Manifestations

Retour sur l’atelier du livre de la BnF “Lire et publier en temps de guerre”

6 juin 2014

L’atelier du livre “Lire et publier en temps de guerre”, organisé par le service de Documentation sur le livre et la lecture au département Littérature et art, s’est tenu le 13 mai 2014 à la Bibliothèque nationale de France. Il  situait la problématique de l’édition (qui sous-tend ces manifestations) dans le contexte des conflits du XXe siècle. Il faisait le lien avec l’exposition “Été 1914″, en cours à la BnF, mais a également abordé les répercussions de la Seconde Guerre Mondiale et de la guerre d’Algérie sur le monde éditorial en France, mais aussi au Québec.
Paradoxalement, on se rend compte que l’ébranlement des structures économiques et sociales, malgré les difficultés liées aux pénuries ou à la censure, peut favoriser des recompositions intéressantes ou susciter des modes d’expression novateurs.

La journée a été introduite par Pascal Fouché, dont les travaux sur l’édition pendant l’Occupation en France sont bien connus. La période 1914-1918 a moins été étudiée, mais l’actualité liée au centenaire de l’entrée en guerre suscite de nouvelles recherches, par exemple chez Nicolas Dupré qui a travaillé sur les écrivains combattants. Pascal Fouché en a souligné quelques grandes caractéristiques : la désorganisation des entreprises due à la mobilisation de leurs salariés, la vogue des livres traitant de la guerre qui monopolisent les prix littéraires. La période de l’Occupation est dominée par la pénurie de papier, le contrôle des publications par le biais de sa répartition et la censure. Les difficultés de la vie quotidienne suscitent un fort appétit de lecture, ce qui permet aux éditeurs d’écouler leurs fonds de stocks, et aux bibliothèques de ne pas voir baisser leur fréquentation malgré les restrictions de lumière et de chauffage.

Carine Picaud, conservatrice à la Réserve des livres rares, a présenté le corpus numérisé des gazettes de poilus. Il s’agit d’une presse imprimée ou autographiée destinée à soutenir le moral des troupes, accordant une large place à l’humour et aux jeux de mots, parfois illustrée par des artistes talentueux, réalisée dans des conditions difficiles. Le fonds de la BnF y est entré grâce à Charles de la Rancière qui a fait appel aux poilus pour qu’ils y déposent leurs publications (qu’il aurait été impossible d’obtenir par le dépôt légal pour les titres qui n’étaient pas imprimés à l’arrière). Les 141 titres différents conservés dans les collections de la BnF et de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine ont fait l’objet d’une opération de numérisation partagée. Ils sont accessibles sur Gallica. Une page spécifique leur sera prochainement consacrée, mais on peut retrouver la liste des titres correspondant en tapant “LC6 Réserve” dans le module “Recherche par mot” du catalogue général de la BnF. Ce corpus est appelé à s’enrichir à partir des collections d’autres bibliothèques.

François Vignale, chercheur à l’Université du Maine, Centre de recherches historiques de l’Ouest, a retracé l’itinéraire de deux acteurs majeurs de l’édition à Alger entre 1940 et 1944, Max-Pol Fouchet et Edmond Charlot. Le premier crée la revue “Fontaine”, le second “Les vraies richesses”, librairie, bibliothèque et maison d’édition. Tous deux rencontrent un incontestable succès, lié à la possibilité d’éditer des textes un peu plus librement qu’en France métropolitaine, et à une capacité remarquable à contourner tous les obstacles pour se procurer du papier et diffuser en zone Sud. Ils publient des textes majeurs comme “Le silence de la mer”, dont les 5000 exemplaires sont écoulés en deux jours, ou le poème de Paul Éluard, “Liberté”, qui échappa à la censure en paraissant dans “Fontaine” sous le titre “Une seule pensée”… Chacun d’eux tentera sa chance à Paris après la Libération, mais sans succès, les structures classiques de l’édition reprenant leur position dominante.

Enfin Martin Doré, chercheur à l’Université de Sherbrooke, a décrit la fondation de l’édition québecoise à la faveur de la rupture des relations commerciales entre le Canada et la France à la suite de l’armistice franco-allemand. Les livres français n’arrivant plus, le contexte est favorable à la création ou au développement de maisons d’édition francophones : Bernard Valiquette, Paul-Aimé Martin avec Fidès, Lucien Périzaud, Berthe Simpson publient des copies d’éditions françaises, des rééditions, des oeuvres d’écrivains français exilés, des livres français tombés dans le domaine public et enfin des écrivains québecois. Leurs choix éditoriaux sont diversifiés et ils mettent en place des réseaux efficaces de distribution au delà des librairies traditionnelles. La fin des conflits ne mettra pas fin à leur activité.

  • En savoir plus

Comme toujours, la manifestation était accompagnée d’une bibliographie réalisée par le département Littérature et art. On peut la retrouver en ligne.

Photo : Maidan, Kiev (Ukraine) 22 février 2014. Par Guillaume Herbaut

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Commentaires (1)

  1. Bonjour,

    C’est avec toujours beaucoup d’attention que je lis les livres et récits qui parle de la seconde guerre mondiale.
    Merci pour tout les liens de sites que vous proposez dans cet article, j’en connaissais qu’un seul, je vais partager votre page sur mon groupe facebook qui parle de la guerre, merci encore.

    Cordialement
    Yann oesknar

 

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