis, ou encore Jean-Luc Chalumeau ou Hervé Gauville.

Sur le fond, l’hypothèse d’une continuité des arts dits “brut”, “naïf”, “des fous” ou “visionnaire” a été brillamment illustrée par Christian Delacampagne dans l’ouvrage suivant :

Outsiders : fous, naïfs et voyants dans la peinture moderne : 1880-1960. Paris, Mengès, 1989. 140 p. (notice du catalogue général)

Dans ce livre, l’auteur insiste particulièrement sur l’une des caractéristiques communes à tous ces artistes, quelles qu’en soient les dénominations, à savoir une certaine forme d’exclusion sociale. Or, la notion de “marginalité” est bien présente dans le terme d’”irréguliers” et cela au moins depuis que Jules Vallès l’utilise dans son premier livre publié (1865), Les Réfractaires. Il intitule le deuxième chapitre de celui-ci “Les irréguliers de Paris”. Le vocable serait apparu un peu plus tôt encore dans le milieu de la bohème littéraire avec une connotation clairement “anti-bourgeoise” pour désigner tous ceux, du vagabond à l’artiste ou au poète en passant par l’insurgé, qui, vivant hors normes, rejettent ou se contentent d’ignorer les règles de vie imposées par la “bonne société”, les modèles de comportement créés par celle-ci… On pourrait aussi parler de “non-conformisme” si l’expression n’avait un peu perdu de sa force aujourd’hui. Mais l’idée est à peu près la même, qu’il s’agisse de l’art ou de la vie, et que l’exclusion dont il s’agit soit plus ou moins choisie ou imposée…

Consulter le roman Les réfractaires dans la bibliothèque numérique Gallica

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Le service SINDBAD répond à vos questions sur tous les sujets, que vous soyez ou non lecteur de la BnF. Vous pouvez poser votre question en remplissant le formulaire pour une question complexe, ou, pour une information rapide, par chat ou par téléphone.

Découvrir d’autres questions-réponses archivées par SINDBAD.

Isabelle Copin (BnF)
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Source de l’image : Wikimedia commons, cc by P.poschadel

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Commentaires (1)

  1. On peut aussi citer le livre collectif dirigé par Fbienne Hulak : la mesure des irréguliers . Symptôme et création. Z’éditions 1990

 

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