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Disparition de Jean-François Vilar

2 janvier 2015
Nous cheminons entourés de fantômes...

Nous cheminons entourés de fantômes...

Le décès le 16 novembre 2014, de l’écrivain Jean-François Vilar n’a pas fait les gros titres des médias. Cette disparition est à l’image de cet homme discret, qui ne paradait pas à la télévision, ne donnait pas d’interviews tapageurs et ne jouait pas un rôle factice de provocateur.

Né le 14 mars 1947, il suit des études de philosophie, et devient très vite un militant trotskiste, ce qui le conduit à devenir journaliste dans le quotidien de la Ligue Communiste Révolutionnaire, Rouge. En 1981, il démissionne, et de son organisation politique, et de son métier.

Il se tourne alors vers le roman noir :

Je n’ai jamais aimé la littérature policière, ce qui m’intéresse c’est la littérature délinquante.

En 1982 il publie C’est toujours les autres qui meurent, un titre emprunté à Marcel Duchamp. Ce livre, qui obtient le Grand Prix Télérama du roman noir, est emblématique de son œuvre à venir : on y trouve déjà son héros récurrent, le photographe Victor Blainville, ancien militant passionné par ses trois chats (Radek, Kamenev et Zinoviev), le lyrisme de la flânerie (ou de l’errance) parisienne, le désenchantement des rêves enfuis, et des scénarios complexes mais solides. Dans ce livre se mêlent le crime, l’art de Duchamp (et son personnage Rrose Sélavy), un léger décalage avec la réalité, et les passages de Paris.

Mêlant une profonde érudition, notamment sur l’histoire du mouvement ouvrier, les arcanes de la littérature populaire, les convulsions de la Révolution Française ou Soviétique, les références aux grands films, ces enquêtes qui n’en sont pas vraiment, ces déambulations poétiques où l’Histoire et le romantisme révolutionnaire (même si les temps alors étaient durs, l’espoir existait) s’entrelacent inextricablement aux désillusion et aux dures réalités du présent. Dans Les Exagérés, Blainville enquête sur un film consacré à la période 1789-1793, et va, lors de pérégrinations nocturnes, rencontrer le révolutionnaire Herbert et ses camarades. Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, titre repris d’une phrase de Natalia Sedova, la femme de Trotski, relate les drames des années trente, quand les trotskistes devenaient ces spectres massacrés par Staline, sur fond d’intrigue contemporaine haletante. Ces ouvrages sont poignants, romanesques, cultivés, et donnent à réfléchir sur la société, le temps, les promesses oubliées ou trahies.

Jean-François Vilar a peu écrit, huit romans seulement : C’est toujours les autres qui meurent (1982), Passage des singes (1984), État d’urgence (1985), Bastille Tango (1986), Djemila (1988), Les Exagérés (1989), Les hiboux de Paris (1989) et Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués (1993), ainsi que quelques nouvelles. Puis c’est le silence. À part une poignée d’interviews ou de textes divers, plus rien. Comme s’il s’était mis en retrait du monde. Mais aucune de ses œuvres ne laisse indifférents ses lecteurs. Et quand la plupart des auteurs renommés seront oubliés, lui restera dans les mémoires, probablement.

Vous pourrez trouver quelques-uns des livres de Jean-François Vilar en salle H, sous la cote [POL84 VILA], dans la « Chambre Jaune », une petite salle qui tente de donner un aperçu significatif et emblématique du roman policier, de la science-fiction et des littératures de l’imaginaire, français et francophones.

Voir aussi :

- Le blog Passage Jean-François Vilar
- Du côté du polar français. Apostrophes, 12 avril 1985. Sur le site de l’INA

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