BnF, Services aux lecteurs

Une loge était-elle la maison d’un miséreux ? [la question SINDBAD du jeudi]

7 novembre 2013

Chaque jeudi, le service de questions-réponses SINDBAD vous propose de découvrir une question posée par un internaute et la réponse des bibliothécaires.

Coeur et Désir devant la cabane de Mélancolie, in Le Coeur d_Amour épris, 1480? BnF Manuscrits

Coeur et Désir devant la cabane de Mélancolie, in Le Coeur d_Amour épris, 1480? BnF Manuscrits

  • La question :

Nous avons trouvé que l’on appelait “loges” les petites maisons basses qui étaient destinées à l’hébergement des miséreux à partir du Xe siècle, mais nous ne sommes pas très sûrs que ce mot soit bien approprié. Merci de nous donner votre avis.

  • La réponse de SINDBAD :

Quand on se réfère à des dictionnaires étymologiques, comme le Trésor de la Langue française, établi par le CNRS, on trouve que ce mot, apparu au XIIe siècle, signifie d’abord abri de feuillages :
“Ca 1135 « abri de branchages, de feuillages » (Couronnement Louis, éd. Y. G. Lepage, réd. AB, 828); b) ca 1200 « niche à chien » (Doon de la Roche, 3204 ds T.-L.); 2. a) ca 1135 « antichambre qui précède la salle principale d’un château » (Couronnement Louis, 1619); b) 1181-90 « galerie, tribune » (Chrétien de Troyes, Conte du graal, éd. F. Lecoy, 8954)”

Si on consulte le Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle de Frédéric Godefroy, on note que, là aussi, il s’agit d’abord d’un abri de feuilles, puis de tentes, avant d’arriver à de petites maisons : voir la définition de loge dans ce dictionnaire. (Pour les citations, il faut savoir que “Raoul de Cambrai” date du dernier quart du XIIe, “Aucassin et Nicolette” aussi, et “la Chevalerie Ogier” de même).

Enfin, si on feuillète un dictionnaire qui répertorie un langage un peu plus proche (celui de la Renaissance), on aboutit au même résultat. Le Dictionnaire du Moyen Français (1330 - 1500) du laboratoire ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française) indique :
A. - “Abri” : 1. “Abri (en partic. de feuillage), hutte, cabane” - 3. “Tente” . - 4. Prendre loge. “Se loger (dans les tentes ?)”
Voir la définition de loge dans le Dictionnaire du Moyen Français

Il n’est donc pas faux de penser que des “loges” abritaient des gens pauvres ou très pauvres. En revanche, le terme n’apparaît dans les documents écrits qu’à partir de la moitié du XIIe siècle, et non pas au Xe (ce qui ne veut pas dire qu’il n’était pas utilisé, mais qu’on n’en trouve pas trace dans les textes littéraires).

———————-

Le service SINDBAD répond à vos questions sur tous les sujets, que vous soyez ou non lecteur de la BnF. Vous pouvez poser votre question en remplissant le formulaire pour une question complexe, ou, pour une information rapide, par chat ou par téléphone.

Découvrir d’autres questions-réponses archivées par SINDBAD.

Isabelle Copin (BnF)
______

Source de l’image : Banque d’images de la BnF

Partager ce billet
  • TwitThis
  • Facebook
  • E-mail this story to a friend!
  • Print this article!
  • LinkedIn
Adresse du rétrolien (trackback) pour ce billet :
http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2013/11/une-loge-etait-elle-la-maison-dun-misereux-la-question-sindbad-du-jeudi/trackback/

 

Laissez un commentaire